En­fin un pré­sident !

Après vingt-neuf mois de crise, le Par­le­ment de­vrait élire Mi­chel Aoun.

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - DE NOTRE CORRESPONDANT

ALORS QUE L’ES­PAGNE a en­fin réus­si à trou­ver un Pre­mier mi­nistre sa­me­di soir après dix mois de crise, le Li­ban sort de l’or­nière, après deux ans et de­mi de vide à la tête de l’Etat. Le Par­le­ment li­ba­nais éli­ra ce ma­tin un nou­veau pré­sident de la Ré­pu­blique, clô­tu­rant la plus longue crise pré­si­den­tielle de l’his­toire du pays, à l’ombre d’un conflit sy­rien qui l’a pro­fon­dé­ment di­vi­sé.

Le chef du Cou­rant pa­trio­tique libre, Mi­chel Aoun, 82 ans, de­vrait ain­si ac­cé­der à la ma­gis­tra­ture su­prême, va­cante de­puis mai 2014. Après 45 ten­ta­tives ra­tées, la 46e séance par­le­men­taire de­vrait être la bonne ! Ce dé­noue­ment, en­core illu­soire il y a peu, a été ren­du pos­sible grâce à un ap­pui in­at­ten­du ap­por­té il y a dix jours par le lea­deur de la com­mu­nau­té sun­nite (mu­sul­mans), Saad Ha­ri­ri, à Mi­chel Aoun. Or, ce der­nier est un chré­tien proche du Hez­bol­lah chiite, le­quel com­bat au­près des troupes de Ba­char al-As­sad de­puis 2012… en­ne­mi ab­so­lu d’Ha­ri­ri. Bref, voi­là un com­pro­mis aus­si la­bo­rieux que mi­ra­cu­leux dans ce pays où le pou­voir est par­ta­gé sur une base confes­sion­nelle : se­lon la Cons­ti­tu­tion, le chef d’Etat doit être un chré­tien ma­ro­nite, le Pre­mier mi­nistre un sun­nite et le chef du Par­le­ment, un chiite.

BÊTE NOIRE DU RÉ­GIME SY­RIEN

An­cien com­man­dant en chef de l’ar­mée, puis Pre­mier mi­nistre par in­té­rim dans les an­nées 1980, Mi­chel Aoun, long­temps consi­dé­ré comme la bête noire du ré­gime sy­rien, avait me­né une « guerre de li­bé­ra­tion » en 1989 contre l’ar­mée d’Ha­fez elAs­sad, pré­sente au Li­ban de­puis 1976, avant d’être vain­cu et de de­voir s’exi­ler en France. A son re­tour en 2005 après le re­trait des troupes de Da­mas, Aoun a opé­ré un re­vi­re­ment à 180 de­grés, al­lant jus­qu’à s’al­lier avec ses ex-ad­ver­saires, no­tam­ment le Hez­bol­lah. Cette volte-face avait pro­vo­qué l’in­di­gna­tion de nom­breux op­po­sants, y com­pris par­mi ses par­ti­sans. Mais le voi­là au­jourd’hui pré­sident.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.