Ap­pe­lez-la Ro­nal­din­ha !

Le PSG est por­té cette sai­son par le ta­lent de Cris­tiane, sa Bré­si­lienne qui a ta­pé ses pre­miers bal­lons pieds nus dans les rues de l’Etat de São Pau­lo.

Le Parisien (Paris) - - ILE-DE-FRANCE - PAR FRANCK GINESTE

« UNE JOUEUSE d’ex­cep­tion. » L’en­traî­neur du PSG, Pa­trice Lair, n’est pas mé­con­tent de comp­ter Cris­tiane dans ses rangs avant le choc cet après­mi­di contre Mont­pel­lier. Si Pa­ris est en­core en lice en Ligue des cham­pions, il le doit à la vir­tuo­si­té de sa Bré­si­lienne. Il y a quinze jours, elle a ren­ver­sé à elle seule Lilles­trom (Nor­vège), vic­to­rieux 3-1 à l’al­ler en son ab­sence et bat­tu 4-1 au re­tour. L’at­ta­quante de 31 ans a éta­lé sa classe en pro­vo­quant un pé­nal­ty sur un som­bre­ro avant de pla­cer un mis­sile en lu­carne, une belle tête puis un plat du pied.

Ces gestes de gé­nie, à l’échelle du foot­ball fé­mi­nin, ne sont pas sans rap­pe­ler Ro­nal­din­ho. « C’est flat­teur de me com­pa­rer à lui, mais j’ai mon propre style », tranche l’in­té­res­sée, d’au­tant plus épous­tou­flante ce jour-là qu’elle re­ve­nait d’un al­ler-re­tour au pays après le dé­cès de sa grand-mère. « J’ai mis de cô­té le deuil et ma peine, et sé­pa­ré la vie pri­vée et le pro­fes­sion­nel. Le club m’a beau­coup sou­te­nue, et j’ai vou­lu lui rendre la pa­reille, ex­plique-t-elle. Puis je suis une com­pé­ti­trice dans l’âme. »

Un men­tal for­gé à Osas­co, dans l’Etat de São Pau­lo, où la ca­dette d’une fra­trie de trois en­fants a gran­di dans un mi­lieu mo­deste. « On man­geait à notre faim, mais je n’avais pas toutes les choses dont rêve une pe­tite fille, pas de bas­kets ou de fringues der­nier cri », avoue celle dont la tech­nique trouve son ori­gine par le fait d’avoir « com­men­cé dans la rue, pieds nus ».

J’AI SOUF­FERT DES PRÉJUGÉS, DES IN­SULTES ET DU RE­GARD DES GENS. ILS DI­SAIENT QUE LE FOOT N’ÉTAIT PAS UN SPORT DE FILLE CRIS­TIANE UN CA­RAC­TÈRE BIEN TREM­PÉ

Et peut-être aus­si parce qu’elle était la seule fille. « J’ai souf­fert des préjugés, des in­sultes et du re­gard des gens. Ils di­saient que le foot n’était pas un sport de fille, que je de­vais res­ter à la mai­son. Pe­tite, je n’avais pas d’amies filles. Je ren­trais le soir en pleu­rant. Ma mère vou­lait que je fasse de la danse, mais elle a ac­cep­té de m’ins­crire en club pour ne plus su­bir ça dans la rue. C’est un voi­sin qui m’a ache­té des chaus­sures de foot et un sur­vê­te­ment et m’a em­me­née à l’école de foot. Moi, je n’ai ja­mais vou­lu faire autre chose. Quand tu as un don de Dieu… »

Un don ex­por­té dès 19 ans aux à tous les ho­ri­zons, de l’Al­le­magne à la France en pas­sant par la Suède, les Etats-Unis, la Rus­sie et des re­tours ré­gu­liers au Bré­sil. Cet été, elle au­rait pu dé­cou­vrir l’Es­pagne. Sa pre­mière sai­son à Pa­ris sous les ordres de Fa­rid Bens­ti­ti a été une réus­site in­di­vi­duelle (23 buts en 31 matchs) mais un échec col­lec­tif. « J’étais en contacts avec Bar­ce­lone, mais le club m’a fait une meilleure pro­po­si­tion pour me pro­lon­ger. Le coach m’a convain­cue de res­ter. J’ai aus­si en­vie de mar­quer mon pas­sage au PSG en dé­cro­chant un pre­mier titre. J’ai plus de res­pon­sa­bi­li­tés car beau­coup d’in­ter­na­tio­nales sont par­ties et le groupe est plus jeune, mais je suis prête à as­su­mer », as­sure la Bré­si­lienne au ca­rac­tère bien trem­pé, ca­pable de gestes d’hu­meur sur le ter­rain.

Cris­tiane a mis cette rage de vaincre au ser­vice de la Se­le­ção. Pour un ré­sul­tat mi­ti­gé. Mé­daillée d’ar­gent aux JO 2004 et 2008 et au Mon­dial 2007, la meilleure bu­teuse de l’his­toire olym­pique (14 buts en 4 tour­nois) n’a pu em­pê­cher le Bré­sil de res­ter au pied du po­dium de ses propres Jeux cet été. « Un trau­ma­tisme que j’ai mis long­temps à di­gé­rer, avoue-t-elle. En plus, je me suis bles­sée au bout de deux matchs. Je suis re­ve­nue pour la de­mie contre la Suède, mais je n’étais pas bien et j’ai ra­té mon tir au but. La frus­tra­tion était en­core plus grande. » Mais il en fau­drait plus pour l’ar­rê­ter.

Bou­gi­val (Yve­lines), jeu­di. At­tris­tée de ne pas avoir pu em­pê­cher le Bré­sil de res­ter au pied du po­dium olym­pique cet été, Cris­tiane se rat­trape sur le ter­rain avec Pa­ris.

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