La guerre jus­qu’au bout de l’hor­reur

Pour Pa­ris et Wa­shing­ton, Ba­char al-As­sad est à l’ori­gine des raids qui ont fait 58 vic­times, hier, dans une ville te­nue par des op­po­sants au ré­gime et des dji­ha­distes.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR JANNICK ALIMI

dans la guerre ci­vile qui frac­ture la Sy­rie de­puis six ans. Au moins 58 per­sonnes, dont onze en­fants, ont été tuées et quelque 170 bles­sées hier dans une frappe aé­rienne au gaz toxique sur Khan Chei­khoun, une ville du nord-ouest du pays te­nue par des re­belles et des dji­ha­distes. Eva­nouis­se­ments, vo­mis­se­ments, pré­sence de mousse dans la bouche des vic­times… D’après l’Ob­ser­va­toire sy­rien des droits de l’homme (OSDH), les vic­times sont dé­cé­dées en rai­son des ef­fets d’un gaz non iden­ti­fié, no­tam­ment par suf­fo­ca­tion. Si l’OSDH ne dit pas qui est res­pon­sable de l’at­taque, l’op­po­si­tion ac­cuse clai­re­ment le ré­gime de Ba­char al-As­sad.

La com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale a ex­pri­mé son in­di­gna­tion et a ci­blé, elle aus­si, le dic­ta­teur sy­rien. « Comme à la Ghou­ta le 21 août 2013, Ba­char al-As­sad s’en prend à des ci­vils en uti­li­sant des moyens ban­nis par la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale, a dé­non­cé l’Ely­sée dans un com­mu­ni­qué. Une fois en­core, le ré­gime sy­rien va nier l’évi­dence de sa res­pon­sa­bi­li­té dans ce mas­sacre. Comme en 2013, Ba­char al-As­sad compte sur la com­pli­ci­té de ses al­liés pour bé­né­fi­cier d’une im­pu­ni­té in­to­lé­rable. Ceux qui sou­tiennent ce ré­gime peuvent, une nou­velle fois, me­su­rer l’am­pleur de leur res­pon­sa­bi­li­té po­li­tique, stra­té­gique et mo­rale. » Par­mi ces « al­liés », la Rus­sie évi­dem­ment, que Fran­çois Hol­lande évite di­plo­ma­ti­que­ment de nom­mer. PLUS DE 320 000 MORTS DE­PUIS LE DÉ­BUT DU CONFLIT Wa­shing­ton a éga­le­ment dé­non­cé avec force une « at­taque chi­mique in­to­lé­rable », at­tri­buant cet « acte odieux » au ré­gime de Ba­char al-As­sad. Pour la chef de la di­plo­ma­tie eu­ro­péenne aus­si, les faits sont clairs : « Les nou­velles sont hor­ribles. Evi­dem­ment, la prin­ci­pale res­pon­sa­bi­li­té re­pose sur le ré­gime sy­rien », a es­ti­mé Fe­de­ri­ca Mo­ghe­ri­ni.

Ce n’est pas la pre­mière fois que le ré­gime de Da­mas est soup­çon­né d’uti­li­ser des armes chi­mi­ques­dan­su­ne­guer­re­quia dé­jà fait plus de 320 000 morts de­puis mars 2011. Ac­cu­sa­tions dé­men­ties im­mé­dia­te­ment par les proches de Ba­char al-As­sad. En mars der­nier, l’Or­ga­ni­sa­tion pour l’in­ter­dic­tion des armes chi­miques (OIAC) in­di­quait en­quê­ter sur huit at­taques pré­su­mées au gaz toxique com­mises en Sy­rie de­puis le dé­but de 2017. Hier, la com­mis­sion d’en­quête de l’ONU sur les droits de l’hom- me en Sy­rie an­non­çait qu’elle en­quê­tait sur le der­nier raid.

L’op­po­si­tion sy­rienne et de nom­breux gou­ver­ne­ments, dont la France, ont de­man­dé la convo­ca­tion d’ur­gence du Con­seil de sé­cu­ri­té de l’ONU. La réunion, au­jourd’hui, de­vrait se ré­vé­ler vaine. La Rus­sie et, dans une moindre me­sure, la Chine, soutiens du ré­gime d’As­sad, vont sû­re­ment tout faire pour em­pê­cher, quitte à uti­li­ser leur droit de ve­to, un pos­sible vote et d’éven­tuelles sanc­tions.

Khan Chei­khoun (Sy­rie), hier. En plus des 58 morts, quelque 170 per­sonnes, dont de nom­breux en­fants, ont été bles­sées par cette at­taque au gaz toxique.

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