La France à l’of­fen­sive… di­plo­ma­tique

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR -

C’EST UNE SOI­RÉE dont Fran­çois Hol­lande risque de se sou­ve­nir long­temps. Celle où Do­nald Trump, ce pré­sident ré­pu­bli­cain dont il est loin de par­ta­ger les vues, a mis fin à l’im­pu­ni­té du ré­gime sy­rien. Et dé­clen­ché ce raid pu­ni­tif que le chef de l’Etat avait ap­pe­lé de ses voeux, il y a quatre ans, après l’attaque chi­mique de la Ghou­ta, en Syrie. A l’époque, il avait été lâ­ché à la der­nière mi­nute par son al­lié Ba­rack Oba­ma. « Il faut ap­prendre à vivre avec un pays vo­la­tile… » sou­pi­rait hier soir un di­plo­mate. RÉ­PONSE FRAN­CO-AL­LE­MANDE CONCERTÉE C’est par les ca­naux mi­li­taires que le pré­sident a été in­for­mé, tard dans la soi­rée de jeu­di, de la dé­ci­sion de Trump : une frappe ci­blée contre le ré­gime de Da­mas. Un « one shot » (« un seul coup » en an­glais), as­surent les au­to­ri­tés amé­ri­caines au gou­ver­ne­ment fran­çais. C’est son chef d’Etat ma­jor par­ti­cu­lier, l’ami­ral Ro­gel, qui a pré­ve­nu Fran­çois Hol­lande. Au som­met de l’Etat, les té­lé­phones se mettent alors à chauf­fer. Le Pre­mier mi­nistre Ber­nard Caze- neuve est à Tu­nis alors que le pa­tron de la di­plo­ma­tie fran­çaise, JeanMarc Ay­rault, est ré­veillé en pleine nuit à Nouak­chott en Mau­ri­ta­nie. Seul le mi­nistre de la Dé­fense, JeanYves Le Drian, se trouve en France. Pour tous, la nuit est courte. Aux Etats-Unis, leurs ho­mo­logues res­pec­tifs prennent soin de pré­ci­ser les contours de ce raid aé­rien, « unique et pro­por­tion­né ».

Très tôt, hier ma­tin, le pré­sident et la chan­ce­lière al­le­mande s’ap­pellent pour pré­pa­rer un com­mu­ni­qué tout en re­te­nue. Plus tard, de­vant les ca­mé­ras, Fran­çois Hol­lande sa­lue avec so­brié­té la « ré­ponse » des Amé­ri­cains, tan­dis que la Rus­sie s’in­digne de « l’agres­sion ». Un con­seil de dé­fense est convo­qué à 19 heures, pour lais­ser à Ca­ze­neuve le temps de ren­trer de Tu­ni­sie.

Il n’est pas ques­tion pour l’heure d’en­vi­sa­ger de telles frappes pu­ni­tives cô­té fran­çais. Mais il est pru­dem­ment dé­ci­dé d’appeler au ren­for­ce­ment des en­quêtes de vé­ri­fi­ca­tion sur l’ar­se­nal chi­mique dont la Syrie est cen­sée s’être dé­bar­ras­sée de­puis 2013. C’est sur­tout le ter­rain di­plo­ma­tique que Pa­ris cherche à oc­cu­per.

Dès lun­di, le mi­nistre des Af­faires étran­gères se­ra no­tam­ment pré­sent au G 7 qui se tiendra en Ita­lie. « Il faut main­te­nir le ca­nal avec les Russes, ne sur­tout pas jouer l’es­ca­lade avec eux pour conti­nuer à dis­cu­ter en­semble de la re­mise à plat d’un pro­ces­sus de tran­si­tion », dé­crypte un di­plo­mate de haut rang. L’en­jeu pour Pa­ris : faire en­tendre sa voix… en rap­pe­lant à ses al­liés qu’on aurait mieux fait de l’écou­ter en 2013.

Pa­ris (VIIe), hier. Fran­çois Hol­lande

(à gauche) et Jean-Yves Le Drian à la sor­tie du con­seil de dé­fense.

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