Et si c’était lui à gauche ?

PRÉ­SI­DEN­TIELLE Il avait tant vo­ci­fé­ré contre la gauche au pou­voir que sa voix en était de­ve­nue in­au­dible. Mais, à la fa­veur de vents por­teurs, Jean-Luc Mé­len­chon a re­trou­vé du coffre.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - @AvaD­jam­shi­di PAR AVA DJAMSHIDI

C’EST LE CAN­DI­DAT qui monte, qui monte… Au fil des son­dages, Jean-Luc Mé­len­chon s’im­pose comme la pre­mière force po­li­tique de gauche à six mois de la pré­si­den­tielle. Un re­ve­nant que les so­cia­listes ob­servent avec dé­ni, voire un soup­çon de mé­pris, alors même qu’il de­vance ré­gu­liè­re­ment le can­di­dat du PS dans les son­dages… qu’ils af­fichent le vi­sage de Fran­çois Hol­lande ou de Ma­nuel Valls. « Mais non, c’est pas pos­sible », lâche un té­nor so­cia­liste. « Ce se­rait car­ré­ment hu­mi­liant », ajoute un autre. Et pour­tant…

L’EM­BEL­LIE DES SON­DAGES

Les stra­tèges de l’eu­ro­dé­pu­té, eux, se ré­jouissent de cette pous­sée dans les en­quêtes d’opi­nion, qui le hissent à en­vi­ron 15 %. « La seule can­di­da­ture à gauche sus­cep­tible de pas­ser le se­cond tour est celle de JeanLuc Mé­len­chon, veut croire Alexis Corbière, porte-pa­role de sa cam­pagne. Pour­quoi perdre avec le PS, alors qu’on peut ga­gner avec Mé­len­chon ? » Telle est, en tout cas, l’idée que l’an­cien sé­na­teur du PS cherche à ins­til­ler au­près des élec­teurs de gauche.

Per­sonne n’a vu ve­nir l’eu­ro­dé­pu­té, par­ti en cam­pagne très tôt — et seul — en fé­vrier. Il s’est dé­cla­ré sans concer­ta­tion avec ses an­ciens al­liés com­mu­nistes, avec qui il est brouillé. Et qui ne de­vraient pas — la dé­ci­sion se­ra prise sa­me­di pro­chain — en­ga­ger un des leurs dans la course à l’Ely­sée.

UNE GAUCHE EN LAMBEAUX

De quoi don­ner des rai­sons d’es­pé­rer à ce­lui qui fut can­di­dat du Front de gauche en 2012, ar­ri­vé à la qua­trième place (11 %) après une cam­pagne to­ni­truante. Pour 2017, les vents s’an­noncent plus fa­vo­rables. D’abord, Fran­çois Hol­lande, de plus en plus seul, est em­pê­tré dans une si­tua­tion in­ex­tri­cable. Même dans son camp, l’hy­po­thèse de sa can­di­da­ture est re­mise en cause.

En­suite, à gauche, le nombre de can­di­dats ali­gnés au dé­part pour­rait être ré­duit comme peau de cha­grin. C’est en tout cas le pa­ri des proches de Mé­len­chon. Outre l’ab­sence pro­bable des com­mu­nistes, des in­cer­ti­tudes pèsent sur la ca­pa­ci­té du NPA et des Verts à dé­cro­cher les 500 par­rai­nages né­ces­saires pour concou­rir au pre­mier tour.

Cette quête des si­gna­tures est éga­le­ment com­plexe pour Mé­len­chon (lire ci-des­sous). Car, contrai­re­ment à 2012, le tri­bun s’est cette fois lan­cé seul, avec l’ap­pui du mou­ve­ment qu’il a créé — la France in­sou­mise — et non plus de par­tis. « Mé­len­chon s’en est éman­ci­pé. Quant aux so­cia­listes au gou­ver­ne­ment qui ap­pellent au ras­sem­ble­ment, ce n’est pas avec les dé­goû­tants qu’on va al­ler cher­cher les dé­goû­tés », lâche Alexis Corbière, dans une phrase choc aux ac­cents po­pu­listes. Dans leur ligne de mire : les abs­ten­tion­nistes. « Il y a des coeurs à prendre », pour­suit-il. En­vi­ron un élec­teur sur deux, si l’on en croit les son­dages.

UNE NOU­VELLE STRA­TÉ­GIE

In­con­tes­ta­ble­ment, le can­di­dat Mé­len­chon pour 2017 est sen­si­ble­ment dif­fé­rent de ce­lui de 2012. Si la moelle an­ti­es­ta­blish­ment de son pro­pos n’a pas chan­gé (« dé­fendre le peuple contre l’oli­gar­chie »), l’as­sai­son­ne­ment a été rec­ti­fié. Ma­rine Le Pen n’est plus la cible nu­mé­ro un de ses foudres. C’est contre la droite que le can­di­dat de la France in­sou­mise fer­raille dé­sor­mais. Une fa­çon pour lui de se po­si­tion­ner comme le seul à même de dé­faire les Ré­pu­bli­cains… Et d’ap­pa­raître, par ef­fet de mi­roir, comme la seule force cré­dible à gauche. Signe qui ne trompe pas : il étrille tou­jours Fran­çois Hol­lande, mais de fa­çon moins ob­ses­sion­nelle…

En plus des abs­ten­tion­nistes et des so­cia­listes dé­çus par le PS, Mé­len­chon s’est aus­si mis à ap­pâ­ter les éco­lo­gistes en­glués dans une pri­maire qua­si confi­den­tielle où leur fi­gure de proue, Cé­cile Du­flot, a été éli­mi­née dès le pre­mier tour. « On a une grande op­por­tu­ni­té », se ré­jouit un proche de l’eu­ro­dé­pu­té. Ou l’his­toire du re­ve­nant qui vient bous­cu­ler une cam­pagne où tout était comme fi­gé.

LA SEULE CAN­DI­DA­TURE À GAUCHE SUS­CEP­TIBLE DE PAS­SER LE SE­COND TOUR EST CELLE DE JEAN-LUC MÉ­LEN­CHON ALEXIS CORBIÈRE, PORTEPAROLE DE SA CAM­PAGNE

Jean-Luc Mé­len­chon fait une pous­sée dans les son­dages, dont cer­tains le hissent à en­vi­ron 15 % d’in­ten­tions de vote.

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