« Peut-on se ma­rier avec Jean-Luc ? Nos coeurs sont dé­jà pris ! »

Le Parisien (Paris) - - FACE AUX ÉLECTEURS -

QUAND ON EST DE GAUCHE, LE PRO­GRAMME DE MA­CRON NE TIENT PAS LA ROUTE

VINCENT AVAN­ZI

Pour vous qui dé­fen­dez le prin­cipe de l’in­tel­li­gence col­lec­tive, et pour que la gauche ac­cède au pou­voir, pour­quoi ne pas vous allier avec Jean-Luc Mé­len­chon ?

BE­NOÎT HA­MON.

Je vous livre ce té­moi­gnage per­son­nel : ma plus grande fille rentre et me ra­conte un soir qu’à l’école ils ont fait un exer­cice d’at­taque ter­ro­riste. Je trouve in­croyable que nos en­fants gran­dissent avec l’idée que quel­qu’un puisse ve­nir les tuer dans leurs classes. Et quand il y a des pics de pollution, ils doivent res­ter, sans cou­rir, sous un préau. C’est ex­trê­me­ment an­xio­gène. C’est pour ce­la que je veux être can­di­dat à la pré­si­den­tielle, pour le monde que l’on va lais­ser à nos en­fants. Y a-t-il un im­pé­ra­tif à se ras­sem­bler avec Jean-Luc Mé­len­chon ? A l’époque, il di­sait qu’à cause de Ma­nuel Valls, c’était im­pos­sible. Il n’y a plus Ma­nuel Valls, et c’est en­core non ! Mé­len­chon ré­pond que c’est parce qu’il me de­vance dans les son­dages. J’ai dé­jà en­ten­du ce­la pen­dant la pri­maire… Au­jourd’hui, peut-on se ma­rier avec Jean-Luc ? Ci­vi­le­ment, nos coeurs sont dé­jà pris ! Pour le reste, je tra­vaille­rai tou­jours à l’uni­té. Vous pen­sez que la gauche mo­dé­rée peut en­core vo­ter pour vous ? J’ai quand même ras­sem­blé les Verts et les ra­di­caux ! La gauche mo­dé­rée va dé­cou­vrir qu’Em­ma­nuel Ma­cron n’est pas de gauche !

OS­CAR BLA­CHER

Vous vou­lez être pré­sident. Vous avez une vi­sion du pays pour les cinq an­nées qui viennent, donc j’ima­gine que vous avez une idée de ce que vous fe­rez dans les trois mois après votre élec­tion : qui se­rait votre Pre­mier mi­nistre ? Je ré­flé­chis à ces ques­tions-là. J’ai des hy­po­thèses, mais je ne veux pas vous les dire. Je pense qu’il faut que ce soit quel­qu’un en ca­pa­ci­té de ras­sem­bler toute la gauche. Je veux que le ou la Pre­mier (e) mi­nistre gou­ver- ne et soit in­ves­ti (e) de ses res­pon­sa­bi­li­tés, c’est-à-dire que le pré­sident ne gou­verne pas à sa place. Je veux qu’il ou elle ait l’au­to­ri­té et le cha­risme pour le faire.

ÉRIC TOUA­TI

Il ou elle se­rait membre du Par­ti so­cia­liste ? Pas for­cé­ment !

OS­CAR BLA­CHER

Ma­nuel Valls sou­tient Em­ma­nuel Ma­cron. Les membres du PS qui vont le sou­te­nir doivent-ils être ex­clus du par­ti ? Quand on est de gauche, le pro­gramme de Ma­cron ne tient pas la route. Je ne suis pas le grand in­qui­si­teur ! Je ne suis pas là pour dis­tri­buer les bons et les mau­vais points. Ça me pa­raît tel­le­ment ba­roque de voir le mi­nistre de la Dé­fense, Jean-Yves Le Drian, qui est contre le ser­vice mi­li­taire, sou­te­nir le can­di­dat qui est pour le ser­vice mi­li­taire ! Il faut re­mettre les choses à leur place. Je pré­fère les so­cia­listes qui aiment bien le pro­grès so­cial et les éco­lo­gistes qui n’aiment pas le nucléaire plu­tôt que des so­cia­listes qui veulent bais­ser l’im­pôt sur la for­tune et des éco­lo­gis- tes qui rêvent de nucléaire. C’est tou­jours mieux d’avoir l’église au mi­lieu du vil­lage ou plu­tôt la mai­rie au mi­lieu du vil­lage.

VINCENT AVAN­ZI

Qui sont les uto­pistes au­jourd’hui ? Si vous vous pro­je­tez dans vingt ans, à quoi res­sem­ble­ra la France ? Il y a une très jo­lie phrase d’un évêque bré­si­lien, El­der Ca­ma­ra, qui di­sait : « Un rêve, quand on le fait tout seul, ça ne reste qu’un rêve. Un rêve, quand on le fait à plu­sieurs, ça a dé­jà une réa­li­té. » Il y a beau­coup de choses qu’ont rê­vées nos pré­dé­ces­seurs : l’Eu­rope, la Sé­cu­ri­té so­ciale. Heu­reu­se­ment qu’ils en ont rê­vé, car dé­sor­mais, on en pro­fite. Comme le re­ve­nu uni­ver­sel, je l’es­père ! Ce qui n’est pas rai­son­nable, c’est de conti­nuer avec un mo­dèle de dé­ve­lop­pe­ment qui ré­chauffe la pla­nète. En Bre­tagne au­jourd’hui, on pêche du pois­son tro­pi­cal ! Des pay­sans bri­tan­niques vont pou­voir faire du vin rouge en An­gle­terre, car ils ont as­sez d’en­so­leille­ment. En 2050, il y au­ra un mil­liard de ré­fu­giés cli­ma­tiques. Ce qui n’est pas rai­son­nable, c’est de ne pas vo­ter pour un fu­tur dé­si­rable !

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