On a tes­té les vins chi­nois…

OE­NO­LO­GIE Nous avons goû­té une sé­lec­tion de rouges pro­duits en Chine. Bi­lan : trois sur cinq peuvent ri­va­li­ser avec un très bon vin fran­çais.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR AU­RÉ­LIE LEBELLE

HALTE AU CHAUVINISME et aux idées re­çues ! Cer­tains vins chi­nois ri­va­lisent au­jourd’hui avec de bons mil­lé­simes de nos ré­gions (voir notre test). Et pour­tant, ce­la fait à peine cin­quante ans que les vi­gne­rons ont vrai­ment mi­sé sur l’or rouge made in Chi­na. Le pre­mier conquis­ta­dor à plan­ter des vignes au­tour de Pé­kin est Mi­guel Torres, le plus gros pro­duc­teur de vin en Es­pagne. Les autres mul­ti­na­tio­nales, flai­rant la bonne af­faire, ont sui­vi.

Dans quelques ré­gions phares — Ningxia, Xin­jiang, He­bei… —, les mil­lé­simes sont dé­sor­mais pro­duits par des vi­gne­rons chi­nois qui pro­gressent chaque an­née. « Ce sont pour la plu­part des co­pies des bor­deaux, mais des co­pies de plus en plus fines, as­sure De­nis Sa­ve­rot, le di­rec­teur de la ré­dac­tion de la Re­vue du vin de france, la RVF. Il ne faut pas se faire d’illu­sions, les Chi­nois com­mencent à faire des grands vins. » Com­ment ? Ils font ve­nir au­près d’eux les meilleurs ex­perts eu­ro­péens, en­voient leurs en­fants dans les écoles de Bor­deaux, testent des cé­pages, re­com­mencent en cas d’échec. Et pro­gressent, vite.

Car la de­mande est là. Si, au­pa­ra­vant, seule une élite ri­chis­sime dé­gus­tait des crus im­por­tés de France, d’Ita­lie ou des Etats-Unis, la Chine se classe dé­sor­mais à la 5e place des pays les plus consom­ma­teurs de vin : « 20 % des crus consom­més en Chine sont im­por­tés et 80 % sont des vins mis en bou­teilles lo­ca­le­ment, dé­taille Brice Le­boucq, spé­cia­liste du sec­teur pour la RVF. La plu­part — com- me le Great Wall — sont fa­bri­qués avec du vin en vrac ve­nu des pays du Nou­veau Monde. Mais il y a aus­si de très bons crus pro­duits en Chine même. »

LE COÛT DE TRAN­SPORT, UN HAN­DI­CAP POUR LA CHINE

Ces der­niers sont ven­dus à des prix très éle­vés. La rai­son ? Un vin fran­çais fac­tu­ré 15 € chez nous s’ar­rache entre 40 et 60 € en moyenne en Chine, à cause des frais d’im­por­ta­tion. « Les vi­gne­rons chi­nois pro­posent donc leurs vins à des prix si­mi­laires », dé­crypte Brice Le­boucq. Pas sûr, du coup, que l’on re­trouve de si tôt un cru des confins du dé­sert de Go­bi sur la table du dé­jeu­ner do­mi­ni­cal en France. Car le coût de tran­sport alour­di­rait en­core le prix d’une bou­teille chi­noise. Sauf si la Chine choi­sit un jour de bra­der sa pro­duc­tion pour conqué­rir le monde. Et concur­ren­cer nos chers vi­gnobles fran­çais.

Pa­ris (VIIe), ven­dre­di. En­ri­co Ber­nar­do, meilleur som­me­lier du monde 2004, a goû­té pour nous cinq crus chi­nois.

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