PRÉ­SIDENT

Le 2 avril 1974, il y a qua­ran­te­trois ans, Georges Pom­pi­dou s’éteint chez lui, au terme d’une lutte érein­tante — et se­crète — contre la ma­la­die.

Le Parisien (Paris) - - VOTRE DIMANCHE - CHARLES DE SAINT SAU­VEUR

hé­mor­roï­daires pour ex­pli­quer la dé­marche em­pe­sée.

Ces der­niers jours, Pom­pi­dou, 62 ans, n’en peut plus. De­vant la gêne ma­ni­feste des mi­nistres lors du Con­seil — son der­nier —, il baisse un peu la garde : « Il faut que je vous parle d’un su­jet que je n’ai ja­mais abor­dé. Je passe par des mo­ments bien dif­fi­ciles. J’ai be­soin de re­pos. […] Tout ça fi­ni­ra bien. En­fin, on ver­ra… », souffle-t-il de sa voix éraillée par le ta­bac. bour­sou­flures re­couvrent le des­sus de ses chaus­sures. L’Ely­sée vit au rythme des ré­mis­sions et des bru­tales re­chutes. Alors que la France su­bit les pre­miers ef­fets du choc pé­tro­lier (chô­mage, crois­sance en berne), le pou­voir ré­agit trop mol­le­ment. Sa vo­lon­té ro­maine, son stoï­cisme dans l’épreuve ne suf­fisent plus à éclair­cir cette fin de règne cré­pus­cu­laire. « J’en ai marre. Comme je suis fa­ti­gué… », sou­pire-t-il, à la mi-mars 1974, au re­tour d’une vi­site en URSS où il a été contraint d’ex­cu­ser son ab­sence pour le dî­ner of­fi­ciel. Le ca­bi­net doit an­nu­ler la plu­part de ses en­ga­ge­ments. « Je ne croyais pas qu’on pou­vait souf­frir au­tant », se plain­til à son fils Alain. Son re­gard d’aigle et son sou­rire go­gue­nard ont dis­pa­ru. « Chez les Pom­pi­dou, on ne se couche que pour mou­rir », lan­çait-il, bra­vache, à ses in­times. Le 2 avril au soir, après une ul­time jour­née de souf­frances dans son ap­par­te­ment pa­ri­sien de l’île Saint-Louis, il ne s’est plus re­le­vé.

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