«Vos sa­la­riés sont uniques, créa­tifs et in­no­vants»

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR -

est vice-pré­sident de la Chi­na Na­tio­nal Che­mi­cal Cor­po­ra­tion (ChemC­hi­na), un géant pu­blic chi­nois spé­cia­li­sé dans la chi­mie qui a ra­che­té l’an der­nier la firme suisse Syn­gen­ta, pour la somme as­tro­no­mique de 40,7 Mds€. Le groupe fi­gure au 265e rang de For­tune Glo­bal 500, le clas­se­ment des principales en­tre­prises mon­diales. En 2006 et 2007, le groupe chi­nois avait ra­che­té deux so­cié­tés fran­çaises, dont il est tou­jours pro­prié­taire.

A l’oc­ca­sion d’un dé­pla­ce­ment de Ber­nard Ca­ze­neuve en Chine fin fé­vrier, Ro­bert Lu nous a ex­pli­qué, de Pékin, en quoi ces in­ves­tis­se­ments ont été bé­né­fiques pour son groupe et nous a dé­taillé les atouts de la France. Pour­quoi avez-vous in­ves­ti en France ?

RO­BERT LU. La France est sans doute le pays avec le­quel la Chine s’en­tend le mieux au sein de l’Union eu­ro­péenne. A l’ori­gine, nous pen­sions plu­tôt à une col­la­bo­ra­tion, mais des oc­ca­sions se sont pré­sen­tées. En 2006, nous avons ac­quis 100 % d’Adis­seo, une fi­liale de Rhô­nePou­lenc. Un an plus tard, nous avons ache­té Rho­dia Si­li­cones (NDLR : l’un des fleu­rons de l’in­dus­trie chi­mique lyon­naise). Al­lez-vous in­ves­tir en­core en France ? Bien sûr ! De­puis 2006-2007, nous avons ré­in­ves­ti plus de 600 M€ au to­tal dans nos deux fi­liales, qui re­pré­sentent plus de 2 000 em­plois en France. Et nous al­lons in­ves­tir 100 M€ sup­plé­men­taires dans les deux ans. Comment voyez-vous la France ? Vos sa­la­riés sont uniques, forts en science, créa­tifs et in­no­vants. La France nous per­met de nous dé­ve­lop­per via les idées que nous y trou­vons, la R&D (NDLR : re­cherche et dé­ve­lop­pe­ment) que nous y dé­ve­lop­pons et que nous ap­pli­quons en Chine. Le droit du tra­vail fran­çais est-il contai­gnant ? Vous avez des syn­di­cats, et beau­coup ! Dans nos usines chi­noises, nous n’en avons qu’un… Nos par­te­naires aux Etats-Unis nous avaient mis en garde : « Soyez ex­trê­me­ment pru­dents ! » Ils nous avaient par­lé d’en­tre­prises étran­gères contraintes de bais­ser le ri­deau à cause de grèves à répétition… Nous n’en avons eu au­cune. Je me sou­viens d’ailleurs qu’au mo­ment du ra­chat, nos syn­di­ca­listes fran­çais avaient sou­li­gné qu’au lieu d’une so­cié­té amé­ri­caine, ils pré­fé­raient une so­cié­té chi­noise, car la Chine est un pays so­cia­liste, sup­po­sé dé­fendre les tra­vailleurs. L’avez-vous fait ? Nous es­sayons d’aug­men­ter ré­gu­liè­re­ment les ré­mu­né­ra­tions et nous dis­po­sons de pro­grammes de ré­par­ti­tion des pro­fits avec nos sa­la­riés. L’an­née a été dé­li­cate pour l’une de nos fi­liales fran­çaises… En Chine, ce­la ce se­rait tra­duit par des baisses de sa­laires, au moins par la sup­pres­sion des bo­nus. En France, nous n’agis­sons pas comme ça. Vos sa­la­riés chi­nois ne ré­clament-ils pas le même trai­te­ment ? Non, le sys­tème est dif­fé­rent. Nous avons aus­si des syn­di­cats, mais ils ont une ma­nière dif­fé­rente de pen­ser. En France, cer­tains s’in­quiètent d’une forme de co­lo­ni­sa­tion éco­no­mique chi­noise… Je com­prends cette in­quié­tude. De notre cô­té, nous avons fait une pro­messe : nous ne dé­lo­ca­li­se­rons ja­mais nos sites tri­co­lores. Le coût du tra­vail en France est-il un han­di­cap ? Il y a dix ans, pour un même ki­lo pro­duit, le coût était de 10 € en France contre 5 € en Chine. A l’époque, dé­jà, nous rai­son­nions en termes de moyenne, soit un coût — ac­cep­table au re­gard des avan­tages fran­çais — à 7,50 €. De­puis, le coût du tra­vail a aug­men­té en Chine. Nous sommes donc très contents d’avoir des usines en Eu­rope. Nous avons aus­si une fi­liale en Al­le­magne. Mal­heu­reu­se­ment pour vous, les Al­le­mands ont des équi­pe­ments plus per­for­mants. C’est la seule dif­fé­rence. Comment voyez-vous l’élec­tion pré­si­den­tielle ? (Il se tourne vers son en­tou­ra

ge.) Au­cun des can­di­dat n’est propre, n’est-ce-pas ? La pire est Mme Le Pen, une femme très dan­ge­reuse. J’at­tends avec im­pa­tience le ré­sul­tat. La France de­vrait être un phare, pas seule­ment eu­ro­péen, mais mon­dial ! Vous avez la culture, la science, des ac­teurs de l’in­no­va­tion, une po­pu­la­tion très édu­quée, presque toutes les res­sources na­tu­relles, de très belles usines, une gas­tro­no­mie fan­tas­tique. C’est le ber­ceau de l’au­to­mo­bile, du ci­né­ma. Vous avez toutes les cartes en main pour, comme di­rait Do­nald Trump : « Make France great again » ! Vous êtes membre du Par­ti com­mu­niste chi­nois mais aus­si homme d’af­faires. Pour vos ac­ti­vi­tés en France, pré­fé­rez-vous un gouvernement de gauche ou de droite ? Si nous tra­vaillons avec un gouvernement de gauche, peu­têtre y au­ra-t-il moins de grèves. Si nous tra­vaillons avec un gouvernement de droite, peut-être paie­rons-nous moins d’im­pôts. Mais au fi­nal peu im­porte : l’es­sen­tiel est que nos en­tre­prises puissent conti­nuer à croître.

LA FRANCE DE­VRAIT ÊTRE UN PHARE, PAS SEULE­MENT EU­RO­PÉEN, MAIS MON­DIAL !

Pékin (Chine), le 23 fé­vrier. Ro­bert Lu, vice-pré­sident de ChemC­hi­na, rap­pelle une pro­messe faite aux sa­la­riés fran­çais in­quiets : « Nous ne dé­lo­ca­li­se­rons ja­mais nos sites tri­co­lores. »

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