Ca­va­ni : « Le foot, c’est comme la pêche à la ligne… »

PSG Le joueur pa­ri­sien, dé­jà au­teur de qua­torze buts cette sai­son, se confie sur les hauts et les bas de sa vie d’at­ta­quant. Il ex­prime sa joie d’évo­luer en­fin au poste d’avant-centre.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PRO­POS RECUEILLIS PAR FRÉ­DÉ­RIC GOUAILLARD

« FACE À AR­SE­NAL, J’AI RA­TÉ BEAU­COUP D’OC­CA­SIONS. LE FOOT EST COMME ÇA » « CE QUI TE FAIT PRO­GRES­SER, C’EST LE TRA­VAIL, LA CONSTANCE » « À MON POSTE, IL Y AVAIT UN GRAND JOUEUR, EN LA PER­SONNE D’IBRA »

POUR REN­CON­TRER Ca­va­ni, il faut d’abord faire preuve de pa­tience. Ce mer­cre­di, le Ma­ta­dor montre en­fin le bout de son nez plus de trois heures après la fin de l’en­traî­ne­ment, après avoir sa­cri­fié au dé­jeu­ner et à sa séance de soins. Dans le cadre d’une opé­ra­tion de son équi­pe­men­tier Nike, l’Uru­guayen qui se voit re­mettre son tro­phée de joueur du mois au camp des Loges est tout sou­rire. Il faut dire qu’après trois ans à ar­pen­ter le cô­té de l’at­taque pa­ri­sienne, le joueur de 29 ans évo­lue à son poste na­tu­rel d’avant-centre de­puis le dé­part de Zla­tan Ibra­hi­mo­vic à Man­ches­ter Uni­ted. Un poste où il re­trouve pro­gres­si­ve­ment ses sen­sa­tions. Ren­contre avec un homme en­fin com­blé.

Avez-vous le sen­ti­ment de vivre votre meilleure pé­riode sous le maillot du PSG ?

EDIN­SON CA­VA­NI. Toutes les sai­sons sont dif­fé­rentes mais, de­puis neuf ou dix matchs j’oc­cupe le poste que j’aime le plus, ce­lui d’at­ta­quant de pointe. Ce­la peut don­ner à pen­ser que c’est ma meilleure pé­riode, sur­tout que je me suis mis à en­chaî­ner les buts. Après, tout ne se passe pas exac­te­ment comme nous le vou­lons en cham­pion­nat, mais c’est vrai que c’est un mo­ment plu­tôt favorable pour moi.

Avez-vous dé­jà été aus­si heu­reux à Pa­ris ?

Je ne sais pas pour­quoi l’idée s’est ré­pan­due que je n’étais pas heu­reux à Pa­ris. Je sais que tout ne peut pas al­ler exac­te­ment tou­jours comme nous le sou­hai­tons, mais l’idée que je me fais du bon­heur concerne sur­tout ma fa­mille, mes en­fants et beau­coup de choses en de­hors du foot­ball. Le foot­ball est mon mé­tier, et je le fais avec amour et pas­sion. Le jour où je n’au­rai plus ça, j’ar­rê­te­rai. Après, il y a dans le foot des choses qui ne dé­pendent pas sim­ple­ment du foot­bal­leur. Vous n’étiez donc pas triste ? Mais il n’est pas ques­tion d’af­fir­mer que j’étais triste parce que je n’étais pas dans une bonne phase ou que je ne jouais pas à mon poste. Je me donne tou­jours à fond dans tout ce que je fais, et au­jourd’hui je suis content car je joue à mon poste, mais j’étais aus­si heu­reux quand nous avons rem­por­té des titres. Et les com­men­taires sur ma si­tua­tion n’étaient pas les plus justes.

Vous jouez en­fin en pointe. Avez-vous re­trou­vé tous vos re­pères ?

Quand un at­ta­quant perd l’ha­bi­tude de jouer à son poste, il a ten­dance à perdre le ti­ming. En­suite, un at­ta­quant pur, ce­lui qui a ça dans le sang, peut pro­gres­si­ve­ment re­trou­ver son meilleur ni­veau avec du temps et du tra­vail pour ré­gler les pe­tits dé­tails. C’est ce qui se passe.

Est-ce que le pu­blic voit en­fin le vrai Ca­va­ni ?

C’est l’opi­nion de la presse et du pu­blic. Ce que je peux sim­ple­ment vous dire, c’est que je joue à mon vrai poste. Et à chaque fois que j’ai joué à mon vrai poste, j’ai tou­jours don­né le meilleur. Quand tu joues dans une autre po­si­tion, tout est dif­fé­rent : les mou­ve­ments, le tra­vail que tu dois ef­fec­tuer… Com­ment dé­fi­ni­riez-vous le match face à Ar­se­nal (quatre oc­ca­sions ra­tées) ? Mal­gré vos échecs, ce match a-t-il agi comme un dé­clic ? Pour moi, c’était une par­tie comme les autres. Un match, c’est une somme de pe­tits dé­tails qui vont en mo­di­fier le cours et l’is­sue. Face à Ar­se­nal, j’ai ra­té beau­coup d’oc­ca­sions que j’ai pu réus­sir dans un autre contexte. Le foot­ball est comme ça.

Mais on a le sen­ti­ment qu’après ce match vous avez af­fi­né les ré­glages dont on par­lait tout à l’heure… (Il coupe.) Non car ce n’est pas le genre de si­tua­tions qui fait

tu vas t’amé­lio­rer. Ce qui te fait pro­gres­ser, c’est le tra­vail, la constance, et ce­la j’en suis convain­cu de­puis treize ans que j’exerce ce mé­tier. Le but dé­pend d’une somme de pe­tits dé­tails que peuvent me­su­rer ceux qui sont sur le ter­rain..

Quatre jours après ce match face aux Gun­ners, vous avez ins­crit quatre buts contre Caen. Qu’avez-vous ressenti ce soir-là ?

De la joie de mar­quer, car l’at­ta­quant vit du but et mar­quer, pour un at­ta­quant, re­pré­sente une dé­charge d’émo­tion im­por­tante. Mais après tant d’an­nées dans le foot­ball, je sa­vais que je n’étais pas de­ve­nu le meilleur à la suite de ce qua­dru­plé. Tout comme je n’étais pas le pire at­ta­quant après mes échecs face à Ar­se­nal.

Au­cun sen­ti­ment de re­vanche ne vous a tra­ver­sé l’es­prit ?

Non, au­cun. Car je suis conscient que la cri­tique existe. Cer­tains voient le foot­ball d’une cer­taine fa­çon, d’autres d’une autre, mais le foot­ball conti­nue­ra d’exis­ter.

Qu’avez-vous fait du bal­lon du match ?

Il est chez moi, si­gné par mes par­te­naires. C’est un beau sou­ve­nir. Vous par­lez beau­coup du tra­vail quo­ti­dien que vous ef­fec­tuez. Est-ce que vous avez re­cours à un pré­pa­ra­teur phy­sique ou men­tal en de­hors du camp des Loges ? Non. Il m’ar­rive par­fois de sor­tir cou­rir à cô­té de chez moi dans le bois de Bou­logne, mais je ne fais pas de tra­vail per­son­na­li­sé. Je m’at­tache sur­tout à bien dor­mir et à bien ré­cu­péque

rer. En re­vanche, je re­vois mes matchs en vi­déo pour ten­ter d’amé­lio­rer cer­tains points, mais ça ne se concré­tise que par le tra­vail que je mets en oeuvre par la suite. Et tout ça, c’est au camp des Loges.

Vous en­ta­mez votre qua­trième sai­son à Pa­ris. Ce se­ra le club où vous se­rez res­té le plus long­temps. Ce­la re­vêt-il une si­gni­fi­ca­tion ?

Je ne sais pas si c’est un signe. Je n’ai pas quit­té mes an­ciens clubs parce qu’ils ne me vou­laient plus mais parce qu’à chaque fois je fran­chis­sais des étapes de ma car­rière. Au­jourd’hui, je suis ici, dans une des meilleures équipes du monde, et ce­la me rem­plit de joie.

Cet été, a quel mo­ment avez-vous été cer­tain de res­ter au PSG ?

En foot­ball, les choses doivent être claires. Les an­nées pré­cé­dentes, j’ai par­fois ex­pri­mé le dé­sir de jouer à mon vrai poste, mais j’ai tou­jours res­pec­té les dé­ci­sions de l’en­traî­neur. Ce n’est pas que je ne vou­lais pas res­ter à Pa­ris. Mais à mon poste, il y avait un grand joueur, en la per­sonne d’Ibra. J’ai­mais le PSG mais je vou­lais pour­suivre ma car­rière comme at­ta­quant de pointe. Et à la fin de la sai­son der­nière, j’ai eu une réunion avec la di­rec­tion où l’on m’a dit que je joue­rais avant-centre et, à ce mo­ment-là, j’étais content. C’était clair.

Votre contrat se ter­mine en 2018. Avez-vous en­vie de res­ter long­temps à Pa­ris ?

Je ne sais pas ce qui va se pas­ser de­main, mais j’ai un contrat avec Pa­ris que j’en­tends res­pec­ter. J’ai la confiance du club, et ma vie va se pour­suivre à Pa­ris.

Vous êtes un ama­teur de pêche. Y a-t-il des si­mi­li­tudes entre le pê­cheur et le joueur que vous êtes ?

Oui, le foot­ball et la pêche, c’est as­sez si­mi­laire. Le pê­cheur va at­tendre le bon mo­ment pour fer­rer son pois­son et l’at­ta­quant pour faire le bon ap­pel de balle. C’est pour­quoi j’aime beau­coup sor­tir en mer pour al­ler pê­cher et jouer avant­centre.

Vous êtes éga­le­ment un amou­reux de la na­ture et un fé­ru d’or­ni­tho­lo­gie. Vous en­ten­dez les oi­seaux, à Pa­ris ?

Oui, il y en a beau­coup. Il y a un pe­tit oiseau dont je ne connais pas le nom qui vient sou­vent sur le bal­con de mon ap­par­te­ment. Il est tout pe­tit et son plu­mage com­porte des cou­leurs jaune, noir et blanc. Il est ma­gni­fique. J’ai même une pho­to sur mon té­lé­phone por­table que je vous en­ver­rai pour mettre dans le jour­nal

« LE FOOT­BALL ET LA PÊCHE, C’EST AS­SEZ SI­MI­LAIRE »

Ca­va­ni a été dé­si­gné meilleur joueur de Ligue 1 du mois de sep­tembre.

Pour mieux dé­ce­ler les points à tra­vailler à l’en­traî­ne­ment, Ca­va­ni re­voit ses matchs en vi­déo.

Camp des Loges (Saint-Ger­main-en-Laye), mer­cre­di. En de­hors des séances avec le club, Edin­son Ca­va­ni sort par­fois cou­rir près de chez lui.

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