Le plus dur com­mence pour le Ceta

COM­MERCE Le trai­té de libre-échange entre l’Eu­rope et le Ca­na­da a été si­gné hier. Mais son ap­pli­ca­tion to­tale de­vra at­tendre plu­sieurs an­nées, le temps que les Etats le ra­ti­fient. Un pro­ces­sus qui s’an­nonce dif­fi­cile.

Le Parisien (Paris) - - ÉCONOMIE - PAR VINCENT VÉRIER

TOUT UN SYM­BOLE ! Hier la si­gna­ture de l’ac­cord de li­breé­change (Ceta) entre les 28 pays de l’Union eu­ro­péenne (UE) et le Ca­na­da a été re­tar­dée d’une heure et de­mie, à cause d’un pro­blème tech­nique sur l’avion du Pre­mier mi­nistre ca­na­dien, Jus­tin Tru­deau, qui l’ame­nait à Bruxelles (Bel­gique). Un épi­phé­no­mène, certes, mais qui ré­sume à lui seul les sept ans de né­go­cia­tions, vrai par­cours du com­bat­tant, pour sup­pri­mer les droits de douane entre 500 mil­lions d’Eu­ro­péens et 35 mil­lions de Ca­na­diens.

UNE MISE EN OEUVRE AUS­SI COM­PLEXE QUE LES NÉ­GO­CIA­TIONS

Pour abou­tir à cet ac­cord, tout a été com­pli­qué. Et ce­la de­vrait conti­nuer puis­qu’il fau­dra sans doute plu­sieurs an­nées avant que le Ceta de­vienne plei­ne­ment une réa­li­té de part et d’autre de l’At­lan­tique. Le trai­té de plus de 1 500 pages doit d’abord être ra­ti­fié par les Par­le­ments eu­ro­péen et ca­na­dien avant une ap­pli­ca­tion par­tielle sur les seules dis­po­si­tions qui re­lèvent des com­pé­tences de l’UE. Pour en­trer en vi­gueur to­ta­le­ment, il fau­dra en­suite qu’il passe entre les mains des 38 Par­le­ments na­tio­naux et ré­gio­naux. Un pro­ces­sus très long, qui de­vrait s’étendre jus­qu’en 2020, au cours du­quel les cris­pa­tions di­verses, comme celles ve­nues des Wal­lons, ne man­que­ront pas de re­sur­gir.

La par­tie fran­co­phone de la Bel­gique (3,6 mil­lions d’ha­bi­tants) s’in­quié­tait des consé­quences du trai­té sur son agri­cul­ture mais sur­tout de la pos­si­bi­li­té pour des en­tre­prises in­ter­na­tio­nales d’at­ta­quer tout Etat qui adop­te­rait une po­li­tique contraire à ses in­té­rêts. Une op­po­si­tion belge qui a blo­qué la si­gna­ture du trai­té nor­ma­le­ment pré­vue jeu­di der­nier, pro­vo­quant une nou­velle crise eu­ro­péenne, après celle du Brexit.

Fi­na­le­ment, sans bou­le­ver­ser le trai­té, quelques amen­de­ments ont per­mis de ras­su­rer la Wal­lo­nie. Son mi­nistre-pré­sident so­cia­liste, Paul Ma­gnette, a ain­si ob­te­nu une clause de re­trait du Ceta si les im­por­ta­tions de pro­duits agri­coles ca­na­diens per­tur­baient trop le sec­teur. Plus im­por­tant, il a re­çu l’as­su­rance que les juges char­gés d’ar­bi­trer les li­tiges entre les mul­ti­na­tio­nales et les pays ne se­ront pas is­sus des mi­lieux d’af­faires mais choi­sis et ré­mu­né­rés par les Etats.

A terme, le Ceta de­vrait sup­pri­mer les 500 M€ de droits de douane que paient chaque an­née les Eu­ro­péens pour ac­cé­der au mar­ché ca­na­dien. Sur­tout, il per­met­tra aux en­tre­prises de l’UE d’ac­cé­der à 30 % des mar­chés pu­blics ca­na­diens contre 10 % au­jourd’hui. En­fin, il ga­ran­ti­ra la pro­tec­tion des ap­pel­la­tions eu­ro­péennes sur le sol ca­na­dien. Plus ques­tion pour nos cou­sins nord-amé­ri­cains de co­pier le ro­que­fort ou les pru­neaux d’Agen. Sur 1 500 in­di­ca­tions géo­gra­phiques pro­té­gées (IGP), 145, les plus connues, dont 42 fran­çaises, se­ront pro­té­gées. Et si les Ca­na­diens bé­né­fi­cient de contre­par­ties sur le con­tinent eu­ro­péen, Bruxelles in­ter­dit tou­jours l’im­por­ta­tion de boeuf aux hor­mones ou d’OGM.

Bruxelles (Bel­gique), hier. De gauche à droite : MM Jun­cker, pré­sident de la Com­mis­sion eu­ro­péenne, Tru­deau, Pre­mier mi­nistre ca­na­dien, et Tusk, pré­sident du Con­seil eu­ro­péen.

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