800 clients in­ter­pel­lés en un an

L’im­pact de la loi du 6 avril 2016, qui pé­na­lise l’achat d’actes sexuels, est po­si­tif se­lon les as­so­cia­tions.

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - LOUISE COLCOMBET

la plus spec­ta­cu­laire de la loi dite de « lutte contre le sys­tème pros­ti­tu­tion­nel », vo­tée le 6 avril 2016 par l’As­sem­blée na­tio­nale, et sans doute celle qui a fait cou­ler le plus d’encre. Le vo­let ré­pres­sif, qui pé­na­lise l’achat d’actes sexuels, a per­mis en près d’un an l’in­ter­pel­la­tion de 804 per­sonnes, se­lon le col­lec­tif Abo­li­tion 2012, qui re­groupe 62 as­so­cia­tions de lutte contre la prostitution. Un chiffre qui tra­duit une mon­tée en puis­sance : en sep­tembre, il n’était que de 250… et cache de fortes dis­pa­ri­tés ré­gio­nales. A titre d’exemple, en sep­tembre, le dé­par­te­ment de l’Aude concen­trait à lui seul près de 20 % des pro­cé­dures. Pour au­tant, ce bi­lan reste très po­si­tif, se­lon le col­lec­tif Abo­li­tion 2012. « Il donne aus­si tort à ceux qui nous ont dit et ré­pé­té que cette loi était in­ap­pli­cable », sou­ligne Gré­go­ry The­ry, se­cré­taire gé­né­ral du Mou­ve­ment du Nid, qui rap­pelle, à titre de com­pa­rai­son, que « le Ca­na­da, ou la Suède, où la loi existe de­puis dix ans, comptent moins d’in­ter­pel­la­tions que la France ».

Dans l’im­mense ma­jo­ri­té des cas, les clients ont re­con­nu les faits sur-le-champ et ont éco­pé d’amendes, de 150 € à 500 € le plus sou­vent, même si le texte pré­voit des mon­tants al­lant jus­qu’à 1 500 € (3 750 € en cas de ré­ci­dive). Pa­ral­lè­le­ment, le dé­lit de ra­co­lage — en­vi­ron 1 500 pros­ti­tuées étant ar­rê­tées chaque an­née pour ce mo­tif — a été abro­gé. Une me­sure qui ne suf­fit pas à cal­mer la co­lère des pros­ti­tuées, se­lon Fran­çoise Gil, pré­si­dente des Amis du bus des femmes. « Le client se ra­ré­fie. Et ceux qui res­tent cherchent à ti­rer avan­tage de la si­tua­tion en mar­chan­dant, en par­tant sans payer… » sou­ligne la so­cio­logue, qui fait éga­le­ment le lien avec une hausse ré­cente des agres­sions. Le col­lec­tif Abo­li­tion 2012 a sa­lué dans un com­mu­ni­qué « la dé­ter­mi­na­tion » avec la­quelle cette « loi his­to­rique », qui com­porte éga­le­ment plu­sieurs me­sures d’ac­com­pa­gne­ment des per­sonnes sou­hai­tant quit­ter la prostitution, entre en vi­gueur. « En moins d’un an, quatre dé­crets (sur cinq) et deux cir­cu­laires ont été pu­bliés, com­mente ain­si Gré­go­ry The­ry. Ce­la peut pa­raître lent mais, en réa­li­té, c’est as­sez rare. Un tiers des lois ne sont ja­mais ap­pli­quées car les dé­crets d’ap­pli­ca­tion ne sont pas pu­bliés… » Les premières com­mis­sions dé­par­te­men­tales, char­gées d’étu­dier les dos­siers de celles ou ceux sou­hai­tant bé­né­fi­cier de me­sures d’ac­com­pa­gne­ment (ob­ten­tion de titres de sé­jour, aides fi­nan­cières, ac­cès à des lo­ge­ments…), vont sié­ger ces pro­chains jours. En France, 30 000 per­sonnes se pros­ti­tuant (étran­gères à 83 %), sont re­cen­sées par l’Of­fice central pour la ré­pres­sion de la traite des êtres hu­mains.

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