Des go­be­lets re­cy­clés en… pro­thèses

EN­VI­RON­NE­MENT Une en­tre­prise de Gen­ne­vil­liers dé­voile au­jourd’hui un pro­to­type de main ar­ti­fi­cielle réa­li­sée en ma­té­riaux de ré­cu­pé­ra­tion.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR CORALIE GARANDEAU

DE LA MAIN à la main. C’est le des­tin des go­be­lets qui croisent la route de Canibal. Cette en­tre­prise de Gen­ne­vil­liers (Hautsde-Seine), fon­dée en 2009, est la cham­pionne du re­cy­clage de ces pro­duits en plas­tique, dont elle compte dé­sor­mais faire des pro­thèses de main.

Le pre­mier pro­to­type se­ra dé­voi­lé au­jourd’hui. Fa­bri­qué avec une im­pri­mante 3D, il est com­po­sé en­tiè­re­ment de go­be­lets re­cy­clés, soit deux à trois mille pièces pour ce mo­dèle de 300 g. Les plans pour réa­li­ser cette main ont été four­nis par l’as­so­cia­tion E-nable, qui met en re­la­tion des en­fants souf­frant d’ané­gé­sie (nés sans doigts) et des pro­prié­taires d’im­pri­mantes 3D, sol­li­ci­tés pour pro­duire un ap­pa­reillage sur me­sure.

« Nous avons vou­lu don­ner un sens au geste du re­cy­clage, ex­plique Be­noît Paget, fon­da­teur de Canibal. Re­cy­cler pour ai­der les autres, c’est un mes­sage ef­fi­cace. » L’an der­nier, la PME a ré­cu­pé­ré 10 mil­lions de go­be­lets en plas­tique grâce à ses bornes de col­lecte : 150 ma­chines ins­tal­lées ma­jo­ri­tai­re­ment dans les en­tre­prises. C’est en­core peu. Cinq mil­liards de go­be­lets sont je­tés cha­quean­née,99 %ne­sont­pas triés. La faute à leur poids. Trop lé­gers (5 g), ils sont peu ren­tables pour les re­cy­cleurs. « Ces ré­ci­pients sont com­po­sés de deux plas­tiques dif­fé­rents, ce qui les rend com­pli­qués à trai­ter », ajoute Be­noît Paget.

Canibal a mis au point une mé­thode pour les trans­for­mer en gra­nu­lés. Jus­qu’à pré­sent, l’en­tre­prise uti­li­sait le ma­té­riau ain­si ob­te­nu pour fa­bri­quer des plaques de pro­tec­tion des murs et des sols, ain­si que des bacs de col­lecte… des go­be­lets !

En em­ployant la même tech­nique, elle est par­ve­nue à créer à par­tir des gra­nu­lés des fi­la­ments. Sous forme de bo­bines, ils servent de ma­tière pre­mière aux im­pri­mantes 3D pour la fa­bri­ca­tion des pro­thèses. Prin­ci­pal avan­tage : les fi­la­ments en plas­tique re­cy­clé coûtent dix fois moins cher que les ré­sines tra­di­tion­nelles.

L’as­so­cia­tion E-nable doit main­te­nant tes­ter le pro­to­type pour voir s’il est fonc­tion­nel. Un ga­lop d’es­sai éga­le­ment pour le res­pon­sable de Canibal : « Si on ar­rive à fa­bri­quer un ob­jet qui de­mande une pré­ci­sion d’im­pres­sion aus­si im­por­tante, alors ce­la ou­vri­ra le champ des pos­sibles pour notre ma­té­riau. »

« RE­CY­CLER POUR AI­DER LES AUTRES, C’EST UN MES­SAGE EF­FI­CACE » BE­NOÎT PAGET, LE FON­DA­TEUR DE CANIBAL

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