Au chô­mage, pe­sant 105 kg, il est pour­tant re­de­ve­nu foot­bal­leur

Après avoir connu la Ligue 1 à Bas­tia il y a trois ans, Ma­ka Ma­ry a som­bré avant de re­mon­ter pe­tit à pe­tit la pente. A 27 ans, le dé­fen­seur re­joue sous le maillot du Pa­ris FC.

Le Parisien (Paris) - - ILE-DE-FRANCE - PAR LAURENT PRUNETA

TI­TU­LAIRE mer­cre­di der­nier contre Metz en Coupe de la Ligue, Ma­ka Ma­ry (27 ans) était sur le banc pour la 1re fois cette sai­son sa­me­di contre Pau (0-1) en Na­tio­nal. Entre le 30 mars 2013 (Va­len­ciennes - Bas­tia en L 1) et le 16 jan­vier 2016 (Sain­teGe­ne­viève - ASPTT Caen en CFA 2), le dé­fen­seur cen­tral du PFC n’avait dis­pu­té au­cun match. Re­ve­nu de l’en­fer, il ra­conte son éton­nante tra­jec­toire.

« À BAS­TIA, J’AI L­CHÉ DANS MA TÊTE »

Pièce maî­tresse de la dé­fense du SC Bas­tia lors des deux mon­tées de Na­tio­nal en L 1 entre 2010 et 2012, il perd vite sa place de ti­tu­laire. « Je ne me suis ja­mais pris pour un joueur de L 1, j’au­rais vou­lu avoir un temps d’adap­ta­tion. Mais tout était al­lé trop vite. Je me suis bra­qué et j’ai lâ­ché dans ma tête. » Lors de la sai­son 20132014, il ne joue pas du tout. « Je m’en­traî­nais avec la ré­serve et je pre­nais juste mon sa­laire. »

« J’AI RE­FU­SÉ LE RED STAR »

Après cette sai­son blanche, il re­pousse la pro­po­si­tion du Red Star, alors en Na­tio­nal. « Quand tu viens de L 1, tu penses que c’est trop bas. Avec le re­cul, c’était une grosse er­reur. J’ai aus­si eu des clubs en Bul­ga­rie, en Grèce, mais je ne vou­lais pas par­tir à l’aven­ture. Les mois passent et tu tombes vite dans un en­gre­nage. Mon agent était là quand ça al­lait bien mais, dans les mo­ments dif­fi­ciles, il n’y avait plus per­sonne. Plus ja­mais je ne pren­drai d’agent. »

« À CRÉ­TEIL, J’AI CRA­QUÉ AU BOUT D’UN MOIS »

Ren­tré chez lui à Cré­teil, le so­lide dé­fen­seur est aus­si tou­ché par de gros sou­cis per­son­nels. « C’était un tout. Mais je n’étais pas dé­pres­sif. J’en avais juste marre du foot. Pen­dant un an et de­mi, j’ai qua­si­ment ar­rê­té le sport. Je m’oc­cu­pais de mes en­fants. Je suis mon­té à 105 kg. Mon en­tou­rage me pous­sait à m’ac­cro­cher. Fi­nan­ciè­re­ment, je m’en sor­tais avec le chô­mage. » Cré­teil lui tend la main dé­but 2015 : « J’ai cra­qué au bout d’un mois. Je n’étais pas prêt à re­prendre le foot. »

« À SAINTE-GE­NE­VIÈVE, ON ME PE­SAIT APRÈS CHAQUE EN­TRAέNE­MENT »

En sep­tembre 2015, son ami Ivan Ve­lan­dia Hoyos, le gar­dien de Sainte-Ge­ne­viève (CFA 2), le pousse à ve­nir s’en­traî­ner avec eux. « Je n’étais pas chaud, je pe­sais en­core plus de 100 kg, mais je me suis lais­sé convaincre. Là­bas, ils me pe­saient après chaque en­traî­ne­ment. Mais j’ai trou­vé des bonnes per­sonnes qui m’ont re­don­né goût au foot. Une pe­tite lu­mière s’est ral­lu­mée à l’in­té­rieur de moi. » En jan­vier, il signe une li­cence et dis­pute 13 matchs en CFA 2. « Mes dé­buts ont été la­bo­rieux mais j’étais de nou­veau prêt à me battre. »

« LE PA­RIS FC EST MA DER­NIÈRE CHANCE »

Quand Ré­gi­nald Ray, qu’il a connu à Bas­tia, est nom­mé en­traî­neur du PFC, il n’hé­site pas à l’ap­pe­ler. « Je n’aime pas trop faire ça mais j’ai pris mon cou­rage à deux mains. Je lui ai ra­con­té mon his­toire et il a ac­cep­té que je vienne m’en­traî­ner. Quand on dis­pa­raît du cir­cuit pen­dant trois ans comme moi, c’est dif­fi­cile de re­ve­nir, à moins de tom­ber sur un coach qui te connaît. » Après un mois d’es­sai, il signe un contrat ama­teur. « C’est un bon deal. J’ai en­core per­du une di­zaine de ki­los (NDLR : il pèse 83 kg ac­tuel­le­ment). Le PFC est ma der­nière chance, j’ai fait une toute pe­tite par­tie du che­min, mais je ne me pro­jette plus dans l’ave­nir. J’ai com­pris que, quand on a la chance d’être en haut, il faut tout don­ner. »

Stade-Char­lé­ty (Pa­ris), sa­me­di. Ma­ka Ma­ry ne se pro­jette dé­sor­mais plus dans l’ave­nir et vit sa car­rière au pré­sent.

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