Pierre Gat­taz choi­sit son camp : à droite toute

A deux se­maines du 1er tour de l’élec­tion pré­si­den­tielle, Pierre Gat­taz, le pré­sident du Medef, se pro­nonce clai­re­ment pour Fran­çois Fillon, seul can­di­dat « du plein-em­ploi ».

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR JANNICK ALIMI, SÉ­BAS­TIEN LERNOULD ET HEN­RI VER­NET

LE PA­TRON DES PA­TRONS fus­tige le pro­gramme éco­no­mique de Ma­rine Le Pen, qu’il juge « dan­ge­reux », et ceux de Be­noît Ha­mon et Jean-Luc Mé­len­chon. S’il es­time, en re­vanche, que les me­sures d’Em­ma­nuel Ma­cron « vont dans le bon sens », il avoue sa pré­fé­rence pour les pro­po­si­tions de Fran­çois Fillon. Sans tou­te­fois ap­pe­ler à vo­ter pour lui. LES CAN­DI­DATS

Le Medef doit-il dé­ro­ger à sa tra­di­tion et s’en­ga­ger dans cette cam­pagne ?

PIERRE GAT­TAZ. Sur les cinq can­di­dats ma­jeurs, deux as­sument l’éco­no­mie de mar­ché, la mon­dia­li­sa­tion, l’Eu­rope, l’en­tre­prise. Ce qui n’est pas le cas des trois autres, Le Pen, Mé­len­chon et Ha­mon. Notre pre­mière énorme in­quié­tude vient de Ma­rine Le Pen et de sa sor­tie de l’eu­ro, re­prise par Jean-Luc Mé­len­chon. Ils se trompent com­plè­te­ment de com­bat. Ce n’est pas l’eu­ro qui a créé les 3 600 pages du Code du tra­vail, fait que les dé­penses pu­bliques en France sont à 57 % du PIB, ou que la fis­ca­li­té sur les en­tre­prises est dé­li­rante… Les deux pro­blèmes fon­da­men­taux sont la com­pé­ti­ti­vi­té des en­tre­prises fran­çaises et la ri­gi­di­té de notre Code du tra­vail. Il ne faut pas croire qu’on va es­sayer Ma­rine Le Pen ou Jean-Luc Mé­len­chon cinq ans puis pas­ser à autre chose. Avec eux, on en prend pour quinze ou vingt ans. Avec, à la clé, des taux d’in­té­rêt qui ex­plosent, de l’in­fla­tion, une baisse de la crois­sance et l’ap­pau­vris­se­ment des Fran­çais.

Vo­ter Ma­rine Le Pen, c’est donc à vos yeux le mau­vais choix ?

Je re­garde les pro­grammes éco­no­miques. Et ce­lui de Ma­rine Le Pen est dan­ge­reux. Mais il n’y a pas qu’elle : vo­ter Mé­len­chon, Le Pen, Ha­mon, c’est ruine, dé­ses­poir et dé­so­la­tion, pau­vre­té gé­né­ra­li­sée. Pre­nez les dé­penses pu­bliques : l’ins­ti­tut d’études Coe-Rexe­code es­time qu’avec Ma­rine Le Pen elles vont aug­men­ter de 125 Mds€, avec Be­noît Ha­mon de 150 Mds€ et avec Jean-Luc Mé­len­chon de 175 Mds€. Qui va payer ? Soit on conti­nue de s’en­det­ter comme des fous, alors qu’on a 2 000 Mds€ de dettes, soit on aug­mente en­core les im­pôts alors qu’on est dé­jà cham­pion d’Eu­rope des pré­lè­ve­ments obli­ga­toires.

Pour vous, Be­noît Ha­mon, c’est pa­reil que Ma­rine Le Pen et Jean-Luc Mé­len­chon ?

M. Ha­mon est dans un scé­na­rio des- truc­teur pour l’éco­no­mie fran­çaise. Il part sur deux hy­po­thèses far­fe­lues. Un : il n’y a plus de tra­vail en France. Deux : le tra­vail, c’est la souf­france. Et il n’aime pas l’en­tre­prise. Les jeunes de ban­lieue que je vois se marrent. Ils me disent : « On n’a pas be­soin de re­ve­nu uni­ver­sel, on veut être en­tre­pre­neurs. »

Vous leur pré­fé­rez Em­ma­nuel Ma­cron et Fran­çois Fillon ?

Dans leurs pro­grammes, on voit des choses in­té­res­santes. Par exemple, une ins­tance unique du per­son­nel au lieu de quatre. Ce­la sup­prime un des freins à l’em­ploi lors­qu’une en­tre­prise passe le seuil de 11 ou de 49 per­sonnes. La ques­tion que j’ai­me­rais po­ser aux can­di­dats, c’est de sa­voir s’ils veulent vrai­ment al­ler au plein-em­ploi. Seul Fillon le re­ven­dique. Il dit : « Mon pro­gramme, c’est d’al­ler au plein-em­ploi et de­ve­nir la pre­mière éco­no­mie eu­ro­péenne. » Ma­cron, lui, vise 7 % de taux de chô­mage en 2022. Ce qui est dé­jà pas mal. Mais il ne va pas au bout des ré­formes.

Les­quelles ?

Celle du CICE, qui de­vient un al­lé­ge­ment de charges, est un tour de passe-passe qui re­vient à un coût plus éle­vé en ma­tière de fis­ca­li­té sur le tra­vail. Deuxième er­reur : Ma­cron al­lège les charges sur les bas sa­laires, ce qui est de l’em­ploi tac­tique mais qui ne bé­né­fi­cie­ra pas aux em­plois de de­main, très qua­li­fiés.

Ma­cron est-il dans la conti­nui­té de Fran­çois Hol­lande ?

Il va plus loin : il veut mettre une « flat tax » à 30 % sur les re­ve­nus du ca­pi­tal, le taux d’im­pôt sur les so­cié­tés à 25 %, ce qui va dans le bon sens. Il as­sume l’éco­no­mie de mar­ché, parle très bien an­glais, est tour­né vers l’in­ter­na­tio­nal et il est ap­pré­cié des jeunes en­tre­pre­neurs. Par contre, il ne va pas as­sez loin, no­tam­ment sur la baisse des charges et l’ISF, qu’il ne sup­prime qu’à moi­tié. Il veut aus­si taxer les contrats courts, ce qui risque de tuer des fi­lières comme la res­tau­ra­tion. Sur l’as­su­rance chô­mage et la re­traite, je suis aus­si mal à l’aise. Je n’ai pas com­pris com­ment il fi­nan­çait ses ré­formes.

L’EU­ROPE Vous ap­pe­lez à faire bar­rage contre les can­di­dats eu­ros­cep­tiques ?

Je n’ap­pelle pas à faire bar­rage parce que je ne suis pas un po­li­tique. Je veux juste ex­pli­quer avec mes mots de chef d’en­tre­prise ce que pour­rait être la consé­quence d’une sor­tie de l’eu­ro et d’un re­pli sur soi. La fier­té de la France n’est pas dans le re­pli mais dans la conquête. Avec mon en­tre­prise Ra­diall (NDLR : fa­bri­cant

de com­po­sants élec­tro­niques), j’ai réus­si à gar­der quatre usines en France et à en créer une cin­quième. Parce que je me suis mon­dia­li­sé à mort. Tout ce que j’ai pris comme mar­chés ex­té­rieurs — avec Boeing no­tam­ment et Hua­wei, en Chine — m’a per­mis de créer un em­ploi en France pour deux em­plois créés à l’ex­té­rieur. Le scé­na­rio de re­pli sur soi pro­po­sé par Mme Le Pen est l’in­verse de ce qu’il faut faire.

Le Pen et Mé­len­chon in­sistent sur les dis­tor­sions de concur­rence entre pays eu­ro­péens…

Bien sûr qu’il faut conti­nuer d’amé­lio­rer, d’har­mo­ni­ser et de ré­gu­ler l’Eu­rope. Des pe­tits pa­trons sont en co­lère, je les com­prends. Pour ceux qui votent pour ces deux can­di­dats, c’est un vote d’op­po­si­tion, de ras-le­bol. Il faut leur ex­pli­quer que ce n’est pas l’eu­ro ni l’Eu­rope la cause de leurs pro­blèmes.

QUELLE MÉ­THODE ? Vous sou­te­nez Fillon, qui veut sup­pri­mer 500 000 fonc­tion­naires ?

C’est un ob­jec­tif im­por­tant car il faut bais­ser le nombre de fonc­tion­naires. Sur la mé­thode, nous pré­co­ni­sons ce que nous fai­sons dans nos en­tre­prises, c’est-à-dire tra­vailler avec les équipes elles-mêmes. Si vous sor­tez la hache en di­sant « c’est - 5 % ou - 10 % sur tous les ser­vices », vous ne ré­glez rien. Je ren­contre des fonc­tion­naires, des in­fir­mières, des po­li­ciers qui nous disent : « Moi, je vois des tas de dys­fonc­tion­ne­ments. » Mais on est in­ca­pables de re­mon­ter ces in­for­ma­tions, ça n’in­té­resse ni l’Etat ni les or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales.

Vous ne crai­gnez pas que la mé­thode forte de Fillon mette les sa­la­riés et les fonc­tion­naires dans la rue ?

Ce qui est im­por­tant, ce sont les me­sures. Et celles qui sont le plus dé­taillées, ce sont celles de Fillon, même si celles de Ma­cron vont dans le bon sens. Lors­qu’on a la lé­gi­ti­mi­té d’une élec­tion, il faut al­ler très vite car il y a une vraie ur­gence. On a six mois, on doit faire pas­ser des or­don­nances… La mé­thode reste aus­si im­por­tante, bien sûr.

Mais les af­faires ont sen­si­ble­ment dé­lé­gi­ti­mé Fillon…

S’il est élu, il au­ra la lé­gi­ti­mi­té de l’élec­tion.

« SEUL FRAN­ÇOIS FILLON RE­VEN­DIQUE LE PLEIN-EM­PLOI » LES JEUNES DE BAN­LIEUE QUE JE VOIS SE MARRENT. ILS ME DISENT : ON N’A PAS BE­SOIN DE RE­VE­NU UNI­VER­SEL, ON VEUT ÊTRE EN­TRE­PRE­NEURS. » « DES PE­TITS PA­TRONS SONT EN CO­LÈRE, JE LES COM­PRENDS » « IL FAUT AL­LER TRÈS VITE »

Pa­ris, mer­cre­di. Pierre Gat­taz s’op­pose à une sor­tie de l’eu­ro et au « re­pli sur soi ».

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