Po­lé­mique : à quoi sert l’éga­li­té du temps de pa­role ?

MÉ­DIAS A par­tir d’au­jourd’hui, les can­di­dats à la pré­si­den­tielle ont exac­te­ment le même temps de pa­role à la ra­dio et à la té­lé­vi­sion. Un contrôle pré­cis réa­li­sé par les équipes du CSA.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR QUENTIN LAURENT

« C’EST UNE GYM­NAS­TIQUE MAIS ON S’Y FAIT ! » MÉ­LO­DIE, QUI CONTRÔLE LE TEMPS DE PA­ROLE DES CAN­DI­DATS POUR LE CSA

BARBE DE CINQ JOURS, Stan Smith aux pieds, casque au­dio noir vis­sé sur les oreilles. Il est pas­sé mi­di, Re­naud, 30 ans tout juste, se ré­écoute une ma­ti­nale de Jean-Jacques Bour­din, pos­té de­vant son écran d’or­di­na­teur. La main sur la sou­ris, l’ouïe aux aguets et le clic fré­né­tique, le voi­là par­ti pour dis­sé­quer trois heures d’an­tenne. Il chasse un gi­bier un peu spé­cial : le temps. Et plus pré­ci­sé­ment ce­lui consa­cré lors des 180 mi­nutes d’émis­sion del’ ani­ma­teur-gouailleur à par­ler des can­di­dats à l’ élec­tion pré­si­den­tielle.

Lui fait par­tie de la pe­tite es­couade spé­cia­le­ment dé­diée, au Conseil su­pé­rieur de l’au­dio­vi­suel (CSA), à la sur­veillance des temps de pa­role et d’an­tenne consa­crés aux as­pi­rants pré­si­dents à la té­lé­vi­sion et à la ra­dio. Le temps de pa­role cor­res­pond aux mo­ments où parlent le can­di­dat et ses sou­tiens. Le temps d’an­tenne à ce­lui où in­ter­viennent des ex­perts évo­quant les can­di­dats.

A par­tir d’au­jourd’hui, tout juste deux se­maines avant le 1er tour du scru­tin, cha­cun des onze pré­ten­dants au trône ré­pu­bli­cain doit se voir at­tri- buer un temps mé­dia­tique exac­te­ment iden­tique. C’est ce que pré­voit la loi de­puis l’an pas­sé. En 2016, les par­le­men­taires ont en ef­fet vo­té une ré­forme pour ré­duire l’éga­li­té du temps de pa­role de 5 se­maines à 15 jours avant le 1er tour.

Jus­qu’à au­jourd’hui, les té­lé­vi­sions et les ra­dios de­vaient res­pec­ter l’équi­té des can­di­dats, cal­cu­lée en fonc­tion du poids po­li­tique de cha­cun. Dé­sor­mais, on en­ten­dra au­tant Che­mi­nade que Fillon, As­se­li­neau que Ha­mon. Pou­tou ne par­le­ra pas moins que Ma- cron. Le CSA et ses pe­tits sol­dats doivent y veiller. « Il faut être at­ten­tif », chu­chote Re­naud. 19 se­condes de Du­pont-Ai­gnan par-ci, 4 se­condes de Ma­cron par-là. La dé­coupe est chi­rur­gi­cale. « Je vi­sionne et, en fonc­tion de ce qui passe à l’an­tenne, j’in­dexe du temps à chaque can­di­dat », pour­suit Ca­mille, 29 ans, s’af­fai­rant sur une chaîne d’in­fo en conti­nu.

Les émis­sions qui parlent po­li­tique sont ain­si ana­ly­sées par une quin­zaine de « char­gés de mis­sion plu­ra­lisme », ins­tal­lés dans une pe­tite pièce à la mo­quette grise du 9e étage de la tour CSA. Le bu­reau 921a. Chaque jour, ils écoutent une sé­lec­tion aléa­toire d’en­vi­ron 40 heures au to­tal et com­parent avec les dé­cla­ra­tions aux­quelles sont as­su­jet­tis les mé­dias. Si telle ra­dio fait des er­reurs dans le cal­cul de son « temps po­li­tique » ou qu’un can­di­dat est lé­sé mé­dia­ti­que­ment, le CSA alerte le mé­dia concer­né. Une dé­marche qui peut al­ler, en cas de ré­ci­dive, jus­qu’a une amende ou la lec­ture d’un com­mu­ni­qué à l’an­tenne évo­quant la faute com­mise. « C’est in­tense et la ca­dence s’ac­cé­lère avec la fin de cam­pagne. C’est sport », pour­suit Ca­mille.

Si les dé­bats entre can­di­dats n’ont po­sé au­cun sou­ci, les « après-dé­bat » sont spor­tifs, quand les sou­tiens des can­di­dats se coupent, s’in­vec­tivent en pla­teau. Les émis­sions mê­lant ac­tua­li­té et di­ver­tis­se­ment, comme « Quo­ti­dien », de Yann Bar­thès, qui jongle entre pas­tilles hu­mour sur les can­di­dats, non comp­ta­bi­li­sées par le CSA, et l’in­fo, de­mandent une at­ten­tion spé­ciale. « C’est une gym­nas­tique mais on s’y fait ! lâche Mé­lo­die, ben­ja­mine de l’équipe. Par­fois, on va à la se­conde près ! »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.