La­cam­pa­gne­deMa­ri­neLePen pa­ti­neet…dé­rape

En af­fir­mant di­manche que la France n’était « pas res­pon­sable » de la rafle du Vél d’Hiv, la can­di­date a pro­vo­qué une vive po­lé­mique. Avec, peut-être, un im­pact élec­to­ral…

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - VALÉRIEHACOT

au­rait-elle fait sa pre­mière grosse faute de carre à deux se­maines du pre­mier tour de la pré­si­den­tielle ? En as­sé­nant di­manche que « la France n’était pas res­pon­sable de la rafle du Vél d’Hiv », la can­di­date FN a en tout cas al­lu­mé une sa­crée po­lé­mique. La plus grosse de­puis le dé­but de sa cam­pagne oùelles’em­ploieàap­pa­raî­tre­sou­sun jour ras­su­rant. Loin, très loin des pro­vo­ca­tions de son père. Et le com­mu­ni­qué qu’elle a pu­blié dans la fou­lée de son in­ter­view di­manche (où elle pré­ci­sait qu’elle était dans la lo­gique du gé­né­ral de Gaulle en dis­tin­guant Vichy de la France qui « était à Londres sous l’Oc­cu­pa­tion ») n’a pas suf­fi à éteindre l’in­cen­die.

Les as­so­cia­tions juives l’ac­cusent de « ré­vi­sion­nisme » et ses ad­ver­saires po­li­tiques montent au cré­neau. Hier, François Fillon a mar­te­lé : « La vé­ri­té, c’est que le Vél d’Hiv a été un crime com­mis par l’Etat fran­çais. » Des pro­pos dans la droite ligne du dis­cours de Jacques Chi­rac en 1995 qui avait re­con­nu la res­pon­sa­bi­li­té de la France dans la rafle du Vél d’Hiv et ses 13 000 juifs dé­por­tés en juillet 1942. Et le can­di­dat LR d’en­fon­cer : « Je trouve que le Front na­tio­nal est ex­trê­me­ment mal pla­cé pour par­ler de ces su­jets, lui qui compte dans ses rangs beau­coup de nos­tal­giques du ré­gime de Vichy. »

L’onde de choc s’est même pro­pa­gée au-de­là des fron­tières fran­çaises. L’Etat d’Is­raël a condam­né les dé­cla­ra­tions de la pa­tronne du FN « contraires à la vé­ri­té historique telle qu’elle a été ex­pri­mée par les dé­cla­ra­tions des pré­si­dents de France ».

Bref, un tol­lé dont la can­di­date se se­rait sans doute bien pas­sée. Hier, elle s’in­sur­geait contre « une ins­tru­men­ta­li­sa­tion po­li­tique » dans « le Fi­ga­ro ». « Ma­rine Le Pen a fait une énorme gaffe, s’étonne le cher­cheur et spé­cia­liste de l’ex­trême droite Syl­vain Cré­pon, Elle s’est peut-être aven­tu­rée sur ce ter­rain pour faire de la sur­en­chère avec Fillon qui s’in­surge comme elle contre la re­pen­tance. Mais pour­quoi donc par­ler de la Se- conde Guerre mon­diale ? » Un su­jet sen­sible au FN. Les pro­vo­ca­tions de Jean-Ma­rie Le Pen sur les chambres à gaz « dé­tails de l’his­toire » sont encore dans tous les es­prits… Même si Ma­rine Le Pen est loin de suivre les traces du fon­da­teur du FN : « En af­fir­mant que Vichy était un Etat col­la­bo et illé­gal, elle prend même le che­min in­verse de ce­lui de son père », nuance le cher­cheur Jean-Yves Ca­mus.

A terme, ces pro­pos contro­ver­sés au­ront-ils un im­pact élec­to­ral pour la can­di­date ? « Ceux qui sont sûrs de voter pour elle — et elle dis­pose du socle élec­to­ral le plus so­lide — ne vont pas chan­ger d’avis. Mais elle risque d’avoir du mal à élar­gir son élec­to­rat après de telles dé­cla­ra­tions », an­ti­cipe Syl­vain Cré­pon.

D’au­tant que cette po­lé­mique in­ter­vient alors que la cam­pagne de Ma­rine Le Pen connaît un pe­tit coup de mou. Elle semble certes tou­jours as­su­rée de pas­ser le 1er tour, mais elle stagne dans les son­dages. La faute à une cam­pagne qui manque de rythme ? « Lors de ses mee­tings, elle ré­pète in­las­sa­ble­ment ce qu’elle a dit au pré­cé­dent. Elle n’est clai­re­ment pas dans une dy­na­mique à la Mé­len­chon », constate Jean-Yves Ca­mus. Pas ques­tion pour au­tant de chan­ger de stra­té­gie. Comme le ré­sume ce cadre FN : « Elle reste très haut dans les son­dages, et on va conti­nuer à dé­rou­ler se­rei­ne­ment nos pro­po­si­tions. »

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