Les ados craquent pour les stars de You­Tube

Plu­sieurs mil­liers d’ados ont fait des heures de queue hier pour ap­pro­cher leurs idoles au sa­lon des you­tu­beurs.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - MICHAËLZOLTOBRODA

PAR quee­zie, Squee­zie ! Je t’aiiiiiimmmme ! » Der­rière la bar­rière, Ma­rion, 22 ans, tente d’at­ti­rer l’at­ten­tion de son idole, le you­tu­beur aux 8 mil­lions d’abon­nés. Elle agite une pan­cart e ave c e n g ro ss e s le t t re s « Epouse-moi… ou fais une pho­to avec moi ». « Il est mar­rant et tou­jours en­thou­siaste », ra­conte cette fu­ture en­sei­gnante ve­nue d’Ar­ras (Pas-de-Ca­lais). Squee­zie, alias Lu­cas Hau­chard, 21 ans, vient de la re­pé­rer. Il sou­rit, puis lui tourne le dos. Le bu­si­ness d’abord. Comme 250 autres you­tu­beurs in­vi­tés sur le sa­lon Vi­deo Ci­ty à Pa­ris, porte de Ver­sailles (XVe), la star du Web en­chaîne les dé­di­caces et les sel­fies pour les di­zaines de chan­ceux ti­rés au sort.

Son truc, c’est les jeux vi­déo. Mais dé­but avril, il a pu­blié une vi­déo sur le har­cè­le­ment, vue plus de 3 mil­lions de fois. Y com­pris par Olivia, 13 ans. Elle est ar­ri­vée de Metz (Mo­selle), tôt hier ma­tin, pour le ren­con­trer. « Au col­lège, on me traite de pros­ti­tuée, confie cette fan de ma­quillage très ap­prê­tée. Squee­zie a trou­vé les mots juste pour me re­mon­ter le mo­ral. Il m’a dit que je va­lais mieux qu’eux et qu’il fal­lait que j’aille au bout de ma pas­sion. Le ma­quillage, je veux en faire mon mé­tier. » CULTE DE LA PER­SON­NA­LI­TÉ Le you­tu­beur a aus­si fait le bon­heur de Ca­lis­ta, 15 ans, un au­to­graphe en main et les larmes aux yeux. Elle n’ar­rive plus à par­ler. « C’est le rêve de sa vie, ra­conte pour elle Sé­ve­rine, 37 ans. C’est en­core mieux que de ren­con­trer Brad Pitt. » Elles ont fait huit heures de route de­puis Saint-Jeande-Mau­rienne (Sa­voie) et pas­sé une nuit à l’hô­tel rien que pour ce mo­ment. Coût de l’es­ca­pade : en­vi­ron 400 €, dont 80 de ti­ckets d’en­trée.

Dans d’autres cou­loirs, on fait la queue pour En­joyP­hoe­nix, Cy­prien ou Doc Se­ven (15 mil­lions d’abon­nés à eux trois). Au cou­loir 5, Tom, lui, pa­tiente pour Wass Free­style, le pro­dige du jon­glage aux 800 000 abon­nés. « Wass ? Il est plus fort que Griez­mann », ba­lance ce foo­teux de 13 ans, qui a ache­té un bal­lon de la marque du you­tu­beur pour 29 €. Lan­ce­lot, 8 ans, voue aus­si une ad­mi­ra­tion à Wass. « J’ai­me­rais l’imi­ter, mais je n’y ar­rive pas, bre­douille cet ha­bi­tant de Le­val­lois (Hauts-de-Seine). Dans une vi­déo, on le voit même jon­gler avec un té­lé­phone. Moi, si j’es­saie, j’ai peur de me faire gron­der. » Ça ne fait pas vrai­ment rire Ma­nal, son père, « obli­gé d’être ici » : « C’est un ca­deau de mon amie. Mais je suis mal à l’aise avec ça. On en­cou­rage le culte de la per­son­na­li­té, c’est contre mes convic­tions. »

Dans les al­lées, on manque de tré­bu­cher sur Na­dia, 46 ans, as­sise par terre entre deux stands beau­té. « Je suis au bout de ma vie, lâche cette ma­man de deux en­fants. Ce ma­tin, on a at­ten­du pour en­trer, et de­puis, on at­tend pour les dé­di­caces. On ne fait qu’at­tendre. » On croise aus­si une autre ma­man flin­gueuse, dé­lais­sée par ses en­fants, qui voit les you­tu­beurs comme « des ex­tra­ter­restres ». « J’ai du mal à les com­prendre, s’agace Ch­ris­tine, 45 ans, pro­fes­seur au col­lège. Quand je vois la pe­tite Roxane

(NDLR : 600 000 abon­nés) qui dé­core des cup­cakes… Quel in­té­rêt ? Et puis, ils s’ex­priment mal. » A ses cô­tés, So­phie, sa soeur de quatre ans de moins, n’est pas du même avis : « C’est comme nous avec Bruel, quand on avait 16 ans. Moi, j’ai ado­ré le Rire jaune (NDLR : duo de you­tu

beurs) quand ils se sont mo­qués des pa­rents. »

De l’autre cô­té du sa­lon, c’est pres­quel’émeu­te­pourSun­dyJules, ap­pré­cié par 700 000 fi­dèles pour son hu­mour. Pour­tant, c’est en larmes qu’on ré­cu­père Ma­rine, 13 ans, ve­nue spé­cia­le­ment de Bry-sur-Marne (Val-de-Marne). Après quatre heures d’at­tente, elle n’a pas eu l’au­to­graphe qu’elle at­ten­dait. Ça s’est joué à quatre per­sonnes près. A la place, un « gri­bouillis » dis­tri­bué par le staff de l’ar­tiste. « D’ha­bi­tude, il me fait rire. Mais là, je suis in­con­so­lable. » En­core un coeur bri­sé.

Porte de Ver­sailles (Pa­ris XVe), hier. Ma­rion, 22 ans, est ve­nue d’Ar­ras (Pas-de-Ca­lais) ren­con­trer son idole, le cas­teur Squee­zie.

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