Les indiscrétions du dé­bat

Phi­lippe Pou­tou qui re­fuse de po­ser avec les autres, la mau­vaise hu­meur de Ma­rine Le Pen… Plon­gée dans les cou­lisses du dé­bat de mar­di soir, entre grosse fa­tigue et pe­tites blagues chez les can­di­dats et leurs soutiens.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR MY­RIAM ENCAOUA ET NA­THA­LIE SCHUCK @My­ria­men­caoua @Na­tha­lieS­chuck www.le­pa­ri­sien.fr

J’AI L’IM­PRES­SION D’AVOIR DIT HAUT ET FORT CE QUE LES GENS PENSENT DE­PUIS DES SE­MAINES” PHI­LIPPE POU­TOU, À PROPOS DE SES AT­TAQUES CONTRE FILLON ET LE PEN

une pho­to de fa­mille his­to­rique. Ra­té ! « Pou­tou ! Pou­tou ! » hurlent les pho­to­graphes avant l’an­tenne. « Pour­quoi faire une pho­to de fa­mille ? Ça n’est pas ma fa­mille », mau­grée le can­di­dat du NPA, qui in­flige un ca­mou­flet à Em­ma­nuel Ma­cron, ve­nu le cher­cher en mode boy-scout. Un peu plus tôt, Pou­tou avait dé­jà re­fu­sé de lui ser­rer la main : « Ha­mon et Mé­len­chon OK, je ne suis pas un ours. Mais Ma­cron, c’est quand même la loi Tra­vail. » Ne lui de­man­dez pas non plus de sa­luer Ma­rine Le Pen ou Fran­çois Fillon. « Je ne tou­che­rai pas ces mains ! »

Tou­jours po­li, Ma­cron, lui, a dit bon­soir à tout le monde avant l’émis­sion. Même à Florian Phi­lip­pot qui, pris de court, a dû se prê­ter au jeu. Ar­ri­vée d’une hu­meur de chien, la can­di­date du FN s’énerve d’em­blée. La chaise haute ? « On est mal ins­tal­lé ! » s’agace-t-elle, équi­pée cette fois de confor­tables pe­tits ta­lons.

Dans le pu­blic non plus, où se massent quelque 200 soutiens des can­di­dats, ce n’est pas la fête. « Quatre heures et de­mie as­sis près d’une bouche d’air froid, c’est très long », sou­pire un fillo­niste. « On n’a rien eu à man­ger et, comme il n’y a eu que quatre mi­nutes de pause, on n’a pas pu sor­tir », abonde un ma­cro­niste en s’ex­cu­sant pour ces consi­dé­ra­tions terre à terre. Pour ceux qui, comme l’ex-jup­péiste Au­rore Ber­gé, étaient plein ca- dre, c’est en­core pire. Sou­rire, tou­jours sou­rire. Les seules pri­vi­lé­giées ? Les épouses, Pe­ne­lope Fillon et Bri­gitte Ma­cron, confor­ta­ble­ment ins­tal­lées en loge.

BA­ROIN, À BOUT, LA TÊTE ENTRE LES MAINS

Dès l’en­tame du dé­bat à 20 h 40, les équipes des can­di­dats re­pèrent un étrange ma­nège du cô­té de Pou­tou. Ses proches lui font pas­ser des an­ti­sèches. Le can­di­dat du NPA lui-même fait des al­lers-re­tours pour se faire coa­cher. « J’avais be­soin d’être ras­su­ré, du re­gard de mes équipes. Cha­cun son truc », se dé­fend-il. C’était pour­tant in­ter­dit. « On s’en fiche ! » ri­gole a pos­te­rio­ri Alain Kri­vine, an­cien can­di­dat trots­kiste à l’Ely­sée. En pla­teau, on s’en­nuie ferme. Du coup, les fillo­nistes, ta­quins, s’échangent sous le man­teau une pho­to de Ma­cron as­sis, où il fait une bonne tête de moins que Ni­co­las Du­pontAi­gnan, res­té de­bout… « Il est tout pe­tit ! » se marre l’un d’eux.

Vers 22 heures, à la cou­pure pub, c’est l’heure des pre­miers comptes. Les fillo­nistes dopent leur cham­pion : « Sois plus of­fen­sif, main­te­nant il faut co­gner ! » Mêmes conseils dans le camp de Be­noît Ha­mon, à qui Vincent Peillon re­monte un peu les bre­telles : « Faut y al­ler, là ». Puis ar­rive le clou de spec­tacle : la charge de Pou­tou contre Fillon et Le Pen sur les af­faires. Sa fa­meuse ti­rade sur « l’im­mu­ni­té ou­vrière » lui a va­lu des di­zaines de SMS hier. « Je fai­sais des courses avec ma com­pagne chez moi à Bor­deaux et les gens ve­naient pour me re­mer­cier. J’ai l’im­pres­sion d’avoir dit haut et fort ce qu’ils pensent de­puis des se­maines », nous confie la star de la soi­rée, aga­cé par les com­men­taires sur sa te­nue : « Ce tee-shirt, je le mets tout le temps. Sug­gé­rer que j’étais mal ha­billé, ça re­lève du mé­pris so­cial. »

Pas­sé ce coup d’éclat, la soi­rée n’en fi­nit plus. La fa­tigue ve­nant, des rires ner­veux fusent dans le pu­blic à chaque fois que Fran­çois As­se­li­neau cite un ar­ticle d’un obs­cur trai­té ou un dic­ton chi­nois. « Il t’a pi­qué tes pro­verbes », se marre un fillo­niste en se tour­nant vers JeanPierre Raf­fa­rin, ex­pert en si­no­lo­gie. L’ex-Pre­mier mi­nistre ré­plique en mode vieux sage : « Il y a des pro­verbes qui peuvent être des créa­tions. » Fran­çois Ba­roin, lui, est à bout, la tête entre les mains.

Vient en­fin l’heure de la li­bé­ra­tion. Jean-Luc Mé­len­chon et Jean Las­salle, com­plices, n’ar­rivent pas à se quit­ter. Fillon, lui, ne dé­co­lère pas contre Pou­tou. L’un de ses soutiens s’em­porte : « Ce dé­bat à onze, c’était un at­trape-couillon pour la dé­mo­cra­tie ! Voir un mec qui peut de­ve­nir pré­sident se faire cra­cher à la gueule… » Ma­cron af­fiche son éternel sou­rire. Après l’épreuve, Fran­çois Bay­rou lui a souf­flé : « Fillon a souf­fert, Le Pen s’est écrou­lée. »

La Plaine-Saint-De­nis (Seine-Saint-De­nis), mar­di. Par son at­ti­tude ou ses charges contre ses concur­rents, Phi­lippe Pou­tou a été la star du dé­bat.

La Plaine-SaintDe­nis, mar­di. Pour les in­vi­tés qui étaient dans le champ des ca­mé­ras, la soi­rée a été très longue.

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