LES GAGNANTS... ET LES PERDANTS

Le dé­bat qui a réuni, pour la pre­mière fois, l’en­semble des can­di­dats a par­fois été fas­ti­dieux, mais il a don­né lieu à quelques échanges in­ci­sifs.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR DI­DIER MICOINE ET HEN­RI VERNET @Hen­riVer­net

ce grand dé­bat à onze, ce se­rait avant tout LE mo­ment des « pe­tits » can­di­dats. Dès leur ar­ri­vée dans le grand stu­dio de la Plaine-Saint-De­nis (Sei­neSaint-De­nis), lors des pré­pa­ra­tifs, ils goûtent le plai­sir d’être là, comme les « grands ». « Quand les ca­mé­ras s’al­lument en rouge, c’est en marche ? » de­mande Ni­co­las Du­pontAi­gnan au réa­li­sa­teur Jé­rôme Re­von. « Bon, c’est votre jour », lâche, condes­cen­dant, Mé­len­chon en lui ser­rant la main. « Bah, vous aus­si », ré­plique Du­pont-Ai­gnan, aga­cé. La trots­kiste Na­tha­lie Ar­thaud, can­di­date LO, est sou­riante, en che­mi­sier et pan­ta­lon.

Plus ten­du, Fran­çois Fillon ar­pente le pla­teau, sa conseillère com, My­riam Le­vy, mur­mu­rant à son oreille. En­fin ar­rive Jean Las­salle : « Ma mère a mis huit jours à me mettre au monde, je n’ai ja­mais com­blé le re­tard » se jus­ti­fie-t-il drô­le­ment dans son ac­cent ro­cailleux.

20 h 40, ça va com­men­cer, les équipes de BFMTV et CNEWS — qui mar­tèlent le mot « his­to­rique »— ra­meutent les onze can­di­dats pour la pho­to de fa­mille. Phi­lippe Pou­tou, l’autre can­di­dat trots­kiste (NPA) à la présidentielle, re­fuse de s’y as­so­cier. Et quand Ma­cron veut le ti­rer par la manche, c’est un niet ca­té­go­rique. Et nous y sommes : chaque can­di­dat est in­vi­té à dé­cli­ner sa pro­fes­sion de foi. Voir ain­si les « stars » Ma­cron, Le Pen, Fillon ou Mé­len­chon sur un pied d’éga­li­té avec les in­con­nus Che­mi­nade ou As­se­li­neau suf­fi­rait presque au spec­tacle. Si l’énarque Jacques Che­mi­nade, ex-haut fonc- tion­naire, as­sure, mâ­choires cris­pées, se « battre de­puis qua­rante ans contre la dic­ta­ture de la fi­nance qui gère tout », c’est Pou­tou, dont le tee­shirt dé­tonne au mi­lieu des cos­tumes-cra­vates de ses concur­rents, qui at­taque le plus fort. L’ou­vrier chez Ford, « seul avec Ar­thaud à exer­cer un mé­tier nor­mal », dé­zingue d’em­blée les « po­li­ti­ciens cor­rom­pus »… « et il y en a qui se re­con­naî­tront au­tour de la table ! »

Puis cha­cun y va de son mo­no­logue, res­tant dans son cou­loir hor­mis de rares piques ici ou là. For­mat à onze oblige. Au point qu’on peut d’ores et dé­jà s’in­ter­ro­ger sur l’in­té­rêt pour le té­lé­spec­ta­teur et élec­teur : ce­la per­met-il vrai­ment aux in­dé­cis de se for­ger une opi­nion ? Et s’in­ter­ro­ger aus­si sur la per­ti­nence d’en or­ga­ni­ser un se­cond avant le 1er tour, comme l’en­vi­sage France 2…

Il est près de 22 heures quand sur­vient la pre­mière passe d’armes, sur le thème cli­vant de l’Eu­rope. Le sou­ve­rai­niste Ni­co­las Du­pontAi­gnan s’en prend à Fillon : « Com­ment croire un Pre­mier mi­nistre qui a ba­foué le vote des Fran­çais » ? Ré­fé­rence à la vic­toire du non au ré­fé­ren­dum de 2005, ef­fa­cée par le trai­té de Lis­bonne. A l’évi­dence, Du­pont-Ai­gnan vise la ré­cu­pé­ra­tion d’une par­tie de l’élec­to­rat de droite qui s’est dé­ta­ché de Fillon à cause des « af­faires ».

Puis c’est la mi­nute Che­mi­nade. « En 1995, j’avais an­non­cé qu’il y au­rait une très grave crise fi­nan­cière », dit-il, jouant les No­stra­da­mus du len­de­main. Pen­dant ce temps, un Mé­len­chon grave et po­sé, comme s’il vou­lait jouer les pré­si­den­tiables un peu gaul­liens (ré­fé­rence fré­quente hier soir), ap­pa­raît du coup « en des­sous de la main ». Il est 00 h 36. Après près de quatre heures de dé­bat, c’était le grand soir des « pe­tits ».

L’IN­TÉ­RÊT D’UN SE­COND DÉ­BAT À ONZE SUR FRANCE 2 LE 20 AVRIL EN QUES­TION

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