42 ans, qui ré­side dans une pen­sion de fa­mille à Al­fort­ville.

Le Parisien (Paris) - - SOCIÉTÉ -

a vé­cu pen­dant trois ans sous une tente, ca­chée dans les bois. Eli­sa­beth, 60 ans, a elle aus­si connu les affres de la rue pen­dant quelques mois, avec comme com­pa­gnon d’in­for­tune sa pe­tite chienne Dou­ch­ka. Mêmes ga­lères pour Yous­sef, 42 ans. Ces trois an­ciens SDF ont au­jourd’hui re­trou­vé un toit et le sou­rire. Ils vivent à Al­fort­ville (Val-deMarne), dans la der­nière de­meure de l’ab­bé Pierre, trans­for­mée il y a quatre ans en pen­sion de fa­mille.

Fi­nan­cées par des sub­ven­tions pu­bliques (16 € par jour et par ré­si­dant), ces struc­tures ap­pa­rues dans les an­nées 1990 —qu’on ap­pelle aus­si mai­sons­re­lais —sont de plus en plus nom­breuses. On en compte au­jourd’hui plus de 750 dans toute la France. « C’est une so­lu­tion in­ter­mé­diaire qu’il faut conti­nuer à dé­ve­lop­per parce qu’elle ré­pond à un réel be­soin », es­time Na­dège Dalle, la res­pon­sable du pôle so­cial de l’as­so­cia­tion Fre­ha, qui gère le site d’Al­fort­ville.

« Avant, j’avais ja­mais eu d’ap­par­te­ment à moi », confie Yous­sef. Les 18 ré­si­dants de la pen­sion de fa­mille d’Al­fort­ville ont cha­cun leur lo­ge­ment, des stu­dios ou des T 1. Ils ne payent pas de loyer mais par­ti­cipent aux charges avec leurs maigres re­ve­nus, sou­vent le RSA (536 €) ou l’al­lo­ca­tion adulte han­di­ca­pé (810 € au maxi­mum). Trois d’entre eux tra­vaillent.

Il y a aus­si un grand sa­lon où les pen­sion­naires prennent ré­gu­liè­re­ment leur re­pas en­semble, re­gardent la té­lé, jouent aux dés. « On fait cou­ler un ca­fé tous les ma­tins. Mais on ne les oblige pas à pas­ser », ex­plique Ni­co­las, un des deux tra­vailleurs so­ciaux de l’éta­blis­se­ment, des « hôtes » comme on les ap­pelle ici. Ils gèrent le lieu et ac­com­pagnent les ré­si­dants dans leur re­cherche d’em­ploi, ren­dez-vous mé­di­caux ou ad­mi­nis­tra­tifs...

Avant de se sta­bi­li­ser ici, la plu­part ont été brin­que­ba­lés de struc­ture en struc­ture. Nas­ser, 50 ans, au « par­cours chao­tique », mi­né par « des pro­blèmes avec l’al­cool et la jus­tice », ra­conte-t-il, a no­tam­ment été hé­ber­gé dans une chambre en ré­si­dence so­ciale. « J’avais l’im­pres­sion d’être en cel­lule ou à l’hô­pi­tal. »

« La grande dif­fé­rence, ici, c’est qu’ils peuvent res­ter au­tant de temps qu’ils veulent. Pour eux, c’est plus adap­té. Pour d’autres, plus jeunes, avoir une du­rée d’hé­ber­ge­ment li­mi­tée, ça peut être plus mo­ti­vant pour l’in­ser­tion. D’où l’in­té­rêt d’avoir un éven­tail de dis­po­si­tifs », souligne Brune, l’autre hôte de la pen­sion.

Der­nière ar­ri­vée, Pa­tri­cia a été un temps ac­cueillie dans un centre d’hé­ber­ge­ment d’ur­gence : « Mais je de­vais par­ta­ger une chambre avec une autre femme, al­coo­lique. Et ça ne se pas­sait pas très bien. »

Après avoir été ex­pul­sée de son lo­ge­ment, Eli­sa­beth, elle, ne trou­vait rien à cause de son chien. « Il au­rait fal­lu que je m’en sé­pare. J’ai pré­fé­ré res­ter à la rue », ex­plique l’an­cienne bu­ra­liste qu’une as­sis­tante so­ciale a fi­ni par ai­guiller vers la pen­sion de fa­mille où les ani­maux sont au­to­ri­sés. Elle vit désormais avec Dou­ch­ka dans un T 1. « J’ai en­fin trou­vé un équi­libre, des re­pères . Je ne me ver­rais plus vivre ailleurs. »

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