G

Le Parisien (Paris) - - LOISIRS -

amin, comme tous les pe­tits ban­lieu­sards, on at­ten­dait son re­tour avec ex­ci­ta­tion. De­puis, la Foire du Trône n’a pas vrai­ment chan­gé et la ma­gie est in­tacte. Pour vous faire dé­cou­vrir la plus grande fête fo­raine d’Eu­rope, ins­tal­lée jus­qu’au 28 mai sur la pe­louse de Reuilly, à Pa­ris (XIIe), nous avons dé­ci­dé de nous y plon­ger pen­dant deux jours.

Nous nous sommes glis­sés dans les cou­lisses d’un train fan­tôme, avons te­nu un stand de lo­te­rie, joué de la per­ceuse et du rou­leau à pâ­tis­se­rie. Nous avons sur­tout ren­con­tré des pas­sion­nés, fiers de leur mé­tier et de leur his­toire, qui pour rien au monde ne tro­que­raient leur vie de fo­rains pour la nôtre, pauvres « sé­den­taires »… « Tiens, avec ça, tu peux en­trer par­tout ». Le lais­sez-pas­ser 2017 or­né d’un co­chon cou­ron­né en poche, nous voi­là aus­si libres de dé­am­bu­ler qu’un fo­rain. Nous sommes à J - 1 de la soi­rée inau­gu­rale de la Foire du Trône. Le plus gros du mon­tage des ma­nèges est ter­mi­né, place aux fi­ni­tions et aux tests. Dans les al­lées, le bal­let des poids lourds, des voi­tures et des scoo­ters est in­ces­sant.

Co­losse blond, cas­quette sur la tête, Ju­lien nous ac­cueille au Ghost Train, un train fan­tôme flam­bant neuf. Pour le re­joindre, il faut suivre les rails à pied, évi­ter les chausse-trappes, les fils élec­triques, ne pas se co­gner aux poutres… De l’équi­li­brisme dans la pé­nombre. Entre morts­vi­vants et vam­pires, l’équipe tech­nique tra­vaille aux ré­glages des ef­fets spé­ciaux. « On re­fait toute cette an­née, com­mente le pa­tron du ma­nège. Il y a plus d’ef­fets vi­déo. Les gens veulent de la nou­veau­té. Mais c’est long à mettre en place. Y a en­core du bou­lot… » Pour ai­der, vis­seuse en main, on fixe le pla­teau ac­cueillant un ca­davre ver­dâtre. Le Sky­fall est l’un des musts de la foire : une tour de chute libre de 80 m de haut, soit un im­meuble de 20 étages. L’heure est aux ré­glages et au net­toyage. Nous avions tes­té l’im­pres­sion­nant ma­nège, lors de sa pre­mière ap­pa­ri­tion à Pa­ris en 2014. « Mais au­jourd’hui, la na­celle tourne sur elle-même en plus. Tu veux l’es­sayer ? » lance Ge­no, le pro­prié­taire. « Si tout est prêt, OK. » Il y a une autre can­di­date avant nous : dans un coin, Eno­ra Ma­la­gré, l’ani­ma­trice de C 8, se fait ma­quiller. Echange de po­li­tesses. « C’est com­ment, alors ? » ques­tionne-t-elle. « Un peu flip­pant mais plu­tôt doux ». « Doux, t’es sûr ? » ré­torque-t-elle, un peu ten­due…

En attendant, Steve nous em­barque dans son ca­mion, di­rec­tion le Maxi­mum, un de ses deux ma­nèges sur la Foire. « Tu veux bos­ser ? Ok, mais alors je te traite comme mes em­ployés : bouge tes fesses, fai­néant… On n’est pas là pour ri­go­ler. » Mis­sion : dé­ployer les pan­neaux de fa­çades de l’at­trac­tion. Il faut fixer une grande barre de chaque cô­té. Chaque tige mé­tal­lique de 2 m pèse son poids… « On va t’ai­der », se gausse un em­ployé.

Re­tour au Sky­fall. Bien san­glés, nous nous éle­vons lente- ment dans les airs. De là-haut, la vue est in­croyable sur Pa­ris, et les mi­nutes avant la chute… in­ter­mi­nables. Ne pas re­gar­der en bas, ras­su­rer Phi­lippe, le pho­to­graphe… Et c’est par­ti ! Le Sky­fall est bon pour le ser­vice ! Les bu­vettes et les res­tau­rants de la Foire ne sont pas en­core ou­verts. Ge­no nous in­vite dans un pe­tit res­tau­rant de Vin­cennes où il a ses ha­bi­tudes. A 76 ans, il est l’un des doyens de la Foire. « Mes pa­rents avaient un ma­nège de ba­lan­çoires quand la Foire du Trône était en­core place de la Na­tion (

Je suis né de­dans. Mais ils ont in­sis­té pour que j’ap­prenne un mé­tier : j’ai mon di­plôme de me­nui­sier ébé­niste. » Eu­gène de son vrai nom n’a pour­tant ja­mais ima­gi­né d’autre ave­nir que ce­lui de fo­rain. « Mon père est mort jeune. J’ai d’abord ai­dé ma mère et je me suis mis à mon compte en 1969. J’avais le vi­rus. Fo­rain, ce n’est pas tou­jours fa­cile mais c’est une vie de li­ber­té, sans rou­tine. Je peux mou­rir de­main, j’au­rai été heu­reux. »

Dans cette grande fa­mille de la fête, Ge­no a une par­ti­cu­la­ri­té : il a épou­sé une « sé­den­taire » : « Je lui ai fait la cour pen­dant quatre ans. Ses pa­rents ne vou­laient pas que leur fille se ma­rie avec un » De­vant le stand de « pinces à pe­luches » de Karl, un ca­mion dé­gorge de car­tons. Il faut les ou­vrir un par un pour vé­ri­fier le conte­nu et le ré­par­tir dans les ca­bines. « On fait ça au fee­ling. Il faut trou­ver le pro­duit qui va plaire cette an­née, qui va don­ner en­vie de jouer. La pe­luche E.T. de­vrait bien mar­cher », es­time le tau­lier. Je trans­porte les sacs, j’ins­talle une vi­trine : « Par­fait », es­time le pa­tron, qui s’est fait li­vrer… 10 000 pe­luches ! « Et je ne vais pas te­nir les deux mois avec ça. »

A 30 ans, Karl, dé­jà à son compte de­puis dix ans, fait par­tie de la jeune gé­né­ra­tion. « Bien sûr que mes pa­rents étaient fo­rains. Ils fai­saient 36 foires dans l’an­née. Alors pour l’école, c’était soit l’in­ter­nat, soit pas… J’ai ar­rê­té en 6e. Je vou­lais être fo­rain. Il n’y a pas beau­coup de jobs où tu peux bou­ger comme ça tout le temps. Et je suis fier d’ap­por­ter un peu de joie aux gens. »

J’ose la ques­tion qui tue : on peut vrai­ment les at­tra­per ses pe­luches ? « Je te pro­mets que oui. Il y a beau­coup de ga­gnants.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.