« C’est l’amour que j’ai re­çu qui m’a sau­vé »

Ren­contre avec Pierre Ménès, qui, après être pas­sé tout près de la mort à cause d’une ma­la­die du foie, re­vient au­jourd’hui à l’an­tenne du « Ca­nal Football Club ».

Le Parisien (Paris) - - LOISIRS - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR STÉ­PHA­NIE GUERRIN

IL NE BOIT presque pas d’al­cool, mais c’est une cir­rhose qui a failli le tuer. At­teint de la ma­la­die Nash, éga­le­ment ap­pe­lée ma­la­die du foie gras ou du so­da, l’ana­lyste spor­tif Pierre Ménès, 53 ans, a su­bi, le 12 dé­cembre der­nier, une double greffe foie­rein. Cette épreuve, il la ra­conte en dé­tail dans un livre poi­gnant*. Alors qu’il s’ap­prête à re­ve­nir à l’an­tenne du « Ca­nal Football Club », ce soir à 19 heures sur Ca­nal +, après sept mois d’ab­sence, nous l’avons ren­con­tré chez lui, au mi­lieu de ses trois ado­rables co­ckers.

Vous avez l’air en forme, Où en êtes-vous de votre ré­édu­ca­tion ?

PIERRE MÉNÈS. Je prends en­core 19 mé­di­ca­ments par jour et je vais conti­nuer d’al­ler chez le ki­né parce que mon pied droit ne se sou­lève pas bien à cause d’un nerf qui s’est blo­qué pen­dant l’opé­ra­tion. Ça de­vrait prendre trois ou quatre mois pour re­ve­nir. Si­non, je re­prends des forces. Je ne fai­sais plus que 88 kg et là j’en ai re­pris 10, dont beau­coup de muscle. L’ob­jec­tif, c’est de re­jouer au ten­nis en juillet.

Pour­quoi avoir choi­si de ra­con­ter ces der­niers mois de cal­vaire dans un livre ?

Parce que la mort de quel­qu’un m’a re­don­né la vie. Pour par­ler du don d’or­ganes et du dé­pis­tage de la cir­rhose Nash. Je ne veux pas don­ner l’im­pres­sion que je m’api­toie sur mon sort. C’est ce qui m’a fait hésiter à faire ce livre. Et puis, j’ai été con­vain­cu par mon en­tou­rage. Au­jourd’hui, la loi a chan­gé, donc tout le monde est don­neur sauf avis contraire de la fa­mille, ce qui fait en­core 40 % des cas. Si on ar­ri­vait à faire bais­ser ce taux de moi­tié, on n’au­rait plus de pro­blème de don d’or­ganes en France.

Vous n’hé­si­tez pas à vous ra­con­ter dans les mo­ments où vous êtes au plus mal…

C’est pour ça que je n’ai pas fait ce livre seul, je ne l’ai pas écrit. Quand tu écris, il y a une forme d’au­to­cen­sure. Je me se­rais moins li­vré en étant seul. Alors que là j’ai tout ba­lan­cé.

Au fi­nal, votre livre sonne presque comme une dé­cla­ra­tion d’amour…

C’est l’amour que j’ai re­çu qui m’a sau­vé. L’amour de ma com­pagne, Mé­lis­sa, de ma mère, de mes en­fants, l’amour du mi­lieu du foot, du mi­lieu de la té­lé et l’amour de tous les ano­nymes sur les ré­seaux so­ciaux. Je pen­sais que j’étais beau­coup plus cli­vant que ça. Ça fait chaud au coeur et, du coup, ça va être un re­tour char­gé en émo­tions.

Vous vous y préparez comment ?

Je m’at­tends à pleu­rer. Ce re­tour à l’an­tenne, j’en ai tel­le­ment rê­vé. Je me suis tou­jours dit que le vrai dé­but de ma ré­sur­rec­tion ce se­rait le jour où je re­pren­drai ma place. Le « CFC » et Ca­nal + ont été comme une fa­mille. Ils sont ve­nus me voir à l’hô­pi­tal et chez moi, no­tam­ment Her­vé Ma­thoux. Tant qu’il y au­ra une place à Ca­nal pour moi, je res­te­rai à Ca­nal. C’est la moindre des choses que je leur dois.

Vous avez beau­coup re­gar­dé la té­lé pen­dant cette pé­riode de conva­les­cence ?

Ah oui ! Mais pas le « CFC », ça m’était in­sup­por­table de voir l’émis­sion sans moi. Je suis in­col­lable sur « 4 Ma­riages, une lune de miel », « Bien­ve­nue chez nous »… J’ai beau­coup re­gar­dé Ha­nou­na aus­si. Ils ont été tel­le­ment gen­tils chez Ha­nou­na, Cy­ril a été un de mes proches sou­tiens du­rant cette pé­riode. Avec des foot­bal­leurs, avec Matt Po­ko­ra…

Va-t-on vous re­trou­ver à l’an­tenne avec le même franc-par­ler ?

Je pense que oui, parce que les matchs m’énervent de nou­veau au­tant qu’avant. Je me suis po­sé la ques­tion, très fran­che­ment. Je n’avais plus ma voix, j’étais faible, je par­lais très peu. Et c’est re­ve­nu d’un coup, il ya à peu près un mois. Mon taux de conne­ries est re­de­ve­nu le même. Il est in­tact.

Y a-t-il un grand mo­ment de football que vous avez re­gret­té de ne pas pou­voir com­men­ter à l’an­tenne ?

Bar­ce­lone - PSG, évi­dem­ment. C’est un match his­to­rique, un scé­na­rio in­vrai­sem­blable

(NDLR : vic­toire 6-1 du Bar­ça après avoir per­du 4-0 au match al­ler en 8e de fi­nale de Ligue des cham­pions).

Le PSG a été mau­vais comme un co­chon, c’est un fait en­ten­du, et pas beau­coup ai­dé par l’ar­bi­trage, il faut le dire aus­si. Mais c’est quand même très sym­bo­lique des manques de ce club. Je pense qu’il y a un manque d’au­to­ri­té des di­ri­geants, que les joueurs font trop ce qu’ils veulent. Un grand club, ça se joue aus­si à ça.

Vous ter­mi­nez votre livre en di­sant que la meilleure

fa­çon de re­mer­cier la fa­mille de votre don­neur, c’est d’être heu­reux. Qu’est-ce que ça veut dire au­jourd’hui ?

Ça veut dire d’être en bonne san­té, faire at­ten­tion aux or­ganes qu’on m’a of­ferts. Et vivre ma vie, pro­fi­ter de ma jeune com­pagne, qui a vingt-trois ans de moins que moi et qui a fait preuve d’une telle ma­tu­ri­té, alors qu’il faut quand

même une force mo­rale et phy­sique in­croyable. Sans Mé­lis­sa, je suis con­vain­cu que je ne se­rais plus là. Je n’au­rais pas eu la force.

J’AI BEAU­COUP RE­GAR­DÉ LA TÉ­LÉ, MAIS PAS LE « CFC », ÇA M’ÉTAIT IN­SUP­POR­TABLE DE VOIR

MOI” L’ÉMIS­SION SANS MON TAUX DE CONNE­RIES EST RE­DE­VE­NU LE MÊME.

IN­TACT.” IL EST

* « Deuxième Mi-temps », de Pierre Ménès, avec la col­la­bo­ra­tion de Ca­the­rine Si­gu­ret, Ed. Ke­ro, 208 pages, 16,90 €.

Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), mar­di. Le jour­na­liste spor­tif Pierre Ménès chez lui, aux cô­tés de sa com­pagne Mé­lis­sa et de ses trois co­ckers.

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