Des ma­chines et des hommes

Dans le plus grand centre de tri d’Eu­rope, l’au­to­ma­ti­sa­tion n’a pas rem­pla­cé l’in­ter­ven­tion hu­maine.

Le Parisien (Paris) - - ÉCO -

ni de ro­bots hu­ma­noïdes. Pour­tant, « en moins de 10 ans on a com­plè­te­ment in­dus­tria­li­sé et mo­der­ni­sé notre site », ex­plique Hen­ri Pi­rès, le Di­rec­teur de la plate-forme Via­post In­dus­tries, une fi­liale dé­te­nue à 100 % par le groupe La Poste, spé­cia­li­sée dans la lo­gis­tique in­dus­trielle. A Chelles (Seine-et-Marne), son plus gros site, les 345 sa­la­riés traitent et tri les ma­ga­zines et les jour­naux pour les abon­nés. De­puis 2008, ils s’oc­cupent en ma­jo­ri­té des « pe­tits pa­quets im­por­tés », les co­lis com­man­dés en ligne sur des sites de ecom­merce étran­gers. Tout ce monde s’af­faire 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 dans un han­gar de 25 000 m2, au­tour de deux trieuses au­to­ma­ti­sées.

La der­nière, mul­ti-flux et mul­ti-for­mats, plus per­fec­tion­née, n’a que 4 mois d’exis­tence. La crois­sance du e-com­merce et du nombre de co­lis a poussé le site à s’équi­per. Au­jourd’hui, avec une ca­pa­ci­té dis­po­nible de 50 mil­lions d’ob­jets par an, Chelles est le plus gros site de tri d’Eu­rope.

« De 130 000 pa­quets triés par jour en 2013, notre pro­duc­ti­vi­té est mon­tée à 700 000 pa­quets par jour en 2016 avec l’ob­jec­tif du mil­lion at­ten­du d’ici 2021 », ex­plique Hen­ri Pi­rès. Pour ce der­nier ou­til, l’in­ves­tis­se­ment a été de 10 M€ pour un gain de 30 % de la pro­duc­ti­vi­té. Et ce grâce à l’en­co­dage au­to­ma­tique des adresses, le tri de toutes les ty­po­lo­gies de co­lis (mous, durs, car­rés…) par des cap­teurs et des ca­mé­ras, une tra­ça­bi­li­té à la fois pour le client et pour les des­ti­na­taires… La per­for­mance des sa­la­riés est elle aus­si me­su­rée. Un chef d’équipe vé­ri­fie qu’hommes et ma­chines sont en phase. « Notre ma­chine a tou­jours be­soin que des tâches soient réa­li­sées ma­nuel­le­ment », ex­plique Hen­ri Pi­rès. 58 em­bauches sont pré­vues cette an­née. « On a cru qu’il y au­rait des li­cen­cie­ments mais non », ex­plique Ah­cene, 47 ans, di­rec­teur d’équipe em­bau­ché il y a 20 ans. Pour s’adap­ter, il a été for­mé « sur le tas ». « Tout a chan­gé, ex­plique-t-il. Avant, tout était pe­sé ma­nuel­le­ment, on pas­sait la jour­née pen­ché pour ré­cep­tion­ner les co­lis dans les cha­riots. Il suf­fit main­te­nant de tendre le bras à sa hau­teur pour ré­cu­pé­rer les co­lis puis de les pas­ser sous un scan­ner. » Nel­ly et Sou­mia, 47 et 35 ans, trieuses toutes les deux, ap­pré­cient aus­si cette baisse de la pé­ni­bi­li­té des tâches. « Main­te­nant, la ma­chine s’adapte à nous et non l’in­verse. » Elles font par­tie des 40 % de femmes sur l’en­semble des sa­la­riés du site contre moins de 5 % il y a dix ans. « Une autre ver­tu de l’au­to­ma­ti­sa­tion » ajoute Hen­ri Pi­rès.

Et si la phase d’après était de ro­bo­ti­ser pour por­ter les conte­neurs à la place des conduc­teurs d’en­gin ? « Nos four­nis­seurs y ré­flé­chissent pour leurs en­tre­pôts. Ici ce n’est pas pos­sible, nos vo­lumes sont trop grands. L’hu­main reste plus ra­pide ».

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