« Il y a un risque de déshu­ma­ni­sa­tion »

Du Centre de re­cherche so­cio­lo­gique sur le droit et les ins­ti­tu­tions pé­nales.

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS -

po­sés à la me­nace ter­ro­riste. Mais il est illu­soire de pen­ser qu’ils se­ront pro­té­gés par cette course au « tou­jours plus », qu’il s’agisse de l’ar­me­ment ou de l’uni­forme, car ces ajus­te­ments re­lèvent d’une sé­cu­ri­té pas­sive. La sé­cu­ri­té ac­tive passe par une bonne connais­sance du ter­rain et de ses ha­bi­tants. Ce­la sup­pose d’en­tre­te­nir des re­la­tions avec eux. Or, la ca­goule est aus­si un moyen de dis­sua­sion, des­ti­né à in­ti­mi­der, voire à sus­ci­ter la crainte. Elle per­met au fonc­tion­naire de se pré­mu­nir des in­ter­ac­tions avec la po­pu­la­tion. Ne pas pou­voir lire une ex­pres­sion sur le vi­sage fait par­tie du rap­port de force que l’on in­duit. Lors­qu’on les filme dans la rue, les po­li­ciers in­voquent sou­vent leur droit à l’image. Mais ce droit ne s’ap­plique pas à leur ac­tion de po­lice. Ce­la fait même par­tie du contrôle né­ces­saire par l’opi­nion pu­blique, pré­vu dans la Dé­cla­ra­tion des droits de l’homme et du ci­toyen. Le fait que le po­li­cier soit iden­ti­fiable re­pré­sente une ga­ran­tie dé­mo­cra­tique. Ne pen­sez-vous pas que les dé­lin­quants, d’ha­bi­tude, et bien sûr les ter­ro­ristes, aient les moyens de se ren­sei­gner par eux-mêmes ? L’ano­ny­mi­sa­tion gé­né­ra­li­sée qui se des­sine va pro­vo­quer un ef­fet per­vers : la confu­sion entre l’être hu­main et son clone po­li­cier. Tous se­ront lo­gés à la même en­seigne. Du coup, le ju­ge­ment se­ra né­ces­sai­re­ment éta­lon­né sur le com­por­te­ment le plus dé­viant. Encore une fois, l’in­quié­tude des po­li­ciers est com­pré­hen­sible mais les ré­ponses ap­por­tées, comme le port de la ca­goule, risquent de déshu­ma­ni­ser l’ins­ti­tu­tion.

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