Or­ga­ni­ser sa mort nu­mé­rique

IN­TER­NET Après la mort, il y a en­core une vie sur la Toile. Boîtes mail, ré­seaux so­ciaux… vous pou­vez dé­sor­mais les cou­cher sur votre tes­ta­ment.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR CH­RIS­TINE MATEUS UN RES­PON­SABLE DU RÉ­SEAU SO­CIAL NEWMANITY

POUR NE PAR­LER que de choses ma­té­rielles, mou­rir, c’est lais­ser der­rière soi une mai­son rem­plie de sou­ve­nirs, une par­celle de terre, des biens fi­nan­ciers mais aus­si — et on ne s’en pré­oc­cupe pas du tout— une boîte mail, un compte Fa­ce­book, Twit­ter ou autres qui conti­nue­ront d’ar­bo­rer votre pho­to de pro­fil sou­riante et vos der­niers mes­sages comme si de rien n’était. Comme si un fan­tôme 2.0 conti­nuait de han­ter la Toile. Une souf­france sup­plé­men­taire pour les proches et un risque, no­tam­ment, d’usur­pa­tion d’identité lorsque ces comptes ne sont plus ac­tifs de­puis un cer­tain temps.

Alors que des fa­milles pro­fi­te­ront de la Tous­saint pour rendre hom­mage à la mort ter­restre de leurs proches, quid alors de la « mort nu­mé­rique » ? La so­cié­té Newmanity, connue pour être un ré­seau so­cial « éco­lo et res­pon­sable », très sen­si­bi­li­sé à la confi­den­tia­li­té des don­nées de ses uti­li­sa­teurs et porte-dra­peau d’un « Web hu­main », s’ap­prête à lan­cer un ser­vice post-mor­tem, gra­tuit, per­met­tant aux uti­li­sa­teurs de dé­si­gner un lé­ga­taire char­gé de gé­rer leurs comptes après leur mort.

Bref, vous pour­rez bien­tôt hé­ri­ter des don­nées nu­mé­riques d’un proche. Ac­tuel­le­ment en test au­près de 3 000 uti­li­sa­teurs, le ser­vice se­ra dé­ployé avant le 15 no­vembre.

« Nous avons en­ga­gé cette ré­flexion il y a six mois, après l’ap­pel d’une ma­man. Elle ve­nait de re­ce­voir un e-mail de son fils, dé­cé­dé de­puis deux mois, l’in­vi­tant à re­joindre son ré­seau. Il avait sa mes­sa­ge­rie chez nous et un al­go­rithme a en­voyé cette in­vi­ta­tion. Elle était com­plè­te­ment sous le choc, et nous, on se de­man­dait com­ment on avait bien pu lais­ser pas­ser ça. L’al­go­rithme avait pris le pas sur l’hu­main alors que notre phi­lo­so­phie, c’est le contraire », s’émeut Sté­phane Pe­ti­bon, di­rec­teur gé­né­ral de Newmanity.

Rien dans la loi ne pré­voit que nos comptes nu­mé­riques soient au­to­ma­ti­que­ment fer­més à notre mort. En l’ab­sence de di­rec­tives an­ti­ci­pées du dé­funt ou d’une de­mande des hé­ri­tiers, ils conti­nue­ront d’exis­ter car il est dif­fi­cile pour un res­pon­sable de site de faire la dif­fé­rence entre un pro­fil in­ac­tif de­puis long­temps, sans rai­son par­ti­cu­lière, et un pro­fil in­ac­tif à la suite d’un dé­cès. En France, on es­time à 1,2 mil­lion le nombre de comptes e-mail de per­sonnes dé­cé­dées ! Des comptes qui peuvent être pi­ra­tés, qui conti­nuent à consom­mer de l’éner­gie et donc pol­luent, des comptes où des an­non­ceurs en­voient tou­jours leur pu­bli­ci­té, ce qui rap­porte de l’ar­gent à l’hé­ber­geur sur le dos du dé­funt. Dans le monde, Fa­ce­book hé­ber­ge­rait même un vé­ri­table sanc­tuaire nu­mé­rique avec 90 mil­lions de per­sonnes dé­cé­dées.

Pho­tos, do­cu­ments confi­den­tiels…, l’usa­ger de Newmanity pour­ra dé­sor­mais choi­sir la per­sonne qui va les re­cueillir, via un trans­fert de comptes. « Comme pour le don d’or­ganes, on de­vrait aus­si par­ler de ce su­jet dans les fa­milles », ex­horte les res­pon­sables. Mais « si nous consta­tons qu’il n’y a plus d’ac­ti­vi­té sur un compte de­puis un an, ex­plique Sté­phane Pe­tit­bon, nous en­voyons un e-mail de se­cours. Si nous n’avons pas de ré­ponse sous trois mois, on dé­truit le compte pour mettre fin à cette sorte d’exis­tence d’outre-tombe. »

« COMME POUR LE DON D’OR­GANES, ON DE­VRAIT AUS­SI PAR­LER DE CE SU­JET DANS LES FA­MILLES »

Avec l’en­trée en vi­gueur du droit à la « mort nu­mé­rique », vous pou­vez dé­sor­mais hé­ri­ter des don­nées In­ter­net d’un proche dé­cé­dé.

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