La veuve du Pr Me­gnien porte plainte pour har­cè­le­ment

Le par­quet de Pa­ris ouvre une en­quête pré­li­mi­naire à la suite du sui­cide du car­dio­logue à l’hô­pi­tal Pom­pi­dou, le 17 dé­cembre. Il avait en­voyé des mails d’ap­pel au se­cours que nous nous sommes pro­cu­rés.

Le Parisien (Paris) - - SOCIÉTÉ - CH­RIS­TINE MATEUS

TEM­PÊTE en cours dans le fleu­ron des hô­pi­taux fran­çais. L’en­quête s’ac­cé­lère à la suite du sui­cide du pro­fes­seur Jean-Louis Me­gnien à l’Hô­pi­tal eu­ro­péen Georges-Pom­pi­dou le 17 dé­cembre der­nier, à Pa­ris. Ce der­nier, âgé de 54 ans et père de cinq en­fants, s’était je­té par la fe­nêtre du 7e étage de l’éta­blis­se­ment hos­pi­ta­lier. Se­lon nos in­for­ma­tions, la veuve de ce mé­de­cin a por­té plainte pour « har­cè­le­ment mo­ral », pré­cise-ton au par­quet du tri­bu­nal de Pa­ris. Elle a été en­ten­due par les en­quê­teurs mar­di. Des col­lègues mé­de­cins du pro­fes­seur Me­gnien ont eux aus­si été in­ter­ro­gés par les po­li­ciers. Une en­quête pré­li­mi­naire a été ou­verte hier. Son ob­jet est de dé­ter­mi­ner s’il y a eu ou non har­cè­le­ment mo­ral de la part éven­tuel­le­ment de sa hié­rar­chie ou d’autres col­lègues, comme les mails du pro­fes­seur Me­gnien semblent en at­tes­ter. L’en­quête est me­née par la bri­gade de ré­pres­sion de la dé­lin­quance sur la per­sonne (BRDP) de la po­lice ju­di­ciaire. Elle était ini­tia­le­ment confiée au com­mis­sa­riat du XVe ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris pour connaître les rai­sons de la « mort sus­pecte » du pro­fes­seur Me­gnien.

L’en­quête in­terne de l’AP-HP est-elle biai­sée ?

En de­hors de cette en­quête ju­di­ciaire, l’As­sis­tance pu­blique-Hô­pi­taux de Pa­ris (AP-HP), tu­telle de l’Hô­pi­tal eu­ro­péen Georges-Pom­pi­dou, mène ses propres in­ves­ti­ga­tions. La com­mis­sion d’ana­lyse des sui­cides a été sai­sie. Le di­rec­teur gé­né­ral de l’AP-HP, Mar­tin Hirsch, a an­non­cé, en plus, la créa­tion d’une com­mis­sion ex­té­rieure « pour pro­cé­der à une mise à plat des su­jets conflic­tuels dans l’éta­blis­se­ment ». Sol­li­ci­té par nos soins, Mar­tin Hirsch ne sou­haite pas s’ex­pri­mer dans l’im­mé­diat. Une com­mis­sion qui n’est pas ju­gée cré­dible par cer­tains. C’est le cas de Ber­nard Gran­ger, psy­chiatre membre de la com­mis­sion mé­di­cale d’éta­blis­se­ment (CME) de l’APHP qui l’ex­prime dans un cour­rier adres­sé à Mar­tin Hirsch, au mo­tif que ses membres font par­tie ou ont fait par­tie de la mai­son AP-HP. « La mi­nistre de la San­té avait sou­hai­té une com­mis­sion ex­té­rieure et in­dé­pen­dante. Ce n’est mal­heu­reu­se­ment pas le cas et c’est une nou­velle of­fense à la mé­moire de JeanLouis Me­gnien, ac­cuse-t-il. Seule une en­quête de l’ins­pec­tion gé­né­rale des af­faires so­ciales (Igas) peut ga­ran­tir une telle in­dé­pen­dance. » Force est de consta­ter que cette en­quête de l’Igas n’a pour le mo­ment pas été de­man­dée par le mi­nis­tère de la San­té.

La dé­fense de l’As­sis­tance pu­blique

Le pré­sident de la com­mis­sion mé­di­cale d’éta­blis­se­ment de l’AP-HP, le pro­fes­seur Loïc Ca­pron, as­sure de son cô­té, dans un cour­rier aux per­son­nels, que cette struc­ture n’est pas res­tée « in­ac­tive ». « [Nous] avons ren­con­tré JeanLouis et cher­ché avec lui des so­lu­tions pour re­mé­dier à sa souf­france au tra­vail. Celle que nous avons mise au point avec lui consis­tait à l’ex­traire du CMPCV (centre de pré­ven­tion des ma­la­dies car­dio­vas­cu­laires) pour lui don­ner la pos­si­bi­li­té d’exer­cer sa spé­cia­li­té dans une struc­ture rat­ta­chée au dé­par- te­ment de car­dio­lo­gie. Dans le der­nier mes­sage que j’ai re­çu de lui, le 9 sep­tembre 2014, Jean-Louis an­non­çait conce­voir un pro­jet axé sur le risque car­dio­vas­cu­laire […]. Je n’en ai plus eu de nou­velles de­puis. […] Mon es­poir est que nous par­ve­nions à des so­lu­tions pé­rennes pour ré­soudre ces conflits en amont. »

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