Fran­çois Fillon s’ac­croche

PRI­MAIRE Fran­çois Fillon a beau ac­cu­ser un re­tard consé­quent sur les deux fa­vo­ris de la course à droite, l’an­cien Pre­mier mi­nistre reste per­sua­dé que son heure va ve­nir.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - @oli­vier­beau­mont

« MAIS OUI… bien sûr que je ne lâ­che­rai pas. » Fran­çois Fillon re­lève son sty­lo et fixe du re­gard son in­ter­lo­cu­teur, his­toire de bien faire pas­ser le mes­sage. Voi­là une de­mi-heure que le can­di­dat à la pri­maire de la droite en­chaîne les dé­di­caces de son der­nier livre « Vaincre le ter­ro­risme is­la­mique », dans une li­brai­rie du centre-ville de Cannes. Un can­di­dat en ter­ri­toire « hos­tile » : le très sar­ko­zyste dé­par­te­ment des Alpes-Ma­ri­times.

« Vous avez bien du cou­rage de ve­nir ici », lui glisse d’ailleurs un chef d’en­tre­prise quelques heures plus tôt, lors d’un dé­jeu­ner or­ga­ni­sé avec des en­tre­pre­neurs ni­çois. Hier, c’est donc en af­fron­tant des vents contraires que l’an­cien Pre­mier mi­nistre a dé­ci­dé de battre la cam­pagne. Même pas peur !

« Le match est loin d’être écrit. Les son­dages de la pri­maire ne valent pas tri­pette », as­sure même ce­lui qui oc­cupe la troi­sième place dans les in­ten­tions de vote pour le pre­mier tour, loin der­rière Ni­co­las Sar­ko­zy et Alain Jup­pé. Deux ri­vaux qu’il n’a pas man­qué d’étriller hier en marge de son dé­pla­ce­ment dans le Sud-Est.

« Un an­cien pré­sident de la Ré­pu­blique ne peut pas se faire ré­élire. C’est comme ça et je l’ai dé­jà dit à Ni­co­las. Car nous sommes dans un pays aux ins­ti­tu­tions mo­nar­chistes. Quand on a tran­ché la tête du roi, on ne peut pas la re­mettre sur les épaules », confie-t-il.

Il n’est pas tendre non plus avec le maire de Bor­deaux, qu’il ac­cuse de jouer un drôle de jeu avec le cen­triste Fran­çois Bay­rou. « Alain, il va trop loin dans ce do­maine », charge-t-il sans se dé­par­tir de son flegme ha­bi­tuel. Jup­pé, voi­là une cible de choix à trois se­maines du pre­mier tour. Car un son­dage (Ip­sos-So­pra Ste­ria) n’a pas échap­pé ces der­niers jours à Fillon : 63 % des per­sonnes qui ont l’in­ten­tion de vo­ter pour lui au pre­mier tour le font par ad­hé­sion à sa can­di­da­ture, et non par le re­jet d’une autre. Il ar­rive en tête de­vant Sar­ko­zy (62 %), Bru­no Le Maire (54 %) et Alain Jup­pé, loin der­rière avec 39 %.

« Ce­la veut dire que Jup­pé a une base élec­to­rale très flot­tante, qui vote pour lui au­tant par re­jet de Sar­ko­zy que par ad­hé­sion à ses idées et son nom. Son socle est fra­gile et ce­la pour­rait pro­fi­ter à Fillon », dé­crypte son en­tou­rage. Cette lec­ture, Eric Ciot­ti, sou­tien de Sar­ko­zy, ne la re­nie pas : « Si Fillon monte, il pren­dra sur Jup­pé, pas sur Sar­ko­zy qui a un noyau de sup­por­teurs très fort », ana­lyse le dé­pu­té des Alpes-Ma­ri­times, ve­nu sa­luer son col­lègue de Pa­ris lors de sa dé­di­cace.

Fran­çois Fillon croit bien qu’il peut être la sur­prise de ce pre­mier tour. Et s’il faut des signes, pour­quoi pas le bon score de « l’Emis­sion po­li­tique », jeu­di soir sur France 2, qui a ras­sem­blé 2 mil­lions de té­lé­spec­ta­teurs. Mieux que Bru­no Le Maire la se­maine der­nière (1,8 mil­lion), mais en­core loin de Jup­pé et Sar­ko­zy (au­tour de 2,7 mil­lions).

« C’est tout de même la preuve qu’il est en train de ga­gner sur le ter­rain du pro­jet et de la crédibilité », es­time son porte-pa­role Jé­rôme Char­tier. A Cannes, l’an­cien Pre­mier mi­nistre a si­gné plus d’une cen­taine d’exem­plaires de son livre sur le ter­ro­risme, dont les ventes ont dé­pas­sé la barre sym­bo­lique des 50 000.

« Il se passe quelque chose », dit-il quelques ins­tants plus tard en mee­ting au Palm Beach Ca­si­no, de­vant 500 sup­por­teurs où il vante un CV de vieux rou­tier de la po­li­tique : « J’ai été élu lo­cal pen­dant vingt-cinq ans, et c’est là que j’ai le plus ap­pris. Je suis ce­lui des can­di­dats qui a la plus grande ex­pé­rience mi­nis­té­rielle. Et pen­dant cinq ans à Ma­ti­gnon, j’ai été loyal au pré­sident de la Ré­pu­blique. C’est ma concep­tion de l’hon­neur. »

Suf­fi­sant pour ren­ver­ser la table le jour du pre­mier tour de la pri­maire, le 20 no­vembre ? Comme il fau­dra bien que les choses s’ac­cé­lèrent un peu, il de­mande à la foule : « Il reste trois se­maines, alors ai­dez-moi… »

SI FILLON MONTE, IL PREN­DRA SUR JUP­PÉ, PAS SUR SAR­KO­ZY, QUI A UN NOYAU DE SUP­POR­TEURS ” TRÈS FORT ÉRIC CIOT­TI, DÉ­PU­TÉ LR ET SOU­TIEN DE NI­CO­LAS SAR­KO­ZY

Nice (Alpes-Ma­ri­times), hier. La jour­née de cam­pagne de Fran­çois Fillon en terre sar­ko­ziste a fait un tour par la li­brai­rie de la Sor­bonne où il a dé­di­ca­cé son livre.

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