«Ici, il y a plus de res­pect entre les gens»

Ber­nard, dé­te­nu à Beau­vais, un centre pé­ni­ten­tiaire exem­plaire.

Le Parisien (Paris) - - PRÉSIDENTIELLE - N.J.

LE LONG DES MURS d’en­ceinte du centre pé­ni­ten­tiaire (CP) de Beau­vais (Oise), des mou­tons broutent l’herbe. Plus éco­lo­giques et moins oné­reux que des ton­deuses. A l’in­té­rieur, les 578 dé­te­nus ne sont pas tous des agneaux. Pour­tant, aux dires des ac­teurs de la mai­son d’ar­rêt, la dé­ten­tion y est plus apai­sée qu’ailleurs.

Beau­vais est l’un des rares éta­blis­se­ments à illus­trer ce que peut être une pri­son digne de ce nom. Les lieux ne sont en ser­vice que de­puis dé­cembre 2015. « Pour l’ins­tant, on par­vient à res­pec­ter l’en­cel­lu­le­ment in­di­vi­duel », se fé­li­cite Ch­ris­tophe Loy, le di­rec­teur.

De son « pa­quet d’an­nées der­rière les barreaux », Ber­nard conserve le sou­ve­nir de l’an­cienne mai­son d’ar­rêt de Beau­vais, dans le centre-ville. « Entre les dé­te­nus, c’était beau­coup plus ten­du », se re­mé­more-t-il. La faute à ce dor­toir où douze pri­son­niers pou­vaient dif­fi­ci­le­ment co­ha­bi­ter.

Comme d’autres, il note qu’à la pri­son de Beau­vais nou­velle gé­né­ra­tion « il y a plus de res­pect entre les gens et avec les sur­veillants. » Ce que confirme Au­ré­lien, 28 ans : « L’hi­ver, ça peut ar­ri­ver qu’on me dise : Eh ! sur­veillant, faites gaffe, les routes sont ver­gla­cées ! » Pas vrai­ment la même am­biance qu’à Bé­thune (Pas-de-Ca­lais), « un bâ­ti­ment sale » et an­cien où il a fait ses armes, « avec beau­coup plus de prises de tête. »

LES COURTES PEINES DE PLUS EN PLUS NOM­BREUSES

Avec Riom et Va­lence, le CP Beau­vais est l’un des trois res­ca­pés des neuf pro­jets vou­lus par Ni­co­las Sar­ko­zy, me­nés à bien sous la pré­si­dence Hol­lande. Les autres ont été aban­don­nés, ju­gés trop chers car pen­sés sous forme de par­te­na­riat pu­blic-pri­vé. Dans l’Oise, la dy­na­mique in­terne semble fonc­tion­ner. Le CP fut l’un des pre­miers à ap­pli­quer le mo­dule « res­pect ». A cer­tains étages, des dé­te­nus sé­lec­tion­nés peuvent avoir ac­cès une par­tie de la journée aux cour­sives. Sous ré­serve qu’ils res­pectent un cer­tain nombre de règles : pas plus de trois en cel­lule, faire son lit, tra­vailler ou par­ti­ci­per aux ac­ti­vi­tés, par exemple. A la moindre in­car­tade, le dé­te­nu est « dé­clas­sé » et re­tourne en ré­gime nor­mal.

Comme ce­lui-ci, qui dis­si- mu­lait 4 g de shit qu’ex­hibe main­te­nant un sur­veillant. « C’était ca­ché dans un sac de riz ! », ex­plique l’agent. Dans les heures qui suivent, le pro­prié­taire de la mar­chan­dise fait son pa­que­tage, « d’au­tant plus qu’il cherche à sa­voir qui l’a ba­lan­cé et va vou­loir se ven­ger », com­plète Elo­die Blondeau, la chef de bâ­ti­ment. Si cer­tains la sur­nomment Ma­man, il ne faut pas se fier à son petit ga­ba­rit. Rien qu’à la voix, la jeune femme sait se faire obéir. « On es­saie que la dé­ten­tion res­semble le plus pos­sible à la vie à l’ex­té­rieur », dé­taille-t-elle, convain­cue qu’un ré­gime d’in­car­cé­ra­tion dur grève les chances de ré­adap­ta­tion à la sor­tie. « Avec le mo­dule res­pect, nou­sa­von­shuit fois moins de pro­cé­dures dis­ci­pli­naires, et quatre fois moins d’ar­rêts de tra­vail pour les agents », vante Ch­ris­tophe Loy.

Dé­ta­chés des tâches lo­gis­tiques, comme les in­ces­sants mou­ve­ments pour les douches, les sur­veillants de Beau­vais sont plus pré­sents pour une ges­tion fine de leurs pen­sion­naires. Tous ont consta­té que, par­mi ceux-ci, les courtes peines sont de plus en plus nom­breuses : « Vol, stups ou conduite sans per­mis , énu­mère un agent. On voit des gars ve­nir ici pour deux jours puis être li­bé­rés lors­qu’ils passent en com­pa­ru­tion im­mé­diate. Ça rime à quoi ? »

Eton­nam­ment, Mou­rad, 23 ans, par­tage son point de vue. « Les pe­tites peines n’ont rien à faire là, af­firme ce dé­te­nu dé­jà che­vron­né. Trois ou six mois par exemple, c’est juste le temps qu’il faut pour de­ve­nir ici un dé­lin­quant en­dur­ci. La pri­son ne de­vrait être ré­ser­vée qu’aux condam­na­tions lourdes. »

ON ES­SAIE QUE LA DÉ­TEN­TION RES­SEMBLE LE PLUS POS­SIBLE À L’EX­TÉ­RIEUR” LA VIE À ÉLO­DIE BLONDEAU, CHEF DE B­TI­MENT

Beau­vais (Oise), le 31 mars. Dans ce centre pé­ni­ten­ciaire ou­vert en dé­cembre 2015, les dé­te­nus ont des cel­lules in­di­vi­duelles.

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