Le re­ve­nu uni­ver­sel d’exis­tence, « c’est une in­ci­ta­tion à tra­vailler »

Le Parisien (Paris) - - FACE AUX ÉLECTEURS -

OSCARBLACHER

Je suis as­sez pour le re­ve­nu uni­ver­sel. Mais qu’est-ce que je ré­ponds à ceux qui me disent que c’est en­cou­ra­ger les gens à ne rien faire ? Vous pou­vez prendre les exemples sui­vants : au­jourd’hui, une per­sonne sans au­cune res­source touche le RSA, en­vi­ron 535540 € par mois, à par­tir de 25 ans. D’abord, le re­ve­nu uni­ver­sel d’exis­tence (RUE) per­met de re­va­lo­ri­ser le RSA en le por­tant à 600 € et de le ver­ser dès l’âge de 18 ans alors qu’au­jourd’hui il n’y a rien pour les 1825 ans, hor­mis la ga­ran­tie jeunes créée par Fran­çois Hol­lande. En­suite, ad­met­tons que cette per­sonne au RSA soit une femme à la­quelle on pro­pose un job à mi-temps au smic. Elle va ga­gner en­vi­ron 580 €. Elle peut se de­man­der si elle n’a pas in­té­rêt à res­ter chez elle, vu la dif­fé­rence faible entre le job à mi-temps et son RSA. Que change le re­ve­nu uni­ver­sel d’exis­tence (RUE) pour elle ? Eh bien, elle per­ce­vra en plus de son mi-temps à 580 € un RUE d’en­vi­ron 400 €, soit 980 € au to­tal. Un vrai gain de pou­voir d’achat qui va pré­ci­sé­ment l’in­ci­ter à tra­vailler. Et ain­si, tous les ac­tifs ga­gnant moins de 2 200 € net, soit 19 mil­lions de Fran­çais, ver­ront leurs re­ve­nus aug­men­ter, mais pas tous de 600 € car le RUE di­mi­nue dès que vous avez un dé­but de re­ve­nu.

Comment ce­la va mar­cher ?

A par­tir de de­main, des ca­ra­vanes vont par­tir dans toute la France avec un si­mu­la­teur qui per­met­tra de mon­trer à cha­cun(e) com­bien il (ou elle) per­ce­vra de re­ve­nu uni­ver­sel en plus de son sa­laire pour me­su­rer ain­si son gain de pou­voir d’achat. L’in­té­rêt, c’est de ne pas dé­cou­ra­ger le tra­vail. C’est au contraire une in­ci­ta­tion à tra­vailler. Si vous tra­vaillez à plein­temps et que vous vou­liez ré- duire votre temps de tra­vail, ce se­ra avec moins de perte de pou­voir d’achat qu’au­pa­ra­vant. C’est donc la pos­si­bi­li­té de ré­duire son temps de tra­vail. En Ile-de-France, 25 % des fa­milles sont mo­no­pa­ren­tales et, dans 80 % des cas, ce sont des femmes qui en ont la charge. Dans ces cas-là, pou­voir ré­duire son temps de tra­vail sans perte de pou­voir d’achat leur per­met­tra de se consa­crer un peu plus à leurs en­fants. C’est ce­la la dé­marche du re­ve­nu uni­ver­sel : une re­va­lo­ri­sa­tion du bul­le­tin de paie. Mais c’est aus­si une ap­proche nou­velle de la pro­tec­tion so­ciale. Un rap­port du MIT, une grande uni­ver­si­té amé­ri­caine, dé­montre l’im­pact de la ro­bo­ti­sa­tion sur le tra­vail : il risque d’y avoir une telle trans­for­ma­tion du tra­vail lié à l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle — ce qui est en par­tie une bonne nou­velle — qu’on au­ra moins de tra­vail. Se pose alors la ques­tion de sa­voir comment on fi­nance de­main la pro­tec­tion so­ciale des hommes. Le re­ve­nu uni­ver­sel est un des moyens que j’ai ima­gi­nés — je ne suis pas le seul — comme la pro­tec­tion so­ciale de notre siècle.

EM­MA­NUEL DES MOU­TIS

Le re­ve­nu uni­ver­sel d’exis­tence ne me semble pas phi­lo­so­phi­que­ment très per­ti­nent. N’avez-vous pas ré­flé­chi à l’as­sor­tir d’une obli­ga­tion à tra­vailler ou à rendre ser­vice ? Oui, j’y ai ré­flé­chi, no­tam­ment pour les jeunes. Cer­tains jeunes m’ont fait cette re­marque : « On bé­né­fi­cie de quelques cen­taines d’eu­ros grâce à la ga­ran­tie jeunes, on se­rait content d’avoir le re­ve­nu uni­ver­sel. Mais ce qui nous in­té­resse, c’est la ma­nière dont on peut avoir un par­cours d’in­ser­tion dans le­quel on se sente utile. » Nous al­lons ré­flé­chir à la ma­nière dont on peut, à par­tir des éva­lua­tions de la ga­ran­tie jeunes et des dis­po­si­tifs qui per­mettent d’ac­ti­ver un par­cours d’in­ser­tion, ima­gi­ner des ré­ponses pour ces jeunes.

ÉRIC TOUA­TI

Trou­vez-vous nor­mal que quel­qu’un qui a tra­vaillé vingt­cinq ou trente ans per­çoive le même mi­ni­mum vi­tal que quel­qu’un qui n’a pas tra­vaillé ? Je ne suis pas là pour dire ce qui est nor­mal ou pas. C’est l’op­tion que je pro­pose. Je pro­pose que la France de­vienne une grande dé­mo­cra­tie mo­derne, c’est-àdire qu’elle ouvre le droit aux mi­ni­ma so­ciaux à par­tir de 18 ans, comme dans toutes les autres grandes dé­mo­cra­ties. Pour le reste, vous com­pa­rez votre si­tua­tion, au re­gard d’une vie de tra­vail dif­fi­cile, à celle d’un jeune qui n’a rien fait puis­qu’il n’a que 18 ans ! La ques­tion est-elle de ne pas per­mettre à ce jeune de bé­né­fi­cier du re­ve­nu uni­ver­sel parce que votre si­tua­tion est dif­fi­cile ? Ou la ques­tion est : comment amé­lio­rer votre si­tua­tion sans re­mettre en cause le bé­né­fice du re­ve­nu uni­ver­sel pour ce jeune de 18 ans ? C’est comme ce­la que je vois les choses. Sur les deux bouts de la chaîne de l’emploi, on a un pro­blème. Les se­niors sont évin­cés tôt du mar­ché du tra­vail pour être rem­pla­cés par des jeunes em­bau­chés dans des condi­tions très pré­caires.

JE SOU­HAITE QUE L’IM­PÔT SUR LES BÉ­NÉ­FICES DES SO­CIÉ­TÉS SOIT BAIS­SÉ DÈS LORS QUE LES PRO­FITS RES­TENT DANS L’EN­TRE­PRISE UNE RE­VA­LO­RI­SA­TION DU BUL­LE­TIN DE PAIE

Be­noît Ha­mon es­time qu’il faut re­pen­ser le fi­nan­ce­ment de la pro­tec­tion so­ciale en rai­son de la ro­bo­ti­sa­tion du tra­vail.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.