OUI LES FRAN­ÇAIS AIMENT LA PO­LI­TIQUE

Les élec­teurs ont beau se mé­fier de­puis long­temps des hommes po­li­tiques, ils res­tent pas­sion­nés par les dé­bats et les enjeux de cette cam­pagne élec­to­rale.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR OLI­VIER­BEAU­MONT @oli­vier­beau­mont

PA­RA­DOXE AB­SO­LU… Alors que près d’un élec­teur sur deux n’a tou­jours pas fait son choix pour le pre­mier tour de la pré­si­den­tielle et que la dé­fiance, par­fois même le dé­goût, à l’égard de la classe po­li­tique n’a ja­mais été aus­si forte, la cam­pagne conti­nue de pas­sion­ner les Fran­çais qui aiment la po­li­tique, à dé­faut d’ai­mer « les po­li­tiques ». Il faut voir ces mee­tings sou­vent pleins à cra­quer pour ap­plau­dir les Mé­len­chon, Le Pen, Ha­mon et Ma­cron, entre autres… Les salles qui ac­cueillent François Fillon, pour­tant em­pê­tré dans les af­faires, ne désem­plissent pas non plus. Au contraire même, puisque le can­di­dat de la droite, mal­me­né dans les son­dages, at­tend au moins 20 000 per­sonnes ce di­manche à Pa­ris, porte de Ver­sailles (XVe). Un mois tout juste après le ras­sem­ble­ment géant du Tro­ca­dé­ro !

47 MIL­LIONS D’ÉLEC­TEURS

Autre in­di­ca­teur, et non des moindres, ce suc­cès fou ren­con­tré par les dé­bats té­lé­vi­sés, avec des au­diences ca­non pour leurs or­ga­ni­sa­teurs : près de 10 mil­lions de té­lé­spec­ta­teurs pour TF 1 le 20 mars, et encore 6,3 mil­lions pour ce­lui de BFMTV et CNews mar­di der­nier ! Un en­goue­ment que l’on re­trouve aus­si sur les ré­seaux so­ciaux, no­tam­ment sur Twit­ter où plus de 1,5 mil­lion de mes­sages ont été échan­gés le soir de ce se­cond dé­bat, se­lon la plate-forme de veille Vi­si­brain. Et que dire des ins­crip­tions sur les listes élec­to­rales qui ont af­flué jus­qu’à la date li­mite du 31 dé­cembre der­nier, pour at­teindre les 47 mil­lions d’élec­teurs !

Mais les Fran­çais n’en sont pas moins sé­vères à l’égard des po­li­tiques. Et le ré­sul­tat du der­nier ba­ro­mètre Ce­vi­pof de la confiance po­li­tique est sans ap­pel à cet égard : 75 % pensent que les res­pon­sables po­li­tiques sont « plu­tôt cor­rom­pus », 40 % éprouvent de la « mé­fiance ». Une contra­dic­tion qu’ex­plique sans sour­ciller le politologue Tho­mas Gué­no­lé : « Les Fran­çais adorent la po­li­tique, il y a même une pas­sion fran­çaise pour la chose pu­blique, à tel point qu’il est de tra­di­tion d’en par­ler pen­dant les re­pas de fa­mille. Mais au contraire de la po­li­tique, ils dé­testent les po­li­ti­ciens qu’ils ac­cusent de mal les re­pré­sen­ter, dé­cryp­tet-il. Quant au phé­no­mène des salles combles, il y a tou­jours une part de la po­pu­la­tion qui vote avant tout pour une éti­quette po­li­tique, et donc pour le can­di­dat qui la re­pré­sente. C’est un vote de fi­dé­li­té. » De quoi lais­ser fi­na­le­ment ima­gi­ner une par­ti­ci­pa­tion plus mas­sive que pré­vu au soir du pre­mier tour, le 23 avril ? Le mys­tère reste en­tier.

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