« Va­li­der si c’est le bon en­droit »

Ma­rie-Ar­melle Beaulieu, de « Terre Sainte Ma­ga­zine »

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - PRO­POS RECUEILLIS PAR F.M.

INS­TAL­LÉE de­puis onze ans à Jé­ru­sa­lem, Ma­rie-Ar­melle Beaulieu, ré­dac­trice en chef de « Terre Sainte Ma­ga­zine », a pu voir la tombe de Jé­sus. Pour­quoi en est-on ve­nu à ou­vrir le tom­beau de Jé­sus ?

MA­RIE-AR­MELLE BEAULIEU. Parce que l’édi­cule, la pe­tite struc­ture en marbre qui l’en­serre, est très dé­gra­dé. Il avait su­bi en 1927 un trem­ble­ment de terre et les au­to­ri­tés bri­tan­niques avaient dé­jà, à l’époque, de­man­dé aux Eglises de le res­tau­rer. Au­jourd’hui, à cause du taux d’hu­mi­di­té éle­vé dans le SaintSé­pulcre et des dé­ga­ge­ments de gaz car­bo­nique liés à l’af­flux de vi­si­teurs (NDLR : 2 mil­lions

chaque an­née), les ex­perts crai­gnaient que la pierre sur la­quelle le corps du Ch­rist a été po­sé ne s’ef­frite et c’est pour­quoi il fal­lait ou­vrir le tom­beau pour vé­ri­fier son état. Avez-vous pu le voir ? J’ai eu cette chance, grâce à un moine grec or­tho­doxe qui m’a in­vi­tée. Voir ce ro­cher de ses yeux, c’est bou­le­ver­sant. On est dans le lieu le plus sa­cré du monde chré­tien, à l’en­droit où Jé­sus a res­sus­ci­té et vain­cu la mort. En termes de sym­bole, c’est comme un spa­tio­naute qui, après vingt ans d’at­tente, est en­fin en­voyé dans les étoiles. Qu’est-ce que les ar­chéo­logues es­pèrent trou­ver ? Cette ques­tion est si cru­ciale et sen­sible que le pa­triarche or­tho­doxe, com­man­di­taire de ces tra­vaux, a dé­cla­ré en mai der­nier que ce tom­beau n’était pas un édi­fice ar­chéo­lo­gique et que ces pierres étaient plus que des pierres. Mais j’ai du mal à croire que l’on mo­bi­lise une tren­taine de dé­par­te­ments d’une uni­ver­si­té tech­nique d’Athènes pour se conten­ter de conso­li­der un bâ­ti­ment. En 324, quand l’évêque de Jé­ru­sa­lem a iden­ti­fié ce tom­beau comme étant ce­lui de Jé­sus, au­cun des té­moins ocu­laires de l’époque n’a ex­pli­qué com­ment l’évêque était cer­tain qu’il s’agis­sait bien du lit fu­né­raire du Ch­rist. Un scien­ti­fique bri­tan­nique sup­pose qu’il y avait des graf­fi­tis des­sus. Et au XVIe siècle, des re­li­gieux y au­raient aper­çu des mor­ceaux de fresques. Ce­la fait 1 700 ans que les chré­tiens viennent se re­cueillir sur cette tombe. Et c’est la pre­mière fois que la science, grâce aux tech­niques mo­dernes, va peut-être pou­voir va­li­der si c’est le bon en­droit ou pas.

VOIR CE RO­CHER DE SES YEUX, C'EST BOU­LE­VER­SANT. EN TERMES DE SYM­BOLE, C’EST COMME UN SPA­TIO­NAUTE QUI, APRÈS VINGT ANS D’AT­TENTE, EST EN­FIN EN­VOYÉ DANS LES ÉTOILES.

Jé­ru­sa­lem, mer­cre­di. A l’oc­ca­sion des tra­vaux de conso­li­da­tion de l’édi­cule, qui abrite la tombe du Ch­rist, celle-ci a été ou­verte par des ex­perts de l’uni­ver­si­té d’Athènes.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.