« Ne l’en­ter­rons pas trop vite… »

Jean-Louis De­bré, an­cien pré­sident du Conseil consti­tu­tion­nel

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR CHARLES DE SAINT SAU­VEUR @cde­saint­sau­veur

DE­PUIS qu’il a quit­té la pré­si­dence du Conseil consti­tu­tion­nel, Jean-Louis De­bré ne chôme pas. Outre ses ac­ti­vi­tés de chro­ni­queur (sur Eu­rope 1 et bien­tôt Pa­ris Pre­mière), il écrit un « Dic­tion­naire amou­reux de la Ré­pu­blique » ain­si qu’un po­lar sur… l’im­pos­sible ami­tié en po­li­tique. Il pui­se­ra sans doute dans ses sou­ve­nirs de la pré­si­den­tielle de 1995, que son ami Jacques Chi­rac avait ga­gnée en re­ve­nant de loin.

Fran­çois Hol­lande est au plus bas dans les son­dages et contes­té dans son camp. Ce­la vous rap­pelle-t-il 1995 ?

JEAN-LOUIS DE­BRÉ. Même s’il y a des si­mi­li­tudes, les si­tua­tions ne sont pas com­pa­rables, car Jacques Chi­rac, lui, n’était pas à l’Ely­sée quand il s’était pré­sen­té. Au­jourd’hui, les Fran­çais reJe jettent vi­si­ble­ment ceux qui ont dé­jà exer­cé cette fonc­tion, que ce soit Ni­co­las Sar­ko­zy ou Fran­çois Hol­lande. J’ajoute que si, à l’époque, les no­tables étaient par­tis à la soupe chez Edouard Bal­la­dur, le peuple des mi­li­tants, lui, était res­té fi­dèle à Chi­rac. Ils ont eu des doutes quand tout le don­nait per­dant, mais ils ne lui ont pas tour­né le dos. Pour Hol­lande, c’est plus com­pli­qué…

Aviez-vous eu le sen­ti­ment que tout était per­du ?

Il y a eu des mo­ments ter­ribles, oui. D’oc­tobre 1994 à jan­vier 1995, on s’est sen­tis de plus en plus seuls, rien n’al­lait. Quand j’ap­pe­lais les dé­pu­tés pour pré­pa­rer les dé­pla­ce­ments de Jacques Chi­rac sur le ter­rain, cer­tains me ré­pon­daient qu’ils ne pou­vaient « mal­heu­reu­se­ment pas être là » ou ne pre­naient même pas la peine de dé­cro­cher… Quand les son­dages l’ont don­né à 12 % et Bal­la­dur à plus de 30 %, les sou­tiens avaient com­plè­te­ment fon­du. Oui, des mo­ments noirs, on en a eu !

Il y en a un qui vous a mar­qué par­ti­cu­liè­re­ment ?

En dé­cembre 1994, on est à la Réunion : la cam­pagne n’im­prime pas, l’en­thou­siasme n’est pas là, les jour­na­listes non plus… Dé­ses­pé­rant. On se pose dans un res­tau­rant chi­nois et je lui fais part de mes doutes : « On est mal par­tis. Qu’est-ce que tu vas faire ? » Il me ré­pond : « On va ou­vrir une agence de voyages. voya­ge­rai et toi, tu gar­de­ras l’agence ! » Il s’est ren­du compte qu’il m’avait trou­blé, alors il s’est re­pris : « On va ga­gner ! » En fé­vrier, les son­dages ont com­men­cé à s’in­ver­ser… Comme quoi rien n’est ja­mais per­du. C’est vrai de la po­li­tique comme du reste. Alors mé­fions-nous de cer­tains com­men­taires !

Comme ceux qui an­noncent la dé­route de Hol­lande ?

Ne l’en­ter­rons pas trop vite. Il est très mal par­ti et a mis du ta­lent à dé­truire ce qu’il avait, mais il reste un bon tech­ni­cien de la po­li­tique, et un vrai com­bat­tant. J’ajoute que, comme pour Chi­rac en 1995, la phase de précampagne n’a rien à voir avec la cam­pagne pro­pre­ment dite, où les choses se dé­can­te­ront vrai­ment. Il est vrai que Fran­çois Hol­lande est ex­trê­me­ment af­fai­bli. Mais en­core une fois, des re­ve­nants, il y en a eu…

Com­pre­nez-vous ceux qui, dans son camp, prennent leurs dis­tances ?

Ces pe­tites phrases qui sèment le doute, ces chi­po­te­ries en conti­nu, ce n’est pas ma concep­tion de la po­li­tique. Ni ce qu’a fait Em­ma­nuel Ma­cron à l’homme qui lui avait don­né une chance. Ça tue, aux yeux des Fran­çais, l’es­poir d’une re­lance, d’un ave­nir. Moi, je dé­fends la loyau­té ab­so­lue. Et une fonc­tion plus sa­crée de la pré­si­dence : c’est à Hol­lande de dé­ci­der s’il se­ra can­di­dat.

COMME POUR CHI­RAC EN 1995, LA PHASE DE PRÉCAMPAGNE N’A RIEN À VOIR AVEC LA ” CAM­PAGNE JEAN-LOUIS DE­BRÉ

Jean-Louis De­bré.

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