Pen­dant ce temps-là, Valls « le loyal » se pré­pare

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - PAU­LINE THÉVENIAUD

L’UN DES FI­DÈLES du Pre­mier mi­nistre en sou­rit : « Le pa­ra­doxe, dans cette his­toire, c’est que le seul type qui lui au­ra été loyal jus­qu’au bout, c’est Ma­nuel Valls. » Non, le Pre­mier mi­nistre ne se dé­cla­re­ra pas can­di­dat à la pré­si­den­tielle de 2017 tant que Fran­çois Hol­lande n’au­ra pas dit ce qu’il compte faire. Pas plus qu’il ne se pré­sen­te­ra contre lui, si le pré­sident de la Ré­pu­blique sou­haite bri­guer un se­cond man­dat. « Il me l’a dit, cet été, en tête à tête », confie l’un de ses proches, qui sou­haite par consé­quent que Hol­lande cla­ri­fie ses in­ten­tions au plus vite : « J’es­père qu’en plus de tout ça il ne va pas at­tendre mi-dé­cembre pour nous dire qu’il n’y va pas… »

Quels que soient les dé­boires du pré­sident et l’exas­pé­ra­tion qu’il sus­cite chez les siens, cet élu so­cia­liste le cer­ti­fie : « Ma­nuel Valls ne bou­ge­ra pas. » Une loyau­té qua­si ins­ti­tu­tion­nelle, très Ve Ré­pu­blique. « Il ne se­ra pas ce­lui qui ajou­te­ra du désordre au désordre. Ce n’est pas un pro­blème de per­sonne, c’est sa concep­tion du pou­voir », dé­crypte un proche. Ce qui ne l’em­pêche pas de prendre clai­re­ment ses dis­tances, et même de haus­ser le ton : il au­rait ain­si ex­pri­mé jeu­di, se­lon « le Monde », « sa co­lère », et même évo­qué la « honte » res­sen­tie par les mi­li­tants après la sor­tie d’« Un pré­sident ne de­vrait pas dire ça… ».

Le Pre­mier mi­nistre n’ignore pas que les re­gards se tournent vers lui. Il se­rait, rap­porte un élu so­cia­liste, comme « un rem­pla­çant sur le banc, prêt à en­trer ». « Dans la vie, il faut se pré­pa­rer à tout », ad­met un proche. Son en­tou­rage sait qu’il y a une carte à jouer. Mais se dé­fend de me­ner une quel­conque stra­té­gie d’em­pê­che­ment.

EXER­CICE D’ÉQUI­LI­BRISTE

« Ce n’est pas nous qui avons écrit le bou­quin ! Le gé­nie de la pé­riode, c’est que Hol­lande s’au­to-em­pêche », glisse l’un des au­teurs de cette pe­tite mu­sique. « On est à deux doigts d’être ba­layés. De­main, on fait quoi si Ar­naud Mon­te­bourg gagne la pri­maire ? J’ai­me­rais que l’on puisse s’in­ter­ro­ger se­rei­ne­ment, au moins une fois, pour sa­voir qui est le plus à même de nous per­mettre de ga­gner. Ce n’est pas in­sul­tant », dé­fend un sou­tien de Valls, quand un autre pour­suit à la vo­lée : « Il faut qu’il de­vienne une évi­dence. »

Il n’est qu’à écou­ter son dis­cours d’Evry (Es­sonne) sur la laï­ci­té ou son ap­pel de Tours à l’uni­té de la gauche pour s’en convaincre : l’in­té­res­sé tra­vaille à son image d’homme de gauche, peau­fine sa sta­ture d’homme d’Etat. Ses dé­pla­ce­ments in­ter­na­tio­naux sont l’oc­ca­sion d’ajus­ter un peu plus le cos­tume. Au Ca­na­da, il y a quinze jours. Mais aus­si en Afrique de l’Ouest, où le Pre­mier mi­nistre a dé­bu­té hier au To­go une tour­née de quatre jours qui doit le conduire en­suite au Gha­na et en Côte d’Ivoire. L’un de ses sou­tiens ré­sume ain­si cet exer­cice d’équi­li­briste : « Tous les jours, il va mettre une pierre, non pas dans le jar­din de Hol­lande, mais sur son mur à lui. »

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