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Le Parisien (Paris) - - LE JOURNAL DE PARIS -

est une par­tie de sa vie que je dé­couvre au­jourd’hui », ré a g i t ave c émo­tion Claude Mo­re­teau. Il ac­cueille avec sa fa­mille de­puis un mois Yous­souf Sa­fi. Le ré­fu­gié af­ghan de 25 ans vient de faire le ré­cit de son tu­mul­tueux pé­riple entre la pro­vince de Ka­pi­sa, à l’est de Ka­boul et le bou­le­vard Vol­taire dans le XIe à Pa­ris.

Grâce au dis­po­si­tif Elan mis en place par le Sa­mu so­cial, qui met en re­la­tion des ré­fu­giés avec des par­ti­cu­liers, Yous­souf a trou­vé chez « Mon­sieur Claude » et « Ma­dame Mi­chèle » — comme il les sur­nomme — un re­fuge pro­vi­soire. Il est ar­ri­vé le jour des 59 ans du ma­ri, un bou­quet de roses blanches à la main. « J’ap­pré­hen­dais tout en étant ex­ci­té », té­moigne avec un sou­rire le jeune homme. « Je me sens au­jourd’hui chez moi, pas chez quel­qu’un d’autre. »

Claude, an­cien se­cré­taire gé­né­ral d’une en­tre­prise en re­con­ver­sion pro­fes­sion­nelle, et Mi­chèle, no­taire, lui ont tout de suite don­né son propre trous­seau de clés. « C’était pour nous na­tu­rel qu’on lui fasse tout de suite confiance », pré­cise Claude, père de quatre filles, dont deux vivent encore sous le même toit.

Dans la cui­sine, le fro­mage cô­toie les oi­gnons chers au coeur de Yous­souf. Ha­bi­tué aux plats cui­si­nés avec beau­coup d’huile, le jeune homme a un peu de mal avec tout ce qui est « cru ». Il raf­fole néan­moins d’une spé­cia­li­té bien fran­çaise : la ba­guette. « Chaque soir, il en ra­mène une à la mai­son en plus du pain que j’ai dé­jà ache­té », pré­cise avec amu­se­ment Claude.

Ce n’est pas la pre­mière fois que le couple ac­cueille un étran­ger à son do­mi­cile. Ils ont no­tam­ment ai­dé le guide, qui les a ac­com­pa­gnés en Bo­li­vie, dans ses dé­marches ad­mi­nis­tra­tives pour ob­te­nir la na­tio­na­li­té fran­çaise. Après un voyage en Sy­rie, ils ont eu en­vie d’ac­cueillir cette fois-ci un ré­fu­gié. « Don­ner sim­ple­ment de l’ar­gent aux as­so­cia­tions ne suf­fi­sait plus », souligne la fa­mille.

Au­jourd’hui Yous­souf veut de­ve­nir ma­çon. Il conti­nue d’ap­prendre le fran­çais quatre heures par jour avec l’as­so­cia­tion Pierre Cla­ver, dans le VIIe. La fa­mille et Yous­souf re­nou­vel­le­ront im­pli­ci­te­ment leur bail tous les trois mois du­rant un an s’ils sou­hai- tent conti­nuer la co­ha­bi­ta­tion. « Sur le pa­pier, nous si­gnons pour trois mois à un an, mais notre dé­marche n’est pas ins­crite dans une li­mite de temps », ré­sume l’homme aux che­veux gri­son­nants.

fait par­tie des 24 foyers qui ac­cueillent ac­tuel­le­ment un ré­fu­gié chez eux en Ile-de-France. Huit sont à Pa­ris. Ils ont ré­pon­du à l’ap­pel du Sa­mu so­cial qui a lan­cé en mai der­nier le dis­po­si­tif Elan. L’or­ga­nisme cherche tou­jours ac­ti­ve­ment de nou­veaux bé­né­voles prêts à ten­ter l’ex­pé­rience. L’ac­cueillant doit pro­po­ser une chambre per­son­nelle sur une pé­riode al­lant de trois mois à un an en ré­gion pa­ri­sienne et s’en­ga­ger à par­ta­ger des temps convi­viaux. En re­tour, la per­sonne ac­cueillie doit être seule ou en couple, avoir le sta­tut de ré­fu­gié, par­ler le fran­çais, l’arabe ou l’an­glais, être en­ga­gé dans une dé­marche d’in­ser­tion et ac­cep­ter les règles de son foyer d’ac­cueil. C’est le Sa­mu so­cial qui dé­cide des co­ha­bi­ta­tions se­lon les at­tentes de cha­cun. En­suite, une équipe de psy­cho­logues et de ré­fé­rents so­ciaux épaule au mieux les bé­né­fi­ciaires.

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