Mee­tin­ghou­leuxenCorse

Ma­rine Le Pen, qui bé­né­fi­cie d’une belle po­pu­la­ri­té sur l’île, a vu son ras­sem­ble­ment à Ajac­cio per­tur­bé par un groupe de jeunes in­dé­pen­dan­tistes.

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - M.G. À AJAC­CIO (CORSE-DU-SUD)

fé­vrier 1992. Quelques di­zaines de mi­li­tants na­tio­na­listes en­va­hissent la piste d’at­ter­ris­sage de l’aé­ro­port de Bas­tia (Haute-Corse), em­pê­chant l’avion de Jean-Ma­rie Le Pen de se po­ser. Vingt-cinq ans plus tard, les choses ont bien chan­gé : la Corse est de­ve­nue l’une des terres élec­to­rales les plus fer­tiles pour sa fille, ar­ri­vée en 2e po­si­tion au 1er tour de la pré­si­den­tielle de 2012. Et lar­ge­ment fa­vo­rite sur l’Ile de Beau­té pour l’élec­tion de 2017.

Hier, la can­di­date est donc ar­ri­vée confiante à Ajac­cio (Corse-du-Sud) en fin de ma­ti­née, et c’est qua­si­ment sans es­corte qu’elle a ga­gné le pa­lais des congrès où son mee­ting, pla­cé sous haute sur­veillance, de­vait dé­bu­ter à 15 heures. Sur place, le ser­vice d’ordre, oc­cu­pé à sur­veiller la pe­tite ma­ni­fes­ta­tion à l’ex­té­rieur, n’iden­ti­fie pas la ving­taine de jeunes mi­li­tants na­tio­na­listes, qui, un à un, se fau­file dans la salle sans at­ti­rer l’at­ten­tion. Quelques mi­nutes avant le dé­but du mee­ting, la sé­cu­ri­té aper­çoit un pe­tit groupe mas­sé en haut de l’au­di­to­rium. Face à leur re­fus de par­tir, c’est par la force que la garde rap­pro­chée de Ma­rine Le Pen cherche à les éva­cuer. Une vio­lente ba­garre éclate dans la salle au mi­lieu des mi­li­tants. Les jeunes lancent des boules puantes, alors que le pu­blic de sym­pa­thi­sants fron­tistes scande « de­hors ! de- hors ! ». Des coups sont échan­gés puis des gaz la­cry­mo­gènes forcent les ser­vices de sé­cu­ri­té à ou­vrir les is­sues de se­cours.

« Notre mes­sage est pas­sé », dé­cla­re­ra juste après son éva­cua­tion, le nez en sang, Paul Sa­lort, lea­deur de la Gj­hu­ventù In­de­pen­den­tis­ta (Jeu­nesse in­dé­pen­dan­tiste). « Nous vou­lions juste nous op­po­ser aux idées nau­séa­bondes et an­ti­cor­sistes du FN. » Alors que les échauf­fou­rées se pour­suivent à l’ex­té­rieur avec les CRS et les gen­darmes mo­biles (un po­li­cier a été bles­sé aux mains, un jeune in­ter­pel­lé), le mee­ting se dé­roule fi­na­le­ment dans une salle at­te­nante, comme si de rien n’avait été.

La can­di­date, qui ren­dra un peu plus tard le pré­fet « res­pon­sable de cette si­tua­tion », en­tame, sans un mot sur les in­ci­dents, son opé­ra­tion sé­duc­tion des­ti­née à flat­ter l’iden­ti­té corse. Dans sa va­lise de pro­po­si­tions, elle pro­met pêle-mêle le ra­pa­trie­ment des pri­son­niers dé­te­nus sur le conti­nent, un lit­to­ral pré­ser­vé et l’in­ter­dic­tion des matchs de foot­ball le 5 mai ( jour de la ca­tas­trophe de Fu­ria­ni en 1992)… « Soyez fiers d’être fran­çais, mais soyez fiers d’être corses. La langue corse fait par­tie du pa­tri­moine na­tio­nal », clame-t-elle de­vant 600 spec­ta­teurs conquis. La preuve en chan­tant : après une « Mar­seillaise » a cap­pel­la, la voi­là qui bre­douille le « Diu vi salve re­gi­na », chant re­li­gieux qui fut l’hymne « na­tio­nal » lors de la brève in­dé­pen­dance au XVIIIe siècle. « Je ne sais pas si je l’ai très bien chan­té mais ce­la aus­si fait par­tie du pa­tri­moine im­ma­té­riel des Corses et il faut le pré­ser­ver. »

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