Le can­di­dat nou­veau est ar­ri­vé

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - PAR JANNICK ALIMI, QUENTIN LAURENT ET CHARLES DE SAINT SAU­VEUR

EN CINQ ANS, le lea­deur de la France in­sou­mise a mo­di­fié son image, adap­té sa stra­té­gie et ré­no­vé son dis­cours. Le but : élar­gir son élec­to­rat et se pré­si­den­tia­li­ser. Le nou­veau Mé­len­chon en quatre points.

LIGHT ET BIO POUR SÉ­DUIRE LES ÉCOLOS

C’est une vraie mue éco­lo qu’a opé­rée Mé­len­chon. Per­son­nelle et pro­gram­ma­tique. Alors qu’il fai­sait (en sep­tembre) dans « Ga­la » la pro­mo­tion de son ta­bou­lé au qui­noa, se­cret d’un ré­gime qui lui a per­mis de perdre quelque 5 kg, son pro­gramme, lui aus­si, s’est mis au vert. « C’est en met­tant l’éco­lo­gie au poste de commande qu’on ou­vri­ra la nou­velle ère », a-t-il en­core dé­cla­ré, hier, à Mar­seille. La pla­ni­fi­ca­tion éco­lo­gique est un des pi­vots de son pro­jet. Ce qui n’a pas man­qué de sé­duire une par­tie de l’élec­to­rat EELV, pour­tant pro­mis à Be­noît Ha­mon. Et de sor­tir — dans la forme du moins — de l’âpre rhé­to­rique de la lutte des classes, pour pro­po­ser un dis­cours plus mo­derne où il est ques­tion de vivre au­tre­ment en res­pec­tant la na­ture.

GEEK POUR AT­TI­RER LES JEUNES

« S’il n’y avait pas de nou­veau­tés dans la cam­pagne, je m’en­nuie­rais ! » nous confiait ré­cem­ment Mé­len­chon. S’il a tou­jours culti­vé son cô­té geek, il a uti­li­sé comme au­cun autre can­di­dat et plus qu’en 2012 les puis­sants le­viers du Web : YouTube, Fa­ce­book et les fo­rums sur les­quels ses sou­tiens s’or­ga­nisent. Ils ont créé un jeu vi­déo en ligne où leur can­di­dat se­coue « les oli­garques » (Fillon, Ca­hu­zac…) pour ré­cu- pé­rer de l’ar­gent et fi­nan­cer son pro­gramme. « Les ré­seaux so­ciaux sont une gi­gan­tesque éco­no­mie d’éner­gie pour moi. Ça ré­vo­lu­tionne les moyens d’ac­tion de la po­li­tique », ju­bile l’eu­ro­dé­pu­té. C’est aus­si une ma­nière d’at­ti­rer un élec­to­rat jeune, peu ha­bi­tué à se rendre à des mee­tings.

UN AGEN­DA MIEUX GÉ­RÉ POUR TE­NIR LA DIS­TANCE

« Il a ap­pris de 2012, il ne fait pas les mêmes er­reurs », ob­serve-t-on dans l’en­tou­rage de Pierre Laurent, se­cré­taire na­tio­nal du PCF et sou­tien de Mé­len­chon. Il y a cinq ans, il était qua­si­ment seul à al­ler sur les pla­teaux. « J’étais épui­sé, j’avais trop for­cé », se rap­pelle l’in­té­res­sé. « Main­te­nant, il est plus épau­lé, c’est un confort pour lui », note Eric Co­que­rel, lea­deur du Par­ti de gauche. Le porte-pa­role du can­di­dat, Alexis Cor­bière, et les res­pon­sables de la France in­sou­mise le sup­pléent dé­sor­mais dans les mé­dias. De 2012, tous gardent aus­si un re­gret : la ges­tion de la fin de course. « On n’a pas su or­ga­ni­ser les évé­ne­ments qu’il fal­lait », se rap­pelle Eric Co­que­rel. Cette an­née, les deux der­nières se­maines ont été pré­pa­rées, avec des« évé­ne­ments» pour ani­mer la der­nière ligne droite. Dont son mul­ti-mee­ting du 18 avril à Di­jon où l’ho­lo­gramme du can­di­dat se­ra pro­je­té dans six autres villes !

UN DIS­COURS APAISANT POUR SE PRÉ­SI­DEN­TIA­LI­SER

« En 2012, il était of­fen­sif et par­fois bru­tal parce qu’il avait be­soin de s’af­fir­mer, de se dé­mar­quer de Fran­çois Hol­lande, qui était fa­vo­ri », ana­lyse Ma­rie-Noëlle Lie­ne­mann, sé­na­trice PS, membre de l’équipe Ha­mon, mais qui connaît Mé­len­chon de­puis trente ans. Il est dé­sor­mais moins agres­sif, moins cli­vant, plus hu­ma­niste. « Il fait at­ten­tion à sa com, à la fa­çon dont il s’ex­prime à la té­lé », dé­crypte-t-on au PCF. Son pas­sage re­mar­qué dans l’émis­sion de Ka­rine Le­mar­chand, « Une am­bi­tion in­time », avait pour but de lis­ser son image ora­geuse d’im­pré­ca­teur. « Il est beau­coup plus dans la pé­da­go­gie dans ses mee­tings », as­sure Da­nielle Si­mon­net, une de ses porte-pa­role. Quant à son dis­cours, il nous confiait, le mois der­nier : « Avant, on se ré­fé­rait au seul in­té­rêt de classe. Pour moi, à pré­sent, c’est l’in­té­rêt gé­né­ral hu­main qui doit pri­mer. Il y a trente ans, on pen­sait que la fin jus­ti­fiait les moyens. Je ne le crois plus. »

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