Valls se met en si­tua­tion d’être can­di­dat

EXÉ­CU­TIF Re­ca­dré par Hol­lande après les pro­pos acides qu’il au­rait te­nus à son égard, le Pre­mier mi­nistre, en tour­née en Afrique, lui a si­gni­fié qu’il res­te­rait loyal… mais libre.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE À LO­MÉ (TO­GO), AC­CRA (GHA­NA) ET ABID­JAN (CÔTE D’IVOIRE) UN PROCHE DE MA­NUEL VALLS

SOUS UN SO­LEIL de plomb, Ma­nuel Valls fre­donne : « Même en cent ans, je n’au­rais pas le temps, pas le temps… » Tout sou­rire, le Pre­mier mi­nistre a de­man­dé un bis de Mi­chel Fu­gain à la cho­rale du centre so­cial Saint-An­dré.

L’orage po­li­tique qui tonne en France ne semble pas at­teindre la pé­ri­phé­rie de Lo­mé (To­go). Sa­me­di après-mi­di, les mots de Fran­çois Hol­lande sont pour­tant fermes. In­ter­ro­gé sur les confi­dences de son Pre­mier mi­nistre, qui au­rait dit au « Monde » avoir ressenti de la « co­lère » à la lec­ture du livre « Un pré­sident ne de­vrait pas dire ça… », le chef de l’Etat ap­pelle « cha­cun à être à sa tâche ». Valls, lui, file dé­jà vers le port au­to­nome de la ca­pi­tale to­go­laise pour y van­ter les mé­rites de l’éco­no­mie bleue, qui s’ap­puie sur l’ac­ti­vi­té ma­ri­time. S’il pour­suit sa tour­née afri­caine — qui s’achève ce soir — comme si de rien n’était, c’est que Ma­nuel Valls n’es­time pas avoir été re­ca­dré. « C’est une évi­dence que cha­cun doit être à sa tâche, à sa place », éva­cue-t-il en pe­tit co­mi­té.

Di­manche soir, il lâ­che­ra néan­moins des pro­pos am­bi­gus de­puis la Côte d’Ivoire, au mi­cro de France 24 et RFI : « La plus bête du monde, la gauche fran­çaise peut le de­ve­nir. Elle n’est pas à la hau­teur de ses res­pon­sa­bi­li­tés. » La veille, de­puis Ac­cra, ca­pi­tale du Gha­na, il avait confir­mé sa loyau­té, dé­fiant : « Cha­cun peut re­con­naître qu’il est très, très, très dif­fi­cile de me re­mettre en cause sur ces su­jets. J’at­tends, d’ailleurs ! » Et de mar­te­ler, alors : « Il faut être res­pon­sable. Et je le suis ! Loyal, bien sûr. Vis-à-vis de ma fa­mille po­li­tique. »

Ven­dre­di soir, alors que Pa­ris bruis­sait de sa « co­lère » contre le pré­sident, le Pre­mier mi­nistre n’a pas sai­si l’oc­ca­sion d’un dis­cours de­vant la com­mu­nau­té fran­çaise de Lo­mé pour tem­pé­rer ses pro­pos rap­por­tés. Non, ce soir-là, il a pré­fé­ré par­ler de la France, qui « est forte quand elle est gé­né­reuse ». De l’Afrique, qui est « pour nous le con­tinent de l’ave­nir ». Ce mes­sage, pas ques­tion de le pol­luer par « le com­men­taire du com­men­taire du com­men­taire ». Y com­pris hier ma­tin, lorsque le por­te­pa­role du gou­ver­ne­ment, Sté­phane Le Foll

rap­pelle que « le pa­tron, jus­qu’à nou­vel ordre, c’est Fran­çois Hol­lande ». A la Frank­lin House d’Ac­cra, fu­neste ves­tige de la traite né­grière, le Pre­mier mi­nistre fait face à la mer, « à la trace de l’his­toire » et « pas aux contin­gences po­li­tiques ». Mais dans la soi­rée, entre les murs cos­sus de la ré­si­dence de France à Abid­jan (Côte d’Ivoire), der­nière étape de sa tour­née, la ré­plique fuse de­vant les in­vi­tés mé­du­sés : « Quand on est res­pon­sable po­li­tique au­jourd’hui, il ne faut pas être dans le bac à sable, il ne faut pas être dans les pe­tites que­relles […]. Il faut voir grand pour son pays. Très grand. » Pan sur son mi­nistre !

LE PRE­MIER MI­NISTRE PEAU­FINE SA STA­TURE CE­LUI QUI IRAIT DIRE AU PRÉ­SIDENT DE LA RÉ­PU­BLIQUE QUE TOUT VA BIEN SE­RAIT UN FAUX-CUL. À SON AMI, ON DIT LA VÉ­RI­TÉ

Sa « fran­chise », Valls la re­ven­dique. « Elle est utile par­fois », as­su­met-il en pri­vé. Car, pré­vient-il, en poin­tant le « ma­laise » ressenti, « on ne va pas faire taire les gens de gauche qui s’in­ter­rogent sur l’ave­nir ». Son en­tou­rage dé­ment toute in­ci­dence sur sa re­la­tion avec Fran­çois Hol­lande. « Ils ont échan­gé. Il n’y a pas de rup­ture entre eux. Ce­lui qui irait dire au pré­sident de la Ré­pu­blique que tout va bien se­rait un faux-cul. A son ami, on dit la vé­ri­té », dé­mine un proche. « Qui re­cadre qui ou qui pré­pa­re­rait un plan B, c’est le pe­tit bout de la lor­gnette », éva­cue Ma­nuel Valls.

Car en at­ten­dant de connaître le dé­noue­ment de cette ro­cam­bo­lesque sé­quence, le Pre­mier mi­nistre peau­fine sa sta­ture. Pour main­te­nant… ou plus tard. Pro­gram­mée de longue date, cette tour­née afri­caine, ponc­tuée d’in­nom­brables « Mar­seillaises », de dî­ners of­fi­ciels et vi­sites de ter­rain, son épouse Anne Gra­voin tou­jours à ses cô­tés, tom­bait à point nom­mé. Elle au­ra, qui plus est, per­mis de gra­ver le nom du Pre­mier mi­nistre dans la pierre de l’école Charles-de-Gaulle de Lo­mé. « A tout ja­mais, dans quelques an­nées, ils de­man­de­ront qui est Ma­nuel Valls, sou­rit l’in­té­res­sé en dé­voi­lant la plaque sous le préau. J’es­père qu’on leur don­ne­ra une pe­tite in­for­ma­tion sur ce jour im­por­tant… »

Ac­cra (Gha­na), sa­me­di. Mal­gré l’orage po­li­tique qui tonne en France, Ma­nuel Valls pour­suit sa tour­née afri­caine comme si de rien n’était.

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