Gref­fé du coeur et des pou­mons, il court le Ma­ra­thon

SAN­TÉ Comme 57 000 spor­tifs, Jonathan, 31 ans, s’aligne de­main au dé­part du Ma­ra­thon de Pa­ris. Mais lui le fait avec le coeur et les pou­mons d’un autre. Son cre­do : « Si on se dit qu’on va mou­rir, on a per­du. »

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - TEXTE : ELSA MARI PHO­TO : AU­RÉ­LIE LADET À SAINT-LAURENT-D’AGNY (RHÔNE)

C’ÉTAIT UN PARI, un peu fou, certes. Mais ce­lui qu’il ve­nait de rem­por­ter l’était tout au­tant. En avril 2016, lorsque Jonathan Drutel ar­rive es­souf­flé en haut du mont Ven­toux, les derniers mètres, obs­cur­cis par un épais brouillard, sont ir­res­pi­rables. Pour­tant, le gar­çon de 31 ans est ému. Gref­fé car­dio-pul­mo­naire, ma­lade de la mucoviscidose, Jonathan, qui a sou­vent vu la mort en face, a réus­si à grim­per ce my­thique som­met de 1912 m d’al­ti­tude à vé­lo. « Al­lez, main­te­nant, tu fais le Ma­ra­thon de Pa­ris avec moi l’an pro­chain ? », lui lance Mike, son co­pain bre­ton. « Et dans l’eu­pho­rie, j’ai dit oui. » Ce di­manche, Jonathan, sil­houette frêle, s’élan­ce­ra sur l’ave­nue des Champs-Ely­sées, avec l’accord de son mé­de­cin. Il s’est fixé 42 km en 4 heures. « Mais le prin­ci­pal, c’est d’être sur la ligne de dé­part », ré­pète ce res­pon­sable d’un bu­reau d’études en élec­tri­ci­té.

ENTRAÎNEMENT TROIS OU QUATRE FOIS PAR SE­MAINE

Alors, de­puis sep­tembre, cas­quette vis­sée sur la tête, gourde jaune à la cein­ture, il foule les sen­tiers bat­tus de Saint-Laurent-d’Agny, son vil­lage du Rhône, à 25 km de Lyon. « En no­vembre, j’ai été opé­ré des si­nus, une com­pli­ca­tion de la mucoviscidose. » Cette ma­la­die gé­né­tique, in­cu­rable, qui a em­por­té le chan­teur Gré­go­ry Le­mar­chal, touche le sys­tème pul­mo­naire et di­ges­tif. Jonathan re­prend l’entraînement en jan­vier, 5 km puis 10 km trois ou quatre fois par se­maine, 30 km il y a quelques jours. Par­fois, les dou­leurs ar­ti­cu­laires le sai­sissent. Mais il conti­nue. « Cou­rir est de­ve­nu un be­soin », confie-t-il, as­sis sur un banc au milieu d’un parc étoi­lé de pâ­que­rettes. Un peu plus loin, un lé­ger vent prin­ta­nier berce les ro­seaux au­tour d’un étang. Jonathan court par­fois ici, loin de la pol­lu­tion.

Il fait le Ma­ra­thon « pour tous les pe­tits ma­lades de la mucoviscidose qui se posent beau­coup de questions et n’ima­ginent plus l’ave­nir ». Jonathan a été sou­te­nu par sa fa­mille. « La mort, on n’y pen­sait pas. » Pour­tant, dès sa nais­sance, ses pou­mons sont sur­in­fec­tés, « blin­dés de mu­cus ». Il ne peut plus res­pi­rer. Il gran­dit au rythme des séances de ki­né res­pi­ra­toire et de cures an­ti­bio­tiques par in­tra­vei­neuses, de plus en plus rap­pro­chées. Il devient dia­bé­tique à 14 ans. Son état se dé­grade sé- rieu­se­ment à 24 ans pen­dant ses études d’in­gé­nieur.

AU­JOURD’HUI IL CONNAÎT SES LI­MITES

« J’étais bran­ché à un ex­trac­teur d’oxy­gène. » Un jour, l’in­fir­mière lui dit : « Vous pou­vez pleu­rer, vous sa­vez. » « Pour­quoi je pleu­re­rais ? » ré­pond-il. « J’étais de­ve­nuu­ne­ma­chine.Sion­se­dit qu’on va mou­rir, on a per­du. C’est une ma­la­die qui joue avec nous. Quand elle tape, on ne peut plus rien faire. » Jonathan reste sous per­fu­sion 24 heures sur 24, souffre énor­mé­ment. Il fau­dra deux greffes pour le sau­ver, la pre­mière échoue. Puis, en 2009, elle prend. Un mi­racle. Au­jourd’hui, il connaît ses li­mites, ne for­ce­ra pas s’il souffre le jour du Ma­ra­thon. Et es­père « être un es­poir pour tous les ma­lades qui n’en ont pas eu ».

JE COURS POUR TOUS LES PE­TITS MA­LADES DE LA MUCOVISCIDOSE” JONATHAN DRUTEL

Saint-Laurent-d’Agny (Rhône), le 31 mars. Jonathan Drutel s’en­traîne ferme pour le Ma­ra­thon de Pa­ris, de­main. Un nou­vel ex­ploit après le mont Ven­toux à vé­lo il y a un an.

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