« Nous avons in­ven­té le cham­pagne qui se boit avec des gla­çons »

Le couple Vranken a ra­che­té le do­maine Pom­me­ry en 2002. Un nom pres­ti­gieux qu’ils ont su per­pé­tuer mais aus­si faire évo­luer. Au coeur de leur stra­té­gie, l’in­no­va­tion et le dé­ve­lop­pe­ment de nou­veaux pro­duits.

Le Parisien (Paris) - - L'INVITÉ DE LA SEMAINE - PRO­POS RECUEILLIS PAR

Pom­me­ry, qui fête ses 180 ans, a in­ven­té le pre­mier cham­pagne brut. Quelle est son his­toire ?

Nous sommes au coeur du se­cond Em­pire, le temps de Zo­la, du Bon Mar­ché. Une époque où le cham­pagne est par­ti­cu­liè­re­ment su­cré. Il ne res­semble en rien à ceux d’au­jourd’hui. Ma­dame Pom­me­ry, qui vient de perdre son ma­ri, re­prend le do­maine en main. S’en­tou­rant d’ac­teurs for­mi­dables, elle crée, en 1874, le pre­mier brut de l’his­toire du cham­pagne. L’une de ses idées de gé­nie est de s’en­det­ter en ache­tant les meilleures terres. Ce­la per­met de consti­tuer des stocks suf­fi­sants pour que le vin se bo­ni­fie, tout en ré­pon­dant à la de­mande crois­sante mais en­core aléa­toire. En pleine ré­vo­lu­tion in­dus­trielle, elle bous­cule ain­si les règles de la ges­tion des ap­pro­vi­sion­ne­ments, et part à la conquête des mar­chés na­tio­naux et in­ter­na­tio­naux, no­tam­ment l’An­gle­terre. Per­sonne ne l’a dé­pas­sée pour le mo­dèle éco­no­mique du cham­pagne !

Pour­quoi avoir ra­che­té Pom­me­ry ?

C’est une marque ma­gni­fique ! Le lieu, à Reims, est ma­gique. Quand LVMH (NDLR : pro­prié­taire du « Pa­ri­sien-Au­jourd’hui en France ») a mis en vente le do­maine, en 2002, mon époux n’a pas hé­si­té. L’his­toire de Pom­me­ry nous par­lait par­ti­cu­liè­re­ment. Des an­nées plus tôt, mon ma­ri Paul-Fran­çois Vranken qui rê­vait de li­ber­té, n’avait pas hé­si­té à quit­ter son job de bras­seur pour se lan­cer dans le cham­pagne. Et comme Ma­dame Pom­me­ry en­vi­ron 100 ans plus tôt, il a ré­vo­lu­tion­né le monde du cham­pagne en in­ven­tant une nou­velle forme de bou­teille pour sa pre­mière cu­vée brute au nom ma­gni­fique de De­moi­selle. Cette cu­vée de pres­tige est un pro­duit rare qui se ca­rac­té­rise par une qua­li­té ir­ré­pro­chable car il com­prend plus de 80 % de Char­don­nay alors que ce rai­sin n’est culti­vé que sur 15 % de la ré­gion Cham­pagne-Ar­denne. De­puis 2002, nous avons vou­lu pour­suivre le des­tin de la marque tel que l’a fa­çon­né Ma­dame Pom­me­ry.

Au­jourd’hui, com­ment va Pom­me­ry ?

A l’époque du ra­chat, la marque pro­dui­sait en­vi­ron 4 mil­lions de bou­teilles. Au­jourd’hui, Pom­me­ry prend son en­vol. Nous n’avons pas en­core dou­blé les ventes mais nous nous en ap­pro­chons. Et no­tam­ment à l’in­ter­na­tio­nal, car Pom­me­ry peut s’ap­puyer sur le groupe Van­kren, qui dis­pose de 9 fi­liales à l’étran­ger, au Ja­pon, en Aus­tra­lie, et en Chine no­tam­ment. Vranken em­ploie 800 per­sonnes dans le monde. Par son es­prit et son prix, le cham­pagne est un pro­duit de luxe. Notre cu­vée Louise est à 150 € et une bou­teille de brut mil­lé­si­mée se trouve à 40-45 €.

Quels sont les en­jeux de la marque pour de­main ?

Conti­nuer à être in­no­vante, mo­derne et res­ter dans l’air du temps. Avec mon ma­ri, nous vou­lons conti­nuer à iden­ti­fier les nou­veaux be­soins, les nou­velles de­mandes de consom­ma­tion de cham­pagne. Après avoir in­ven­té le brut en 1874, le quart de bou­teille à la veille de la crise de 1929, nous avons lan­cé la gamme POP (Pro­duct of Pom­me­ry) en 1999. Comme son aî­née la grande bou­teille, il existe en brut, mil­lé­si­mé et rosé. Cette an­née, nous avons créé le Royal Blue Sky, un cham­pagne qui en­tend bien lui aus­si ré­vo­lu­tion­ner le XXIe siècle.

Com­ment ça ?

Au­jourd’hui, les gens ont en­vie de boire du cham­pagne avec des gla­çons et nous l’avons in­ven­té. Du­rant deux ans, nous avons tra­vaillé pour créer ce vin pur, frais et équi­li­bré re­con­nais­sable à sa bou­teille bleue. Lan­cé en juin der­nier, il offre une vi­sion plus contem­po­raine de la dé­gus­ta­tion de cham­pagne. Et il ré­pond à une de­mande, comme en té­moigne son très bon dé­mar­rage,

Pour­quoi vous être di­ver­si­fiés dans le vin rosé ?

En 2005, nous avons eu l’oc­ca­sion de ra­che­ter Lis­tel. C’était une op­por­tu­ni­té qui ne se re­fuse pas. D’au­tant que ce vin est rare. Il est pro­duit dans le del­ta du Rhône, en Ca­margue. Le gre­nache, qui le com­pose en grande ma­jo­ri­té, pousse dans un sable gris. Après le Do­maine Royal de Jar­ras, en Ca­margue, nous avons ra­che­té le Châ­teau La Gor­donne, à Pier­re­feu-du-Var, en Pro­vence, qui est un vin su­blime. Tous nos vins viennent de lieux mer­veilleux.

Et le bio ?

Nous ter­mi­nons la conver­sion en bio dans nos do­maines en Ca­margue. Je veux un ave­nir se­rein pour ces vi­gnobles. Car au­jourd’hui, être vi­gne­ron, c’est être res­pon­sable, ca­pable de lé­guer aux gé­né­ra­tions fu­tures une terre qui pro­duit des fruits de qua­li­té. Je ne suis pas pour au­tant un aya­tol­lah du bio. Nous avons fait des pro­grès in­ouïs par rap­port à il y a 40 ou 50 ans mais on peut al­ler plus loin, no­tam­ment avec la sup­pres­sion des sul­fites (NDLR : com­po­sés chi­miques dans le vin et le cham­pagne no­tam­ment).

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.