Vic­ti­me­de­son­double

Mo­ha­med Ca­ma­ra vit un en­fer de­puis qu’un ho­mo­nyme, en fuite et re­cher­ché, a été condam­né pour viols. Dé­jà in­car­cé­ré par er­reur en 2001, il a de nou­veau été mis en pri­son ré­cem­ment.

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - LOUISECOLCOMBET

de Mo­ha­med Ca­ma­ra au­rait eu toute sa place dans un ro­man de Franz Kaf­ka. Ar­rê­té et em­pri­son­né à la place d’un autre pen­dant près de six mois en 2001, l’homme, au­jourd’hui âgé de 44 ans, vient à nou­veau de pas­ser deux se­maines der­rière les barreaux pour un crime qu’il n’a (tou­jours) pas com­mis. Un in­vrai­sem­blable im­bro­glio ju­di­ciaire qui dure de­puis seize ans.

La mésa­ven­ture de l’homme com­mence en juillet 2001. Etu­diant en sciences so­ciales en Bel­gique, il se rend à Nantes (Loire-At­lan­tique) pour s’ins­crire en mas­ter. A bord du train Bruxelles-Pa­ris, des po­li­ciers belges ef­fec­tuent un contrôle de rou­tine. Or, dans leurs fi­chiers, au nom de Mo­ha­med Ca­ma­ra fi­gure un man­dat d’ar­rêt international : l’homme, en fuite, vient d’être condam­né à vingt ans de pri­son à Pa­ris pour viols sur mi­neures. L’étu­diant a beau pro­tes­ter, il est écroué à Bruxelles puis ex­tra­dé vers la France. Car les deux hom­mes­par­ta­gent­non­seu­le­mentle même nom, mais sont tous deux nés en Gui­née en jan­vier 1973… hô­pi­tal psy­chia­trique, au point de vivre au­jourd’hui de l’al­lo­ca­tion adulte han­di­ca­pé. « Il a vé­cu un en­fer », in­siste Me Frédéric Ber­na, son avo­cat, rap­pe­lant « le sort ré­ser­vé aux pé­do­philes en pri­son ».

En 2012, re­be­lote, cette fois à Thion­ville (Mo­selle). La mé­prise ne dure alors « que » vingt-quatre heures, le temps d’une garde à vue et de quelques vé­ri­fi­ca­tions. Las, Mo­ha­med Ca­ma­ra sai­sit Me Ber­na, qui lan- ce une pro­cé­dure pour de­man­der ré­pa­ra­tion. Il y a un an, il a ob­te­nu de l’Etat la somme de 60 000 €, un re­cord. « Il al­lait mieux, dé­taille Me Ber­na, il vou­lait re­prendre ses études. »

Comble de l’iro­nie, c’est en par­tant s’ins­crire en Bel­gique que Mo­ha­med Ca­ma­ra a de nou­veau été in­ter­pel­lé dans le train, en ver­tu du même man­dat d’ar­rêt, le 22 mars der­nier… Pré­ve­nu par le frère de Mo­ha­med, Me Ber­na tente d’ar­rê­ter la ma­chine, en vain. « A la mai­son d’ar­rêt de Va­len­ciennes, on m’a ré­pon­du : alors qu’ils avaient lu les ar­ticles sur Internet ! » L’avo­cat mul­ti­plie les coups de fil, y com­pris au mi­nis­tère de la Jus­tice. « On m’a dit : J’at­tends tou­jours… » Jeu­di ma­tin, il par­vient fi­na­le­ment à joindre une gref­fière et à faire pas­ser des do­cu­ments prou­vant l’iden­ti­té de son client. Ce­lui-ci est li­bé­ré le jour même.

A « l’Est ré­pu­bli­cain », le mi­nis­tère ex­plique avoir dû me­ner des tests ADN pour mettre fin au qui­pro­quo, Mo­ha­med Ca­ma­ra ayant confir­mé « plu­sieurs fois » être bien l’homme concer­né par le man­dat d’ar­rêt… « Il n’au­rait ja­mais dit une chose pa­reille, c’est in­vrai­sem­blable et ri­di­cule ! s’em­porte Me Ber­na, qui compte de­man­der ré­pa­ra­tion ain­si qu’une au­dience au pré­sident de la Ré­pu­blique. Un test ADN ? L’af­faire au­rait été ré­glée en cinq mi­nutes en me pas­sant un coup de fil… Ils ne sont pas nés dans la même ville, ni le même jour, et le condam­né porte un sur­nom alors que mon client a un deuxième pré­nom, pré­cise-t-il en­core. Vous ima­gi­nez les le­çons de mo­rale que nous au­rions don­nées si la Gui­née avait em­pri­son­né à tort un Fran­çais ? »

L’au­teur des viols, lui, court tou­jours.

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