LE MAMMOUTH BIEN CAMPÉ DANS LA CAM­PAGNE

Comme à chaque élec­tion pré­si­den­tielle, la ques­tion du nombre de fonctionnaires en France est au coeur des pro­grammes.

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - PAR DA­NIEL ROSENWEG

ILS SONT DE­VE­NUS un pro­duit d’ap­pel élec­to­ral. Victimes col­la­té­rales d’une dette pu­blique historique (2 147 Mds€ fin 2016), les fonctionnaires sont au coeur des pro­grammes des can­di­dats. Cer­tains pro­posent de les sup­pri­mer par cen­taines de milliers au nom de l’équi­libre bud­gé­taire. D’autres pro­posent au contraire une aug­men­ta­tion de leurs ef­fec­tifs pour amé­lio­rer qua­li­té et pré­sence des ser­vices pu­blics. Quelle est la réa­li­té ? IDES EF­FEC­TIFS QUI AUG­MENTENT, MAIS… 5,65 mil­lions d’agents et as­si­mi­lés tra­vaillaient dans la fonc­tion pu­blique fin 2015 — un ac­tif sur cinq — contre 4,83 mil­lions en 2000. Soit une hausse de 17 %. « Mais dans le même temps, la France a comp­té 6 mil­lions d’ha­bi­tants de plus qu’il faut édu­quer, pro­té­ger… Rien d’hal­lu­ci­nant, donc », tem­père Thier­ry Pech, di­rec­teur gé­né­ral du think tank Ter­ra No­va, proche du PS. IILS PÈSENT PLUS QUE CHEZ NOS VOI­SINS, MAIS… La fonc­tion pu­blique fran­çaise es­telle une ex­cep­tion ? « Nous consa­crons 280 Mds€ au sa­laire des agents, soit 13 points du PIB. C’est plus que nos voi­sins an­glais (10 points) et al­le­mands (11 points). Deux points c’est 40 Mds€ ! » fait re­mar­quer Agnès Ver­dier-Mo­li­nié, di­rec­trice de l’Ifrap, la­bo­ra­toire d’idées li­bé­ral proche des Ré­pu­bli­cains. Pour Thier­ry Pech, il est en re­vanche « dif­fi­cile de com­pa­rer. Par exemple, en Al­le­magne, l’école com­mence à 6 ans, contre 3 ans en France. La fonc­tion pu­blique est aus­si le re­flet de choix so­cié­taux. » ISUPPRIMER… ET EM­BAU­CHER Alors que Ni­co­las Sar­ko­zy avait im­po­sé une baisse uni­forme des ef­fec­tifs de l’Etat, les ex­perts s’ac­cordent pour dire qu’il faut main­te­nant ci­bler. Fon­da­teur en 2016 du site In­ter­net in­dé­pen­dant Fi­pe­co.fr, François Es­cale, an­cien conseiller à la Cour des comptes, j u ge qu ’o n « pe u t su p p r i m e r 250 000 ti­tu­laires et jus­qu’à 100 000 contrac­tuels, mais à condi­tion de pré­ser­ver les mis­sions ré­ga­liennes ». Une vi­sion par­ta­gée par Agnès Ver­dier-Mo­li­nié. Si elle pré­co­nise 440 000 postes en moins, elle es­time néan­moins que « 45 000 em­bauches sont né­ces­saires dans les fonc­tions ré­ga­liennes (po­lice, jus­tice, pri­sons…) » ILES COL­LEC­TI­VI­TÉS LO­CALES DANS LE COLLIMATEUR Si l’Etat (- 0,01 %) a conte­nu ses ef­fec­tifs en quinze ans, la fonc­tion pu­blique ter­ri­to­riale les a lais­sés s’en­vo­ler (+ 49 %), frô­lant les 2 mil­lions d’agents. Ré­gions, dé­par­te­ments, mai­ries et in­ter­com­mu­na­li­tés : « Il y a du gras à tous les étages », ré­sume Agnès Ver­dier-Mo­li­nié, qui es­time l’excès à 194 000 postes. « Les com­mu­nau­tés de com­munes qui au­raient dû contri­buer à des éco­no­mies en mu­tua­li­sant les moyens ont créé au contraire 250 000 em­plois », pointe Thier­ry Pech. IDES SER­VICES PRIVATISÉS ? Avec moins de fonctionnaires, des mis­sions pour­raient être confiées à 145 500 des en­tre­prises. Pour François Es­cale, au­teur d’un rap­port sur la dé­lé­ga­tion de ser­vice pu­blic, « à part sur des em­plois simples, type gar­dien­nage, on n’y gagne pas tou­jours car les so­cié­tés pri­vées doivent ré­mu­né­rer les ac­tion­naires. En­suite, ni l’Etat ni les col­lec­ti­vi­tés ne sont doués pour la mise en concur­rence et pour les ap­pels d’offres. On l’a vu avec les au­to­routes. »

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