Elles re­pré­sentent un quart des per­sonnes pour­sui­vies pour ter­ro­risme”

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - Catherine Cham­pre­nault Pro­cu­reur gé­né­ral près la cour d’ap­pel de Pa­ris

NOM­MÉE en juin 2015, Catherine Cham­pre­nault, pro­cu­reur gé­né­ral près la cour d’ap­pel de Pa­ris, oc­cupe l’un des postes les plus sen­sibles de la ma­gis­tra­ture. Elle dis­pose d’une fine connais­sance de ces dos­siers ter­ro­ristes. Com­bien de femmes sont ac­tuel­le­ment pour­sui­vies ? CATHERINE CHAM­PRE­NAULT. Au­jourd’hui, sur les 121 femmes mises en exa­men pour ter­ro­risme en France, 108 le sont pour ter­ro­risme is­la­miste. En tout, 400 per­sonnes, hommes et femmes confon­dus, sont pour­sui­vies pour ce type de fait. Sur ces 121 femmes, 35 sont dé­te­nues, 64 sont pla­cées sous contrôle ju­di­ciaire et 19 font l’ob­jet d’un man­dat d’ar­rêt. En­fin, 3 ne font l’ob­jet d’au­cune me­sure de sû­re­té. Sur ces 108 femmes pour­sui­vies pour ter­ro­risme is­la­miste, 14 sont des mi­neures, âgées de 15 à 17 ans. Par­mi elles, 7 sont in­car­cé­rées. En ma­tière de ter­ro­risme, les femmes re­pré­sentent 25 % des per­sonnes pour­sui­vies. A titre de com­pa­rai­son, avec la dé­lin­quance de droit com­mun, les femmes re­pré­sentent 4 % de la po­pu­la­tion car­cé­rale. Quelles sont les rai­sons de cette sur­re­pré­sen­ta­tion ? Le mes­sage adres­sé aux femmes par Daech est : « Vous sen­tez que vous n’avez pas votre place dans cette so­cié­té oc­ci­den­tale ; au sein de l’Etat is­la­mique, vous en avez une, en plus on vous pro­tège et on lutte contre cette so­cié­té qui ne vous a pas re­con­nues. » Nous consta­tons à la lec­ture des études de cher­cheurs que nombre d’entre elles rêvent d’un prince char­mant qui les res­pecte. C’est un dé­but d’ex­pli­ca­tion. Il y a peut-être aus­si l’idée d’un re­fuge en re­joi­gnant les rangs de Daech où tout est nor­mé. C’est très pa­ra­doxal de re­joindre des zones de com­bats en as­pi­rant à la sé­cu­ri­té. Les en­quêtes ont-elles per­mis de cer­ner leur rôle ? Il y a en­core deux ans, on au­rait pu croire à une at­ti­tude pas­sive des femmes ayant pour obli­ga­tion de suivre leur ma­ri, d’as­su­rer la des­cen­dance et de s’oc­cu­per des tra­vaux do­mes­tiques. Entre-temps, nous nous sommes aper­çus qu’elles adhé­raient aux thèses dji­ha­distes et qu’elles jouaient un rôle dans l’édi­fi­ca­tion de la so­cié­té is­la­miste au sein de la­quelle elles sont char­gées de l’en­doc­tri­ne­ment des en­fants. Cer­taines jouent aus­si le rôle de re­cru­teuses en in­ci­tant des jeunes, par­fois mi­neures, à se ma­rier à des dji­ha­distes et à re­joindre les zones de com­bats, ou en­core oc­cupent des fonc­tions d’ad­mi­nis­tra­trices de sites de pro­pa­gande. En­fin, cer­taines nour­rissent des pro­jets d’at­ten­tat en France. Com­ment la jus­tice éva­lue-t-elle le dan­ger ? Nous ne sommes pas dupes du rôle des femmes dji­ha­distes. J’en veux pour preuve cette mère de cinq en­fants, ju­gée libre, et qui a été condam­née en ap­pel à six ans de pri­son pour avoir été ad­mi­nis­tra­trice de site dji­ha­diste. Nous ne fai­sons pas d’an­gé­lisme ! Pour au­tant, nous sa­vons faire la dif­fé­rence entre les femmes qui au­raient été con­traintes et celles qui ne le sont pas. Si les femmes n’avaient pas ac­com­pa­gné leurs conjoints dji­ha­distes, il y au­rait eu moins de pro­pa­ga­tion de l’is­lam ra­di­cal.

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