«No­tre­dé­fense doi­têtre la prio­ri­té »

Veut aug­men­ter le bud­get des ar­mées pour le por­ter à 2 % du PIB.

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - OLI­VIER­BEAU­MONT

à la présidentielle, Ma­rine Le Pen est, sans au­cun doute, celle qui va le plus loin dans les pro­po­si­tions en ma­tière de dé­fense : construc­tion d’un se­cond porte-avions, bud­get mi­li­taire por­té à 2 % du PIB dès 2018 ou en­core créa­tion d’un ser­vice à la na­tion obli­ga­toire. « Notre dé­fense doit être la prio­ri­té. C’est une ques­tion ma­jeure pour re­cou­vrer notre sou­ve­rai­ne­té na­tio­nale », mar­tèle la pré­si­dente du Front na­tio­nal. Mais en a-t-elle vrai­ment les moyens ? Ce soir, au Conser­va­toire na­tio­nal des arts et des mé­tiers (Pa­ris IIIe), les re­pré­sen­tants dé­fense des prin­ci­paux can­di­dats à l’Ely­sée au­ront jus­te­ment l’oc­ca­sion d’en dé­battre lors d’un grand oral or­ga­ni­sé chez les jeunes de l’Ins­ti­tut des hau- tes études de dé­fense na­tio­nale (IHEDN). Pour Jé­rôme Ri­vière, char­gé de ces ques­tions pour la chef de file fron­tiste, l’exer­cice au­ra for­cé­ment va­leur de test.

« Notre ar­mée est au bord du dé­clas­se­ment. De­puis trente ans, nos mi­li­taires sont les en­fants bat­tus de la Ré­pu­blique. Si on ne met pas les moyens, et tout de suite, nous ne se­rons bien­tôt plus en ca­pa­ci­té d’as­su­rer notre propre sé­cu­ri­té », mar­tèle cet an­cien dé­pu­té UMP, au­tre­fois chef de ca­bi­net de Phi­lippe Léo­tard alors mi­nistre de la Dé­fense. Alors cô­té moyens, Ma­rine Le Pen a pré­vu le pa­quet : te­nir cet en­ga­ge­ment des 2 % qu’elle veut même ins­crire dans la Consti­tu­tion, ce qui re­vien­drait à in­jec­ter 44 Mds€ dès 2018, et même at­teindre les 3 % d’ici la fin du quin­quen­nat. Avec ce­la, la can­di­date à l’Ely­sée pro­met de créer « im­mé- dia­te­ment » 50 000 postes de sol­dats, de lan­cer un grand plan de mo­der­ni­sa­tion et de re­mise en l’état des in­fra­struc­tures dé­faillantes, ou en­core un grand plan de construc­tion des ca­sernes. « D’un point de vue po­li­tique, ces pro­po­si­tions ne sont pas ab­surdes. Mais la réa­li­té éco­no­mique de la France, qui est dé­jà très en­det­tée, rend ce­la pra­ti­que­ment im­pos­sible », re­lève Pierre Servent, ex­pert en stra­té­gie mi­li­taire, et au­teur de l’en­quête « les Pré­si­dents et la guerre » (Ed. Perrin). « Si Ma­rine Le Pen te­nait ef­fec­ti­ve­ment son ob­jec­tif des 2 %, ce qu’au­cun autre can­di­dat ne pro­met compte te­nu des con­traintes, ce­la creu­se­rait for­cé­ment les dé­fi­cits. Elle se­rait obli­gée d’al­ler cher­cher des éco­no­mies ailleurs », ar­gu­mente-til. « Mais pour 1 € in­ves­ti, c’est 1,60 à 1,80 € ré­in­ves­ti dans l’éco­no­mie », se dé­fend Jé­rôme Ri­vière, qui rap­pelle que Ma­rine Le Pen veut re­cou­vrer sa sou­ve­rai­ne­té en sor­tant la France du com­man­de­ment in­té­gré de l’Otan. « Mais c’est du pi­peau. Car his­to­ri­que­ment de­puis le dé­but de la Ve Ré­pu­blique, la France n’a ja­mais conduit une guerre sans qu’elle ne l’ait vou­lue au préa­lable », as­sure Pierre Servent.

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