Le dé­cret de fer­me­ture de Fes­sen­heim pro­mul­gué

Le Parisien (Paris) - - ÉCONOMIE - VINCENT VÉRIER

c’est fait. » C’est sur Twitter que Sé­go­lène Royal, la mi­nistre de l’En­vi­ron­ne­ment, a an­non­cé hier la pu­bli­ca­tion au « Jour­nal of­fi­ciel » du dé­cret qui or­ga­nise la fer­me­ture de la cen­trale nu­cléaire de Fes­sen­heim (Haut-Rhin). Le texte pré­voit qu’elle n’in­ter­vien­dra qu’à comp­ter de la mise en ser­vice de l’EPR de Fla­man­ville, en cours de construc­tion dans la Manche.

Une condi­tion qui, de fait, re­porte la fer­me­ture de la plus vieille cen­trale nu­cléaire fran­çaise au plus tôt à 2019, au grand dam des as­so­cia­tions éco­lo­giques. « Sé­go­lène Royal ne res­pec­te­pas­se­sen­ga­ge­ments,dé­nonce Cy­rille Cor­mier, de Green­peace. En condi­tion­nant la fer­me­ture de Fes­sen­heim à Fla­man­ville, on en­terre la loi de tran­si­tion éner­gé­tique. » Ce texte pré­voit de por­ter la part du nu­cléaire dans la pro­duc­tion d’élec­tri­ci­té à 50 % à l’ho­ri­zon 2025. « Com­ment vou­lez-vous y par­ve­nir si aucune cen­trale n’est fer­mée, in­ter­roge le militant éco­lo­giste. Ou alors, il fau­dra ar­rê­ter entre 25 et 30 ré­ac­teurs en cinq ans. Au­cun po­li­tique ne le fe­ra. » Plus glo­ba­le­ment, Green­peace s’in­quiète du mes­sage en­voyé par le gou­ver­ne­ment.

« Il faut sa­voir que le ré­ac­teur 2 de Fes­sen­heim est à l’ar­rêt de­puis presque un an parce que des pièces for­gées au Creu­sot sont dé­fec­tueuses ( rap­pelle Cy­rille Cor­mier. Des do­cu­ments ont été fal­si­fiés pour ca­cher tout ça. La fer­me­ture de Fes­sen­heim au­rait donc été un sym­bole fort pour re­prendre la main sur EDF. Au contraire, avec ce dé­cret, on lui donne l’au­to­ri­sa­tion de ne pas res­pec­ter la loi. C’est un scan­dale. » Une dé­ci­sion qui ne sa­tis­fait pas non plus les dé­fen­seurs du site et no­tam­ment le maire UDI de Fes­sen­heim. « Cette cen­trale, c’est 1 000 em­plois di­rects et 1 200 in­di­rects, rap­pelle Claude Ben­der. Elle fait vivre 5 000 per­sonnes. Elle contri­bue à plus de 80 % du bud­get de ma com­mune. Et, alors qu’elle est vi­tale pour nous, l’Etat ne nous pro­pose aucune com­pen­sa­tion en cas de fer­me­ture. »

L’édile pré­voit de sai­sir le Conseil d’Etat, la plus haute ju­ri­dic­tion ad­mi­nis­tra­tive, dès la se­maine pro­chaine. « La dé­ci­sion de fer­mer une cen­trale nu­cléaire ap­par­tient à l’opé­ra­teur, donc à EDF, et à l’Au­to­ri­té de sû­re­té nu­cléaire (ASN), si elle constate des pro­blèmes de sû­re­té, pré­cise l’élu. Au­tre­ment dit, l’Etat ne peut pas im­po­ser cette fer­me­ture. Pour nous, c’est un abus de pou­voir. » Au­tant dire que l’ave­nir de Fes­sen­heim, dont la construc­tion re­monte aux an­nées 1960, est en­core loin d’être écrit. D’au­tant que l’élec­tion pré­si­den­tielle pour­rait re­battre les cartes. Hier, Ma­rine Le Pen (FN) a pré­ve­nu qu’elle an­nu­le­rait le dé­cret de fer­me­ture si elle était élue tan­dis qu’Em­ma­nuel Ma­cron pré­voit de le confir­mer. « C’est une dé­ci­sion res­pon­sable », es­time le can­di­dat d’En Marche.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.