Le vio­leur à la mo­by­lette confon­du par l’ADN… de son frère

Vingt ans après les faits, un homme de 40 ans a été mis en exa­men pour 33 viols, ten­ta­tives de viols et agres­sions sexuelles com­mis sur des femmes dans la fo­rêt de Sé­nart (Es­sonne).

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - Etiolles (Es­sonne) FLORIAN LOISY

SON EM­PREINTE gé­né­tique n’était pas fi­chée par la po­lice, contrai­re­ment à celle de son frère. C’est ce qui a per­mis aux en­quê­teurs, vingt ans après les faits, de re­mon­ter jus­qu’au pré­su­mé « vio­leur à la mo­by­lette ». Un homme de 40 ans a été mis en exa­men ce mer­cre­di soir pour 33 viols, ten­ta­tives de viols et agres­sions sexuelles sur des jog­geuses ou des pro­me­neuses entre 1995 et 2001 en fo­rêt de Sé­nart, sur un sec­teur entre Ti­ge­ry et Etiolles (Es­sonne).

A l’époque, sur 14 scènes, de l’ADN is­su du sperme et d’une montre per­due avait pu être iso­lé. Tou­jours le même. Mais im­pos­sible de mettre un nom des­sus. Faute d’élé­ments, un non-lieu est pro­non­cé dans cette en­quête en sep­tembre 2005. Pro­fi­tant de nou­velles pos­si­bi­li­tés, no­tam­ment re­cher­cher dans des fi­chiers de pays étran­gers, les au­to­ri­tés rouvrent le dos­sier en sep­tembre 2009. Mais les en­quê­teurs font à nou­veau chou blanc : l’ADN ne parle tou­jours pas.

C’est en août 2014 que l’af­faire est vé­ri­ta­ble­ment re­lan­cée grâce aux pro­grès de la science. Les pos­si­bi­li­tés de re­cherches dites « en pa­ren­tèle » ouvrent de nou­velles pers­pec­tives pour re­trou­ver l’homme cas­qué qui si­mu­lait des pannes de mo­by­lette avant d’abor­der ses fu­tures vic­times dans les al­lées de la fo­rêt. Dans la base des per­sonnes fi­chées, on peut dé­sor­mais dé­ni­cher des in­di­vi­dus en ligne di­recte avec le pro­fil gé­né­tique re­cher­ché. « C’est-à-dire qu’un père, une mère et des frères et soeurs d’un sus­pect peuvent res­sor­tir », dé­crypte Eric Lal­le­ment, le pro­cu­reur d’Evry.

Là, 29 « proches » du pro­fil gé­né­ti- que du vio­leur res­sortent de ces nou­velles ana­lyses, éma­nant de plu­sieurs pays du monde. « Ce ne sont pas des gens de la même famille, mais ils pré­sentent entre 11 et 16 mar­queurs com­muns avec l’ADN trou­vé sur les lieux des agres­sions », dé­taille le pro­cu­reur. Par­mi ces noms, l’un d’eux at­tire par­ti­cu­liè­re­ment l’at­ten­tion des en­quê­teurs de la po­lice ju­di­ciaire de Ver­sailles, car il ha­bite à Cor­beil (Es­sonne) à quelques ki­lo­mètres de la fo­rêt. Après plu­sieurs re­cou­pe­ments, les po­li­ciers ciblent l’un de ses frères, qui a, de­puis, quit­té Cor­beil pour Rou­baix (Nord). Ar­rê­té lun­di, il est sou­mis à un pré­lè­ve­ment. « Il cor­res­pond à ce­lui du vio­leur », an­nonce so­len­nel­le­ment le pro­cu­reur d’Evry.

Mis en exa­men, le sus­pect de­vait être pla­cé en dé­ten­tion pro­vi­soire. En garde à vue, il n’a pas nié, mais as­sure avoir des troubles de la mé­moire. « On at­tend la suite des in­ves­ti­ga­tions, car cette in­ter­pel­la­tion est fon­dée ex­clu­si­ve­ment sur la tech­nique », glissent les avo­cats du sus­pect, Mes Her­vé De­nis et Zi­neb Ab­del­la­tif. « C’est un dos­sier très an­cien et une ré­so­lu­tion n’a été pos­sible que grâce aux avan­cées dans la gé­né­tique, note le pro­cu­reur. Mais ce­la ne donne que des in­dices, il fal­lait en­suite par­ve­nir à iden­ti­fier l’au­teur lui-même. »

« Il y a des zones d’ombre à éclair­cir, car cet homme n’avait pas de mo­by­lette », re­prend l’avo­cate du sus­pect. « Et si ja­mais sa culpa­bi­li­té est avé­rée, il se po­se­ra la ques­tion de sa­voir pour­quoi ces faits se sont ar­rê­tés. Que s’est-il pas­sé du­rant cette pé­riode ? Il y a une di­men­sion psy­cho­lo­gique et psy­chia­trique à éclair­cir dans cette af­faire de viols di­gi­taux », confie Me Her­vé De­nis.

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