Opé­ra­tion dé­mi­nage en Corse

Le mi­nistre de l’In­té­rieur, Ber­nard Ca­ze­neuve, a ef­fec­tué un dé­pla­ce­ment très di­plo­ma­tique hier à Ajac­cio. Ob­jec­tif : apai­ser un cli­mat de­ve­nu élec­trique sur l’île.

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - Ajac­cio (Corse-du-Sud) De nos en­voyés spé­ciaux

LA POUS­SÉE des ré­ac­teurs ar­rache, comme à re­gret, le Fal­con mi­nis­té­riel à une Corse de carte pos­tale. Sous l’aile de l’avion s’éloignent des vil­lages aux che­mi­nées fu­mantes et des barques dan­sant sur la mer. Près du hu­blot, Ber­nard Ca­ze­neuve cherche du re­gard la plage où, ado­les­cent, il pas­sait ses jour­nées de va­cances es­ti­vales. L’époque brû­lante des nuits bleues. Mais qua­rante ans ont pas­sé. Le FLNC a dé­po­sé les armes. Les na­tio­na­listes sont aux af­faires. Le voi­là mi­nistre de l’In­té­rieur. Et les en­nuis ? Ils conti­nuent. « En Corse, il n’y a pas de pro­blèmes. Seule­ment des drames », avait l’ha­bi­tude de dire un an­cien pré­fet…

A-t-il trop tar­dé pour ve­nir à Ajac­cio ? Ca­ze­neuve n’avait en tout cas pas d’autre choix hier que de se rendre dans la prin­ci­pale ville de l’île pour ras­su­rer 67 007 ha­bi­tants, cho­qués par les graves in­ci­dents de Noël : vio­lences contre les pom­piers sui­vies d’exac­tions xé­no­phobes. Le mi­nistre en­chaîne donc les ren­dez­vous (sol­dats du feu, ha­bi­tants, res­pon­sables mu­sul­mans, po­li­ciers et élus) en quatre heures chro­no. Il ré­pond pré­sent dans le re­gistre at­ten­du de la fer­me­té et du re­tour aux règles ré­pu­bli­caines. Mais il en fait beau­coup sur son amour de la Corse, rap­pe­lant son at­ta­che­ment au « pe­tit vil­lage où ont vé­cu (ses) an­cêtres » (sa grand-mère pa­ter­nelle est ori­gi­naire de Co­gno­co­li), jus­qu’aux ca­nis­trel­li, ces gâ­teaux secs qui sont sa ma­de­leine de Proust.

Cha­cun, en ten­dant l’oreille, a com­pris que la par­ti­tion écrite par Ma­ti­gnon est in­ter­pré­tée par Ca­ze­neuve dans un re­gistre per­son­nel. Le ma­tin même, Ma­nuel Valls te­nait en ef­fet dans nos co­lonnes des pro­pos très fermes : « Cer­tains parlent d’une na­tion corse. Mais je ne sais pas trop ce que ce­la veut dire. Il n’y a qu’une seule na­tion, la na­tion fran­çaise. » Ce qui a aus­si­tôt va­lu au chef du gou­ver­ne­ment une ri­poste vi­ru­lente de Gilles Si­meo­ni, pré­sident na­tio­na­liste du con­seil exé­cu­tif de Corse, sur Eu­rope 1 : « Nous avons été élus pour en­ga­ger un dia­logue sur ce point avec le gou­ver­ne­ment et l’Etat. Re­fu­ser de dia­lo­guer avec nous, c’est une in­jure faite au suf­frage uni­ver­sel. »

Dans son dis­cours d’Ajac­cio, Ca­ze­neuve, droit dans ses ha­bits de mi­nistre de l’In­té­rieur, se garde bien d’in­ter­ve­nir sur le ter­rain ins­ti­tu­tion­nel. Mais il prend soin de fé­li­ci­ter les nou­veaux élus na­tio­na­listes à la col­lec­ti­vi­té ter­ri­to­riale « confor­mé­ment à la tra­di­tion ré­pu­bli­caine ». « Je les as­sure éga­le­ment de l’en­tière dis­po­ni­bi­li­té de l’Etat pour tra­vailler avec eux en confiance et en toute trans­pa­rence avec pour seul sou­ci le bien com­mun et le dé­ve­lop­pe­ment de la Corse », in­siste-t-il.

Dans l’avion du re­tour, re­tar­dé par des vents contraires, Ber­nard Ca­ze­neuve conteste toute di­ver­gence d’in­ter­pré­ta­tion avec Valls. Il concède seule­ment que le Pre­mier mi­nistre et lui dis­posent de deux per­son­na­li­tés dif­fé­rentes. Avant de pi­men­ter son jus de to­mate d’une ra­sade de Ta­bas­co.

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