PRÉ­SI­DEN­TIELLE Jus­qu’où ira-t-il ?

JEAN-LUC MÉ­LEN­CHON Le mee­ting d’hier à Mar­seille a confir­mé la po­pu­la­ri­té gran­dis­sante du lea­deur de la France in­sou­mise. Suf­fi­sante pour ac­cé­der au se­cond tour de l’élec­tion ?

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR JAN­NICK ALI­MI ET QUEN­TIN LAURENT

Plus que deux se­maines pour de­ve­nir le « deuxième » homme de la cam­pagne. En jan­vier, Jean-Luc Mé­len­chon était re­lé­gué à la cin­quième place, à la re­morque d’un Be­noît Ha­mon do­pé par sa vic­toire à la pri­maire so­cia­liste. Deux mois plus tard, tout a chan­gé : le voi­là pro­pul­sé sur la troi­sième marche du po­ten­tiel po­dium pré­si­den­tiel. Se­lon un son­dage TNS-So­frès pour LCI, pu­blié hier soir, le lea­deur de la France in­sou­mise de­van­ce­rait (avec 18 % des in­ten­tions de vote) Fran­çois Fillon, qui pa­tine à 17 %, lais­sant loin der­rière Ha­mon (9 %). De quoi gal­va­ni­ser les mil­liers de sup­por­teurs qui, de­puis des se­maines, viennent l’ ac­cla­mer dans la France en­tière. Et, hier en­core, sur les quais en­so­leillés du Vieux-Port de Mar­seille.

PRENDRE LE LEA­DER­SHIP D’UNE GAUCHE RA­DI­CALE

Quel par­cours pour ce tri­bun de gauche, se re­ven­di­quant vo­lon­tiers du « peuple » plu­tôt que d’un par­ti ! Il n’est pour­tant pas si loin le temps où, en dé­cembre 2015, Eric Woerth, un des cadres des Ré­pu­bli­cains, af­fir­mait un peu vite : « Jean-Luc Mé­len­chon, c’est une grande gueule sans voix. Au­jourd’hui, il ne pèse rien ! »

C’ est que, des« af­faires» qui ont en­tra­vé la pro­gres­sion de Fillon à la dé­ban­dade du PS, Mél en cho na fait son miel. Mais le dé­pu­té eu­ro­péen a su ti­rer les le­çons de son échec de la pré­si­den­tielle de 2012. Une image plus tra­vaillée, une stra­té­gie adap­tée et un pro­gramme mo­der­ni­sé. Les slo­gans se veulent plus apai­sants, le ton plus ras­su­rant. La lutte des classes s’ouvre à la lutte contre le chan­ge­ment cli­ma­tique, les ha­rangues vers les classes po­pu­laires s’orientent vers les classes moyennes. Et le pro­fes­seur a rem­pla­cé le com­mis­saire du peuple.

« Le Mé­len­chon de 2017 a bâ­ti sa sta­ture sur la pro­bi­té et sur la proxi­mi­té, sou­ligne un ex­pert de la gauche fran­çaise. Il s’at­tèle à être réel­le­ment pré­si­den­tiable. » No­tam­ment sur le ter­rain de la po­li­tique étran­gère, thème du ras­sem­ble­ment mar­seillais hier.

Ce vi­rage suf­fi­ra-t-il à convaincre la part d’in­dé­cis qui pour­rait le faire ac­cé­der au se­cond tour de la pré­si­den­tielle ? Rien n’est sûr. En 2012, Mé­len­chon avait fi­ni à 11 %, bien en des­sous des 17 % cré­di­tés par les son­dages. Car, comme le FN, la France in­sou­mise a peut-être aus­si son « pla­fond de verre », un pro­gramme eu­ros­cep­tique construit sur des mon­ceaux de dette… Mais est-ce si im­por­tant pour Mé­len­chon ? Pour ce­lui qui, aux yeux des sym­pa­thi­sants de gauche, in­carne au­jourd’hui le mieux le so­cia­lisme, cam­per le « troi­sième homme » de cette pré­si­den­tielle se­ra un mar­che­pied vers le lea­der­ship d’une gauche ra­di­cale. La syn­thèse entre le Front de gauche, le Par­ti com­mu­niste et les dé­combres du PS dont il a cla­qué la porte en 2008. Pour Jean-Luc Mé­len­chon, le com­bat ne se ter­mine pas le 7 mai.

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