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Le Parisien (Paris) - - PARIS -

er­vé Pierre est com­mis­saire di­vi­sion­naire ho­no­raire, spé­cia­liste de l’éco­no­mie cri­mi­nelle et lan­ceur d’alerte. Il vient de pu­blier « Pe­tits tra­fics et grandes dé­rives, le coup de gueule d’un flic » aux édi­tions First. Tour d’ho­ri­zon, avec cet ha­bi­tant du nord-est de la ca­pi­tale, de la réa­li­té pa­ri­sienne. pe­tit, l’éco­no­mie sou­ter­raine prend le pas sur l’éco­no­mie of­fi­cielle. A Châ­teau Rouge, ce sont les contre­fa­çons chi­noises ou ita­liennes d’ob­jets de luxe, au Tro­ca­dé­ro et dans les cou­loirs du mé­tro pa­ri­sien, ce sont les tours Eif­fel et autres gad­gets tou­ris­tiques ra­me­nés par les re­ven­deurs, sou­vent sé­né­ga­lais ou ira­kiens, des gros­sistes asia­tiques d’Au­ber­vil­liers (93). Et main­te­nant, avec la crise mi­gra­toire, des di­zaines de pas­seurs ma­fieux sont ap­pa­rus dans le nor­dest pa­ri­sien, où ils bé­né­fi­cient de la com­pli­ci­té de com­mer­çants. Dans tous ces cas, la ré­ponse pé­nale est qua­si­ment ab­sente. Les pe­tits ven­deurs, sou­vent en si­tua­tion ir­ré­gu­lière et pré­ca­ri­sés, écoulent la mar­chan­dise qui leur est four­nie pour une ré­mu­né­ra­tion de mi­sère. L’ar­gent des ventes, en re­vanche, re­vient aux ré­seaux in­ter­na­tio­naux dont ils sont les derniers maillons. Avant d’être blan­chi : on achète des pas-de-porte de ma­ga­sins, no­tam­ment, sa­lons de coif­fure ou com­merces d’ali­men­ta­tion. C’est un peu comme si on chas­sait les mouches ! A chaque in­ter­ven­tion de po­lice, les tra­fi­quants re­culent de dix mètres et re­viennent dès que la voie est libre. En l’ab­sence d’une vé­ri­table po­lice de proxi­mi­té, d’un tra­vail per­ma­nent avec tous les acteurs lo­caux, on n’y ar­ri­ve­ra pas. Dans ces sec­teurs, la porte est ou­verte aux gangs qui s’ap­pro­prient la rue et me­nacent la sé­cu­ri­té des ri­ve­rains. Cer­tains ter­ri­toires sont ou­bliés de la Ré­pu­bli- C’est un phé­no­mène très nou­veau et par­fois mé­con­nu. Face à la dé­ser­tion des pou­voirs pu­blics, les ha­bi­tants de ces zones de non-droit s’au­to-sai­sissent des af­faires et de­mandent des comptes à l’Etat, aux maires. At­taquent même par­fois en jus­tice, comme dans le quar­tier Châ­teau Rouge en­va­hi de ven­deurs à la sau­vette où les ri­ve­rains ont ga­gné contre la Ville et l’Etat au tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif. Et, dans ces sec­teurs, une my­riade d’as­so­cia­tions, comme SOS La Cha­pelle, De­main La Cha­pelle, et bien d’autres, in­ter­pellent sans re­lâche nos res­pon­sables sur leur quo­ti­dien au mi­lieu des tra­fi­quants.

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