L’autre vie de Sa­bri­na De­lan­noy

Seule joueuse de l’ef­fec­tif à travailler à cô­té du foot­ball, la dé­fen­seuse du PSG est aus­si char­gée de mis­sion pour la Fon­da­tion du club. Elle nous ra­conte un quo­ti­dien pre­nant mais pas­sion­nant.

Le Parisien (Paris) - - LE JOURNAL DE PARIS - FRANCKGINESTE

de se voir à chaque fois que j’ar­rive au bou­lot. » Dif­fi­cile en ef­fet pour Sa­bri­na De­lan­noy de pas­ser à cô­té de la pho­to géante d’elle et de ses par­te­naires qui trône à l’en­trée de la Fon­da­tion PSG, au 3e étage de la Fac­to­ry du club à Bou­logne. Au­jourd’hui encore, au len­de­main du nul de­vant Guin­gamp (3-3), alors que ses co­équi­pières non in­ter­na­tio­nales pro­fi­te­ront de leur jour­née de re­pos, la dé­fen­seuse de 30 ans peau­fi­ne­ra ses dos­siers pour la Fon­da­tion, chez elle ou au bu­reau qu’elle par­tage avec trois autres jeunes femmes.

Au club de­puis 2005, l’ex-ca­pi­taine pa­ri­sienne est la seule joueuse de l’ef­fec­tif à avoir un em­ploi. Elle tra­vaille pour la Fon­da­tion de­puis 2008. « Au dé­part, comme on n’avait pas de contrat, mais un pe­tit sa­laire fixe, c’était un job d’ap­point, no­tam­ment l’été, pour ga­gner un peu d’ar­gent, rap­pelle la Nor­diste. J’étais édu­ca­trice lors des stages PSG. L’an­née d’après, j’y ai ef­fec­tué mon stage pour mon mas­ter 1 évé­ne­men­tiel et ma­na­ge­ment du sport. Puis j’y ai fait mon mas­ter 2 en al­ter­nance avant d’être em­bau­chée en CDI. »

De­puis sa ren­contre avec Ch­ris­tine Le Gal, di­rec­trice de la Fon­da­tion, Sab a gra­vi les éche­lons. Si elle met tou­jours la main à la pâte dans l’or­ga­ni­sa­tion des opé­ra­tions, elle est sur- tout en charge de la ges­tion bud­gé­taire. Le tout en bé­né­fi­ciant d’un amé­na­ge­ment de temps de tra­vail.

« Au dé­part, j’étais à plein-temps, puis à 28 heures par se­maine, et en­suite à mi-temps. Au­jourd’hui, je suis payée au nombre d’heures que je fais. La prio­ri­té, c’est le foot. Mais dès que je peux, je viens à la Fon­da­tion, trois à quatre fois par se­maine, ou je tra­vaille à dis­tance. Ch­ris­tine me fait en­tiè­re­ment confiance. Elle a tou­jours cru en moi et m’a per­mis de me­ner ce double projet. Nulle part ailleurs j’au­rais trou­vé un em­ployeur qui ac­cep­te­rait ce qu’elle ac­cepte. »

Pour Ch­ris­tine Le Gal, « Sa­bri­na est dis­crète, ré­flé­chie, cou­ra­geuse. C’est une force de la na­ture, comme sur le ter­rain. Elle n’est pas tout le temps là, mais elle ap­porte son re­cul. » Après avoir connu l’époque amateur avec des en­traî­ne­ments à

après son suc­cès (4-0) contre le Bayern en Ligue des cham­pions au Parc des Princes, le PSG a concé­dé le nul (3-3) contre Guin­gamp hier au camp des Loges, après avoir me­né 3-0. Avec 9 lon­gueurs de re­tard sur Lyon, ses chances de titre s’en­volent. Et Pa­ris cède la 2e place eu­ro­péenne à Mont­pel­lier pour un point. Ju­vi­sy (5e) 20 heures après une jour­née de bou­lot, elle au­rait pu ar­rê­ter de travailler quand le PSG a fait en­trer ses filles dans l’ère du pro­fes­sion­na­lisme en 2012. Mais elle a pré­fé­ré conti­nuer à se faire des jour­nées pleines de 9 heures à 19 heures. « Quand le club m’a pro­po­sé de si­gner un contrat fé­dé­ral pour ne faire que du foot, la ques­tion d’ar­rê­ter la Fon­da­tion ne s’est même pas po­sée. Ce n’est pas pour l’ar­gent. Je ne me voyais pas in­ac­tive. J’ai gran­di avec la Fon­da­tion, et je me sens utile. Si je n’avais pas pu conti­nuer, je ne pense pas que je se­rais res­tée à Pa­ris. Le coach pen­sait que je se­rais fa­ti­guée, que je ré­cu­pé­re­rais moins. J’ai dû le a aus­si par­ta­gé les points (1-1) à Soyaux (7e).

PSG : Cris­tiane (15e, 19e), Bo­quete (25e) ; Soyaux : Ama­ni (63e, 80e), Opa­ra­no­zie (82e). Soyaux : Nak­kach (27e) ; Ju­vi­sy : Ma­kan­za (28e). convaincre que, pour être per­for­mante, il fal­lait que je fasse autre chose à cô­té. Et c’est le cas, je n’ai ja­mais au­tant pro­gres­sé. Et je n’ai pas à me pré­oc­cu­per de l’après. »

C’est d’ailleurs la rai­son qui l’a pous­sée à ar­rê­ter l’équipe de France à 39 sé­lec­tions après les JO de Rio. « C’était de­ve­nu in­com­pa­tible de me­ner de front le PSG, les Bleues et la Fon­da­tion. Ça me coû­tait en éner­gie et il y a des mois où je ne ve­nais qua­si­ment pas travailler. J’avais en­vie de me consa­crer au projet club, de m’im­pli­quer plus à la Fon­da­tion, qui n’ar­rête pas de se dé­ve­lop­per, et de lui rendre ce qu’elle m’a don­né », ex­plique l’aî­née d’une fra­trie de trois en­fants qui a gran­di à Is­bergues (Pasde-Ca­lais) avec un pa­pa abon­né au stade Bol­laert de Lens.

Foot­bal­leuse de­puis l’âge de 6 ans, elle avoue être « en ré­flexion » au su­jet de la pour­suite ou non de sa car­rière en fin de sai­son pour se consa­crer plei­ne­ment à la Fon­da­tion et avoir plus de temps pour elle et ses proches.

« J’aime bien cui­si­ner et m’oc­cu­per de mon po­ta­ger sur ma ter­rasse. Je n’ai pas la main verte, mais j’es­saie, ri­gole-t-elle. J’es­saie de voir mes amis et de me faire un ci­né, une pièce de théâtre ou un spec­tacle au moins une à deux fois par se­maine. Si­non, tu restes dans une bulle foot. Et c’est aus­si pour ça que c’est im­por­tant de ve­nir à la Fon­da­tion. »

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